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JOHAN GALTUNG ET LES MESO CONFLITS


INTRODUCTION
            Les conflits existent dans tous les pays et à tous les niveaux de la société, ils découlent de l’organisation sociale dès que celle-ci se pare d’inégalités. C’est un phénomène humain complexe qui ne doit pas être confondu avec la violence. Quel que soit le degré de richesse ou de pauvreté, d’organisation, d’harmonisation, les conflits n’éclatent pas d’un coup, inévitablement, il y’aura une manifestation de l’accumulation des mécontentements. Les motifs du conflit peuvent être de plusieurs ordres, toutefois lorsqu’il existe des groupes ou des individus différents, la cause ultime du conflit ne réside plus seulement sur la survie et la croyance, mais le besoin d’être reconnu et de dominer devient la finalité. Il existe de ce fait des groupes qui veulent imposer leur domination, et cette vision des choses est poussée par certains penseurs qui affirment que les individus seraient habités par cette soif inextinguible de s’affirmer, au mépris même de la vie d’autrui. L’existence des conflits étant une évidence, les conflits entre groupes sont généralement les plus récurrents dans la société, d’où l’importance que revêt l’étude des méso conflits. Etant donné leur complexité, faut-il pour autant s’y résigner, et croire que les méso conflits sont inséparables de la nature humaine ou de l’être social ? Pourtant de nombreux conflits, jugés en leur temps insurmontables, se sont réglés. Pour répondre à cette question, nous présenterons en première partie ce que nous entendons par le conflit en général et les méso conflits en particulier, et en deuxième partie leur méthode de résolution tel que présentée par Galtung.
















I-CLARIFICATION DES CONCEPTS

                             A-LES MESO CONFLITS
1-DEFINITION ET TYPOLOGIE DES MESO CONFLITS
Les méso conflits sont des conflits que l’on retrouve au niveau social et qui opposent les catégories sociales, les groupes d’individus et leurs contradictions avec d’autres agrégats sociaux[1]. Les méso conflits regroupent les conflits intra groupes et les conflits intergroupes. Galtung fait une typologie des méso conflits qu’il regroupe en trois catégories à savoir :
Ø  Les méso conflits simples : ce sont des conflits qualifiés de classiques et dans lesquelles on retrouve deux acteurs avec un même objectif

Exemple : la compagnie sans classe, dans cet exemple il est question d’une entreprise avec un propriétaire et un ouvrier. Le problème est celui des misérables conditions de travail
Ø  Les méso conflits complexes : ce sont des conflits dans lesquels on retrouve deux ou plusieurs acteurs avec plusieurs objectifs qui ne sont pas forcément les mêmes

Exemple : l’école incolore
Le 17 mai 1954, la cour suprême des Etats Unis décidait que la ségrégation des écoles entre les blancs et les noirs ne serait jamais justiciable, et elle ordonnait l’intégration des écoles publiques dans le Sud à un rythme défini. La population fut divisée en trois groupes avec des objectifs différents :
·         Les Africains américains qui étaient pour l’intégration
·         Les blancs intégrationnistes qui étaient pour l’intégration
·         Les blancs ségrégationnistes qui étaient contre l’intégration
Ø  Les méso conflits structurels : il s’agit ici d’un système mis en place et qui occasionne des inégalités au sein des groupes d’une même société

Exemple : les alternatives politiques
Le gouvernement au pouvoir peut utiliser les ressources de l’Etat pour acheter  des votes .l’opposition sait cela et organise un coup pour « éradiquer la corruption dans le pays ». Ils ont aussi le problème de vouloir avoir de meilleurs avantages, et une légitimation démocratique. L’issue passe par le fait qu’ils se présentent comme les sauveurs du pays, ceux qui ont vraiment la volonté de tout nettoyer, et ils commettent les mêmes crimes jusqu’à ce qu’une autre génération de sauveurs viennent à bout d’eux avec les mêmes légitimations.


2-CAUSES, ENJEUX ET EFFETS DES MESO CONFLITS
Le conflit suit un processus qui a un début, un parcours et aboutit à un résultat. Le conflit est généralement représenté par un arbre avec les différentes parties, les branches représentent les effets, les symptômes du problème, le tronc c’est l’enjeu primordial, et les racines représentent les causes. Très souvent, les causes du conflit sont souvent confondues aux effets qui eux sont visibles. Ce qui est central, c’est l’idée que tout conflit social découle de l’organisation sociale elle-même  dès que celle-ci se pare d’inégalités de positions. Le conflit social est rarement une simple réaction  mécanique aux plaintes et aux frustrations, mais ces frustrations entrent dans un système de valeurs qui les interprètent en retour et les transmutent en idéaux[2].
Les causes des méso conflits peuvent être regroupées en trois types à savoir les causes socio-économiques, les causes sociopolitiques et les causes socioculturelles.
Ø  Les causes socio-économiques : l’inadéquation entre la population et les ressources disponibles peut entrainer une inégalité dans la redistribution entre groupe d’individus dans la société, et par conséquent le conflit. D’autre causes telles que l’augmentation des prix pour les individus dans les marges sociales ; répartition des terres, le chômage, la dévaluation, la croissance peuvent produire des «  oubliés » qui manifesteront leur mécontentement.


Ø  Les causes sociopolitiques : la dictature (sur le genre, sur les générations, sur la race, sur les classes…), L’illégitimité de l’autorité ou son inefficacité, lutte pour le partage du pouvoir. L’arène politique est constituée de plusieurs groupes d’individus différents ayant des objectifs  et intérêts identiques ou divergents.

Ø  Les causes socioculturelles : la race, la coutume, les croyances, le genre…, toutes ces causes sont des construits sociaux. Nous entretenons le plus souvent un langage d’exclusion sociale au travers duquel de nombreuses caractéristiques sont attribués à des groupes. L’individu est déshumanisé, ainsi que sa dignité, car il est considéré dans les relations sociales comme le représentant d’une catégorie sociale, comme un objet. Selon le professeur Charly Gabriel Mbock, l’ethnicité est l’une des causes les plus probantes des causes socio culturels des méso conflits, car l’ethnie est une entité assez malléable  dont la gestion déterminent les relations entre groupe d’individus.


Le pouvoir, la propriété, la justice, l’égalité peuvent être considérée comme les enjeux majeurs des méso conflits dont les effets sont les suivants : les génocides, l’exclusion sociale, le tribalisme, la haine, la violence, la lutte des classes, la discrimination, la grève, le racisme…

                               B-EXEMPLE DE MESO CONFLIT : CAS DU CAMEROUN
L’Afrique en général et  le Cameroun en particulier représentent le prototype même de la typologie des conflits définis par Galtung et Bercovitch. Les vingt types de conflits identifiés au Cameroun par Charly Gabriel Mbock constituent en fait les différentes natures de méso conflits qui opposent les groupes de population camerounaise entre elles[3]. Il s’agit :
·         Des conflits identitaires[4] et économiques (Nyokon-Bamiléké à Makénéné, Sawa-autres à Douala)
·         Les conflits  ethno fonciers(Bassa-Eton, Bamiléké-Bulu à Sangmelima et Ebolowa, les Anglo/ Bami-les Betis au centre)
·         Les conflits ethno politiques qui opposent les 1+7 groupes stratégiques et conflictuels identifiés par Tagou[5], et qui se battent pour la mobilisation ou la prise du contrôle du pouvoir politique au Cameroun, il s’agit des Pahouin[6]du Centre, du Sud et de l’Est, des Bamilékés(connus aussi sous l’appellation de Grassfield) de l’Ouest, des Fulbés ou Haoussa(nordistes) de l’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême Nord, des Douala(Sawa) du Littoral, des Bassa du Littoral et du Centre, des Bamoun à l’Ouest, des Kirdi dans l’Extrême Nord, des Anglophones( qui représentent le 1 de la formule 1+7) du Nord-Ouest et Sud-Ouest. Les alliances se font et se défont entre les 8 groupes sous fond de clientélisme politique qui lie les périphéries (groupes conflictuels) et le centre (groupes stratégiques).
Les méso confits s’articulent également en terme de méga conflits c'est-à-dire conflits de civilisation et de région. Tel est le cas avec les Sudistes qui entretiennent un climat politique de suspicion et de méfiance vis-à-vis des Nordistes qui n’ont jamais pardonnés aux premiers ce qui s’est passé entre 1982 et 1984 et ambitionnent de reprendre le pouvoir politique. Ce conflit politique latent entre les Nordistes et les Sudistes se manifeste dans certains milieux au Cameroun en conflit entre les musulmans du Nord et les chrétiens du Sud.

II- GESTIONS DES MESO CONFLITS

A-TRANSCENDANCE ET TRANSFORMATION DES CONFLITS

   1-TRANSCENDANCE DES CONFLITS

        Transcender un conflit signifie transformer un conflit afin que ce qui semblait incompatible soit redéfini en une nouvelle situation plus propice à la résolution du conflit. C’est ainsi que pour le Pr Johan Galtung « c’est exactement en combinant dans la capacité de ressembler toute la sagesse du monde que la véritable transcendance se trouve ». Les principes qui forgent la méthode TRANSCEND selon Johan GALTUNG sont les suivants :
·         La transformation du conflit qui consiste à désamorcer les conflits ;
·         Construire la paix, c’est-à-dire travailler contre la polarisation, les attitudes et les comportements déshumanisants
·         Maintien de la paix, il s’agit ici de contenir la violence par les méthodes non-violentes ;
·         La réconciliation, à ce stade on guérit la violence et met un terme au cercle vicieux de « la violence qui nourrit la violence »
         La théorie générale de la transformation du conflit offre deux autres issues : la transcendance négative et la transcendance positive.
                On entend par transcendance négative « ni l’un ni l’autre » celle qui implique une autre chose c’est-à-dire qu’elle peut être la sécularité qui chasse les conflits plus amers entre les catholiques et les protestants. Cette transcendance cherche d’autres alternatives, c’est le cas par exemple de l’ECOLE INCOLORE, illustrée dans la ville de  Charlottesville en Virginie en 1958  qui opposait et divisait d’un côté les Africains Américains intégrationnistes ; les Blancs intégrationnistes ; et les Blancs ségrégationnistes. Ce qu’il faut souligner dans ce foisonnement d’idées c’est le refus pour les Blancs ségrégationnistes de laisser leurs enfants dans les mêmes écoles publiques avec ceux des enfants Noirs Américains. Les ségrégationnistes étaient ceux-là qui ont inventé une transcendance, qui d’ailleurs était non-violente : ils ont ouvert des écoles privées au lieu d’exposer leurs enfants au « mélange » dans les écoles publiques. Cette transcendance est négative dans le sens où la solution d’une école privée ne serait pas un idéal dans une ville où les couleurs, les idées doivent se côtoyer au quotidien.
           De l’autre côté, la transcendance positive est celle qui réussit à réunir les positions extrêmes des parties en conflit autour des positions communes partagées par les deux parties, ou encore cherche dans chacune des positions défendues ce qu’il y a de positif pour faire partager les  protagonistes. La transcendance positive prône le dialogue basé sur le respect mutuel et la curiosité. Il ne s’agit pas d’un débat, une sorte de stratégie guerrière faisant appel à des armes verbales dans le but de montrer que la partie adverse est mauvaise/fausse/horrible/profane. C’est une étape majeure dans la société multiculturelle dans laquelle les différents acteurs se considèrent comme sources mutuelles d’enrichissement, mais plutôt une coexistence pacifique faisant clairement un bond en avant.
·                      Exemple : La compagnie sans classe, la scène est un conflit classique : la lutte des classes. Il s’agit d’une petite entreprise quioppose un propriétaire et un ouvrier. Les moyens de production sont détenus par le propriétaire, et l’ouvrier est payé à partir du revenu issu de la vente des produits. Ici, le problème est celui des misérables conditions de travail. Dans le cas de ce conflit, la transcendance peut être négative dans la mesure où le propriétaire ne décide pas d’améliorer les conditions de travail de l’ouvrier et conduire à la fermeture  de l’entreprise.Mais cette divergence s’amenuiserait si les deux décidaient de se mettre au même niveau pour transformer l’entreprise en une coopérative dont ils sont les deux membres. Et chacun devra à son niveau apprendre le boulot de l’autre, se mettre dans la peau de l’autre pour vivre les réalités de l’autre, on parle alors à ce niveau d’une transcendance positive.
·         L’école et les écoles alternatives : Situation de deux catégories d’élèves, l’élève A agressif et l’élève B studieux, le médiateur essaye de faire un  compromis dans le but de transcender le conflit entre ces deux catégories d’élève. Il y a transcendance positive dans la mesure où la solution serait la construction de plusieurs types d’écoles dans le même bâtiment scolaire et puis les laisser fleurir ensemble, choisir leur salle de classe, et décider s’ils veulent rester ou continuer la recherche. Par la suite essayer d’introduire progressivement la méthode universitaire.

    2-TRANSFORMATION
        Le terme de « transformation des conflits », forgé entre autres par John Lederach, exprime en détail ce que cherche à mettre en place de nouvelles relations et des structures sociales équitables dans des conflits. Le concept de transformation des conflits englobe les notions d’escalade, de plaidoyer, de travail en faveur des droits de l’homme, mais aussi de réconciliation et de développement durable. Transformation signifie changement et met en évidence qu’il s’agit des processus et non des solutions rapides. La transformation est l’étape la plus approfondie de la gestion du conflit. Elle part de l’idée que le conflit est lié à la structure sociale (loi, coutumes, préjugés) et la gestion durable nécessite un changement de ces lois. La transformation des conflits vise à rétablir sur la base de la situation créée par le conflit, des relations acceptables et acceptées par les parties au conflit de façon à faire redescendre l’intensité du conflit en dessous du seuil de violence. La « transformation des conflits » est fondée qui, sans nier l’existence du conflit, acceptent de régler leurs différends par d’autres moyens que la violence aigue. C’est dans ce sillage qu’on distinguera plusieurs transformations des conflits tels que :
Ø  La transformation personnelle : En tant que médiateur, il faut accepter d’abord soi-même la transformation. Ce changement doit s’opérer d’abord au niveau personnel :
·         Au niveau émotionnel : commencer par la maitrise de soi
·         Au niveau perceptuel : prendre le temps de comprendre ce que veut dire l’autre avant de le voir tel que je le perçois. Certains ont tendance à voir les choses de façon négative. Il faut accepter l’autre, s’ouvrir  aux autres
·         Au niveau physique : la façon de s’habiller, de parler, la simplicité des gestes doivent être de nature à rassurer l’autre.
Ø  La transformation culturelle : il faut permettre la transformation des règles, et coutumes qui oppriment et qui ne valorisent pas les autres.
Ø  La transformation structurelle : nous devons accepter que les relations jouent un rôle important dans la vie. Notre façon d’aborder et de traiter les gens peut en faire des amis ou des ennemis. La communication est très importante dans la transformation rationnelle.

B-CAS PRATIQUE : APPROCHE DE RESOLUTION DE CONFLITS A L’AFRICAINE

1-      LA PALABRE
Etymologiquement le mot palabre vient de l’espagnol « palabra » et a le sens de parole, de discussion, de conversation longue et oiseuse. Cette conception dévalorisante émane du contexte colonial où la palabre était une sorte de concertation où siégeaient le commandant européen et le chef noir. En vérité le concept de palabre a une autre signification dans les sociétés africaines traditionnelles, où différents termes, plus adéquat sont utilisés pour la désigner. Les Bamilékés à ce propos parleront de « Tsang » dont le but est d’apaiser les esprits. En tant que cadre de l’organisation de débats contradictoires, d’expressions d’avis, de conseils, de déploiement de mécanismes divers de dissuasion et d’arbitrage, la palabre tout au long des siècles est apparue comme le cadre idoine de résolution des conflits en Afrique noire. Incontestablement, elle constitue une donnée fondamentale des sociétés africaines et l’expression la plus évidente de la vitalité d’une culture de paix. Partout en Afrique on retrouve à quelque nuance près, la même conception de la palabre. Elle est considérée comme  un phénomène total dans lequel s’imbrique la sacralité, l’autorité et le savoir. Chez les bétis du Sud Cameroun par exemple, pas moins de six conditions et modalités constituent un préalable à toute palabre : où, quand, qui, quoi, pourquoi, comment ? la palabre se tient toujours en un lieu chargé de symboles : sous un arbre, près d’une grotte, sur un promontoire ou dans une case édifiée spécialement à cet effet. Parfois, les jeunes enfants et les femmes réputées bavardes en sont exclus pour des raisons de confidentialité, une hiérarchie et un protocole sont observés dans l’intervention des principaux acteurs.
Il est courant qu’une palabre soit présidée par un vieillard et non par le chef. Pour trancher les litiges, le chef à des notables spécialisés dans la gestion et la résolution des conflits et constituent « Eboé bot » (commandement des hommes). Le premier conseiller est appelé « Nkulmejo », chez les Bulu, le second conseiller (nkattefôe) annonce l’arrivée du chef et ordonne le silence.
Les parties en conflit sont présentées par les « faiseurs de paix » qui les emmènent à s’expliquer. Il se trouve assis dans l’assemblée un patriarche influent pour son intégrité, il porte chez les Bulu le nom de Kasso. D’une grande discrétion, il ne prend pas part au débat et son regard est plutôt  fixé dans les nuages, et son avis est prépondérant  au moment de la délibération. La palabre n’a pas pour finalité d’établir les torts respectifs des parties en conflit et de prononcer des sentences qui conduisent à l’exclusion et au rejet, elle apparait comme une logo thérapie  qui à pour but de briser le cercle infernal de la violence et de la contre violence afin de rétablir la paix. Ainsi donc, la problématique de la dissuasion, de la prévention et de la résolution des conflits se traduit dans les sociétés traditionnelles africaines par l’adage suivant formulé par les Baneng du Centre Cameroun : « éviter la guerre à tout prix, faire la guerre quand on n’a pas pu l’éviter, mais toujours rétablir la paix après la guerre ».


2-      UBUSHINGANTAHE[7]
L’institution des Bashingantahe renferme des principes et mécanismes qui n’ont rien à envier aux théories et méthodes moderne de règlement des conflits. Le concept d’Ubushingantahe signifie une action de témoignage, de médiation et d’arbitrage en vue de rétablir la véracité desfaits et la justice conciliatrice. Les Bashingantahe sont des personnes ciblées par la communauté pour servir des pôles référentiels et de protecteurs de l’écologie des mœurs. Parmi les multiples fonctions d’Ubushingantahe, figure celle de l’instruction, du règlement pacifique des conflits et de la conciliation. Pour exercer la fonction d’Ubushingantahe, il faut au préalable remplir les conditions ci-après :
§  La maturité humaine
§  Le sens de la vérité
§  L’intelligence lucide
§  Le sens de l’honneur et de la dignité
§  L’amour du travail et la capacité de subvenir à ses besoins
§  Le sens de la justice
§  Le sens de la responsabilité sociale
La maturité d’une société s’évalue, non pas au nombre de tragédies qu’elle à connue mais à la manière dont le peuple s’y prend pour les gérer et éviter l’élimination physique des compatriotes et/ou des étrangers, la destruction des infrastructures et de l’environnement[8]. Les Bashingantahe du Burundi procèdent de la manière suivante pour résoudre leurs différends.
Etape 1 :l’écoute active
Ce mode permet d’entendre les parties, de percevoir ce qu’elles ressentent, ils y parviennent en laissant la personne parler sans interruption et ensuite, ils cherchent à clarifier ce qu’elle a dit pour éviter toute confusion.
Etape 2 : le recours au juron
Le juron est une parole qui renferme l’engagement de la personne à payer de son etre toute parole fausse. Ici, toutes les parties déclarent devoir révéler la vérité. Cette prestation de serment permet aux notables de s’assurer de la véracité des propos avancés par les parties.
Etape 3 : la recherche des preuves
Les notables procèdentpar un examen de l’expression physique de l’accusé (analyse du regard, du timbre vocal, de la cohérence des propos). En cas de vol par exemple, les Bashingantahe  pas à analyser les traces laissées par les pieds du présumé voleur. La découverte de la vérité suffit pour qu’une décision soit prise. L’accusé peut payer en espèces le prix de l’animal volé, mais c’est un prix à négocier puisque le plaignant peut affirmer ne pas être d’accord avec l’imposition d’une somme qu’il juge dérisoire par rapport au revenu que peut générer un animal vivant. Lorsque de tels cas surviennent, les Bashingantahe s’interposent pour privilégier l’arrangement à l’amiable pour ne pas se retrouver devant les tribunaux. Lorsqu’un accord est trouvé, la communauté exige du coupable une cruche de vin de banane à boire sur le champ pour cimenter la conciliation des parties. Le procès se fait toujours en présence des témoins qui ont le droit de prendre la parole pour charger ou décharger l’accusé.
Etape 4 : la délibération
Après l’obtention des preuves, les Bashingantahe se retirent pour délibérer en retraçant les épisodes des plaintes déposées ainsi que les déclarations. La délibération est faite par un collège de Bashingantahe de clans différents pour garantir la transparence et l’impartialité. Les membres du collège sont tenus de ne point révéler les noms de leurs collègues ayant milités en faveurs ou en défaveur de l’une des parties.






                                           BILIOGRAPHIE

·         BERCOVITCH, Jacob& al : Regional guide to international conflict, pp 1à46
·         GALTUNG, Johan : Transcendance et transformation des conflits: une introduction au métier de médiateur (traduit par Célestin TAGOU) PUPA-AUPA 2010
·         MANIRAKIZA, Zénon : Modes traditionnel de règlement des conflits : l’institution d’Ubushingantahe, pp 39-58
·         TAGOU, Célestin : La Dynamique des conflits, de la Paix et du Développement dans les sociétés africaines, PUPA/AIPCD, 2010





[1]Galtung Johan: Transcendance et tranformation des conflits: une introduction au métier de médiateur. Traduit par CélestinTagou, PUPA/AIPCD, Yaoundé 2010, p61
[2]Oberschall Anthony(1973), social conflicts and social movements, Englewoods cliffs, New Jersey, prentice hall, p59
[3] Charly Gabriel Mbock : cité par Célestin Tagou
[4]Conflits qui ont  le plus souvent lieu entre membre d’une même civilisation ou entre peuple vivant dans des situations de proxomité.
[5] Doyen de la Faculté des Sciences Sociales et des Relations Internationales à l’Université Protestante d’Afrique Centrale, et chef du département de Paix et Développement
[6]Sociopolitiquement, il s’agit du groupe Bulu/Beti au Cameroun
[7]Approche burundaise de résolution pacifique des conflits
Dans le dictionnaire Rundi-Français de RODEGEM, le terme Umushingantahe est traduit en ces mots : « magistrat, notable conseiller, arbitre, assesseur, juge, celui qui est revêtu de l’autorité judiciaire et qui dispose de la baguette (intahe), insigne de son autorité ». Pour l’Abbé Adrien NTABONA, le Mushingantahe signifie « un homme responsable du bon ordre, de la tranquillité, de la vérité et de la paix dans son milieu. Et cela, non pas en vertu d’un pouvoir administrativement attribué, mais de par son être même, de par sa qualité de vie, que la société voudrait reconnaitre à sa personne en lui confèrent une investiture ».
[8] MANIRAKITA, Zenon, modes traditionnels de règlement des conflits : l’institution d’Ubushingantahe, p8

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