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LE NEPAD 2


INTRODUCTION
Les années 60 et 80 sont considérées comme les décennies des indépendances africaines du fait que la majorité des pays aient décidé de mettre fin au joug de l’époque coloniale afin de repenser de manière autocentrée le développement de leur continent. Seulement, ces décennies ont également été caractérisées par des instabilités politiques, des coups d’Etat militaires, des gouvernements à parti unique, des dictatures et aussi par l’influence grandissante de la guerre froide dans les affaires africaines. Confrontés à l’apparition de la crise économique avec un fort endettement extérieur, au déclin du développement social, aux échecs des institutions financières internationales et des politiques libérales, les pays africains ont essayé de renverser la tendance en appelant à un nouvel ordre économique mondial qui leur permettrait d’élaborer des stratégies de développement autocentrées, culturellement pertinentes et influencées par l’Etat. C’est dans ce contexte que les dirigeants africains ont jugé nécessaire de changer l’orientation de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), de la libération politique au développement économique. Par conséquent, tout au long des années 60 à 90, plusieurs stratégies vont être déployées. On aura entre autres la stratégie d’Ujama élaborée en 1960 par Julius Nyéréré fondée sur l’autosuffisance, celle des besoins fondamentaux conçue par Robert Mc Namara en 1973 qui était pour le replacement de l’Homme au centre du développement  par la satisfaction de ses besoins fondamentaux, le Consensus de Washington généralement associé à la stratégie prônant l’émergence des ONG. Il eut aussi comme initiatives le Plan de Lagos (1980), la Charte Africaine d’Arusha pour la participation populaire et le développement (1990) et le Traité d’Abuja (1991) pour ne citer que ceux-là.  Face à l’échec lamentable de ces différents plans, une nouvelle génération de dirigeants africains décida de rentrer dans le 21e siècle en proclamant la Renaissance. C’est dans cet esprit de recherche de nouvelles solutions  qu’est né le «  Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique » plus connu sous le sigle NEPAD. Ce dernier s’est doté d’un programme ambitieux dont les axes tournent autour de la paix et de la sécurité, des infrastructures, l’agriculture et l’accès au marché et la  bonne gouvernance. Cet aspect précis de la bonne gouvernance constitue la principale innovation du NEPAD  par rapport aux autres plans et programmes préalablement établis par les Africains. En effet l’accent mis sur la bonne gouvernance par le NEPAD, comme condition sine qua none au développement  fait de ce concept plus que jamais un préalable au développement économique, social et culturel de l’Afrique. Cependant, dans quel contexte ce projet a-t-il émergé ? En quoi consiste-t-il ? Dans quelle mesure ou plus encore, par quels moyens le NEPAD entend il contribuer au développement de l’Afrique ? Les réponses à ces différentes interrogations nous servirons de guide dans le cadre de cet exposé.

        CONTEXTE HISTORIQUE DE L’AVENEMENT DU NEPAD
Pour comprendre de manière approfondie le NEPAD et le nouvel espoir qu’il entend apporter à l’Afrique, il est judicieux et important d’étudier d’abord le contexte  dans lequel ce projet est né. Pour cela, nous passerons en revue les différents Mouvements, Conférences et Sommets qui ont non seulement précédé l’avènement du NEPAD mais aussi constitué le socle ou les jalons de cette initiative.
        Du  Non-alignement aux Conventions de Lomé

        Du Mouvement des Non-alignés à Belgrade
Le non-alignement exprime la volonté des nations, devenues indépendantes, d’affirmer leur existence face aux grandes puissances que sont les Etats-Unis représentant le bloc capitaliste et l’URSS, le bloc communiste. Cependant, le non-alignement se distingue de la neutralité dans la mesure où il implique une participation active aux affaires internationales, notamment au travers de l’Organisation des Nations unies (ONU).Ces nations nouvellement indépendantes obtiendront leur reconnaissance politique lors de la Conférence de Bandung du 18 au 24 Avril 1955. Celle-ci fut organisée par la Birmanie, l’Inde, l’Indonésie et le Pakistan et réunit 29 Etats des continents africain et asiatique principalement issus de la décolonisation. Parmi les participants figurent Nasser, président d’Egypte, l’Indien Nehru, l’Indonésien Sukarno et le chinois Zhou Enlai. De cette conférence naîtra concrètement le mouvement de non-alignement, qui assure l’autonomie et la neutralité des pays du tiers-monde vis-à-vis de l’URSS et des Etats-Unis. Même si au terme de la conférence sus-évoquée aucune organisation commune n’est créée pour  équilibrer les deux blocs de la guerre froide, elle aboutira néanmoins à l’élaboration de dix principes au rang desquels figurent le respect des Droits de l’Homme, l’égalité entre tous les peuples, et à la formation effective du Mouvement des non-alignés.
En 1961, le mouvement nouvellement formé tint sa première conférence à Belgrade en Serbie sous l’invitation du Président Tito de la Yougoslavie. Cette Conférence invitait les deux « super grands » à  savoir les Etats-Unis et l’URSS à entrer en contact  afin d’éviter un conflit mondial, rejetait le système des deux blocs et l’idée que la guerre, y compris la guerre froide, soit inévitable. Elle prônait également la nécessité d’une « coexistence pacifique », préconisait  un désarmement total et affirmait le droit des peuples à l’autodétermination, à l’indépendance, ainsi qu’à la libre disposition de leurs richesses. Enfin, elle réclame la création, sous l’égide de l’ONU, d’un fonds d’équipement pour venir en aide aux pays en voie de développement.

        Les Conférences de Yaoundé et les Conventions de Lomé
L’accession à l’indépendance des pays et territoires d'outre-mer a entraîné la négociation de leurs relations, notamment dans le domaine de la coopération économique, scientifique et culturelle avec la CEE, sur des bases contractuelles. Cette coopération s’est enrichie depuis 1957, tant au niveau de son champ d’application que de son étendue géographique. C’est dans ce sens que fut signé le 2 Juillet 1963, la première Convention de Yaoundé. Cette Convention prévoyait une aide financière et commerciale aux 18 anciennes colonies africaines qui avaient formé la EAMA (Etats Africains et Malgaches Associés) . La deuxième Convention fut signée  le 29 Juillet 1969. Celle-ci ne fut en réalité qu’une extension de la première et portait essentiellement sur le financement  des projets avec une prépondérance en Afrique. Il faut cependant noter que les Conventions de Yaoundé (et plus tard celles de Lomé) étaient des accords intergouvernementaux et les ressources pour leur implémentation émanaient d’un fond spécial à savoir le Fond Européen de Développement (EDF) dans lequel les Etats membres de l’Union Européenne devaient apporter leur contribution.
            L’extension de la Communauté Européenne  avec la venue du Royaume Uni souleva le problème des vingt (20) pays en voie de développement qui étaient membres du Commonwealth Britannique. Avec l’Ethiopie et quelques anciennes colonies britanniques en Afrique, certains de ces pays en voie de développement ont rejoint le groupe des pays ACP (Afrique Caraïbes Pacifique). Les crises  pétrolières des années 70, la hausse du coût des matières premières et le dialogue Nord-Sud, ont influencé les négociations qui ont abouti aux Conventions de Lomé de I à IV. Les principales caractéristiques  de ces Conventions sont l’égalité des partenaires, la nature contractuelle des relations et une combinaison d’aide, de commerce et de politique dans une vision à long terme.
        La première Convention à savoir Lomé 1 a été signée le 28 Février 1975. Elle concernait 46 pays des ACP et 9 pays européens. Elle visait l’implémentation d’un modèle de développement basé sur un partenariat et la solidarité. Lors de cette convention, fut mis en  place le STABEX (fonds de stabilisation des recettes d’exportation sur les produits agricoles) reparti par le Fond Européen de Développement (FED).  L’objectif  ici était  de favoriser l’adaptation des pays ACP à l’économie de marché de la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD).
        La deuxième, Lomé 2 fut signée le 31 Octobre 1979 par 58 pays des ACP et 9pays européens. Elle bénéficiait du financement du 5ième fond européen de développement. Cette convention n’apportera pas de changement majeur à l’exception de la création du SYSMIN entendu comme système de développement du potentiel minier. Celui-ci fut créé pour apporter de l’aide aux industries minières des pays ACP. Le SYSMIN couvre 8 produits miniers et intervient si la baisse des cours menace l’outil de production (le seuil de déclenchement doit représenter 18 pour cent des exportations totales).
         Lomé 3 fut signée le 8 décembre 1984 par 10 Etats européens et 65 pays ACP et reçût le financement du 6ième FED. Avec son protocole sur le sucre, elle prévoit l’importation de 1,3 millions de tonnes de canne à sucre aux prix européens. Ce protocole serait la raison du décollage des pays fournisseurs de sucre de cannes.la troisième convention de Lomé mettait l’accent sur un développement basé sur l’autosuffisance et la sécurité alimentaire.
        Lomé 4 fut signée le 4 novembre 1995 par 68 pays ACP et 12 Etats européens, et financée par le FED 7 et 8. Malgré le fait que le protocole financier n’eût qu’une durée de trois ans, cette convention fût la première à couvrir une période de dix ans. Sa particularité émanait du fait qu’elle mettait l’accent sur la promotion des Droits de l’Homme, la démocratie et la bonne gouvernance, le renforcement de la position des femmes, la protection de l’environnement, la coopération décentralisée, la diversification de l’économie des pays ACP, la promotion du secteur privé et le renforcement de la coopération régionale.
A la suite de Lomé 4, fut signée la même année par 70 pays ACP, une autre convention appelée Lomé 4 bis.

        Du Plan de Lagos à la création du NEPAD

        Le plan de Lagos et son  issue
 Durant une rencontre à Monrovia en Juillet 1979, les leaders africains évoquaient l’idée selon laquelle l’Afrique ne pourrait pas se développer en attendant les bénéfices des relations jusque-là entretenues avec l’Occident à travers les accords de Lomé et de Yaoundé. Il faut donc déterminer un certain nombre de stratégies nécessaires pour permettre à l’Afrique de se développer et de sortir de l’impasse dans lequel se trouve le continent depuis la moitié des années 70. Comme autres résolutions, les leaders africains prononçaient la décision de créer des organes régionaux et sous régionaux pour permettre d’assurer l’autocentricité du développement. Ce processus continua en Juillet 1980 avec la seconde session extraordinaire des Chefs d’Etats et de Gouvernements qui a eu lieu au Nigéria et a produit le Plan d’Action de Lagos. Ce plan était en fait la clarification de la philosophie indiquée à Monrovia. Dans cet esprit, le plan de Lagos s’était assigné l’objectif d’une croissance forte (7% l’an) fondée sur une véritable révolution agricole (4% de croissance annuelle) et sur une industrialisation conséquente (9.5% de croissance annuelle). Simultanément, il affirmait l’objectif d’une intervention économique et même culturelle et sociale du continent. De manière générale, « the tendency of the Lagos Plan was to list the problems that African countries were facing, suggest solutions without even a vague hint of how these could be financed, and then recommended the creation of numerous international institutions to help African countries ».  Le continent Africain a en effet bénéficié de multiples stratégies développement qui ont malheureusement échoué. C’est ainsi que les institutions financières essayeront tant bien que mal de penser un développement en Afrique en instaurant les Programmes d’ajustement Structurels (PAS) pour tenter de venir en aide aux Pays en voie de développement. Ces programmes étaient basés sur le libéralisme économique pour une participation effective à l’économie. Cependant, les PAS n’ont pas amélioré les conditions de sous-développement des PED (Pays en voie de développement), mais au contraire, ont plongé les PED dans une situation de dettes et par conséquent d’aggravation de la pauvreté. Cet échec des PAS, stratégie commanditée depuis le Nord va donc conduire à une réflexion plus poussée sur la situation des PED. C’est dans cette optique que va émerger à la fin des années 90, la stratégie de lutte contre la pauvreté, et plus tard l’initiative du NEPAD.
        Processus de création du NEPAD
 Né d'une volonté des chefs d’État africains de ne pas attendre que des propositions nouvelles pour le développement de leur continent émanent des grands pays industrialisés, le NEPAD est le fruit du constat des échecs essuyés par tous les plans d’aide portés par les bailleurs de fonds, sans une véritable implication des peuples africains. C’est ainsi qu’à l’occasion du Sommet de l’Organisation de l’Unité Africaine qui s’est tenu le 23 Octobre à Abuja, les Etas membres ont adopté la proposition faite par  cinq (5) chefs d’Etats africains (Afrique du Sud, Algérie, Egypte, Nigéria) de lancer un nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique. Cette initiative fut d’abord matérialisée par l’adoption du Millenium Partnership for the African Recovery Program (MAP) initié par le Chef d’Etat Sud-africain Thabo Mbéki en collaboration avec les Présidents Olusegun Obasanjo (Nigéria), Abdelaziz Bouteflika (Algérie). Ce plan est présenté comme un programme de renaissance africaine et une volonté de réconciliation avec l’Afrique et ses réalités. Il s’agit d’un diagnostic des sources de l’appauvrissement historique de l’Afrique et un appel à la prise de conscience. Par la suite, le Président Sénégalais Abdoulaye Wade a apporté sa contribution en proposant le Plan OMEGA pour l’Afrique. Celui-ci se réfère à la théorie du rattrapage (The catching up theory) et propose de combler les gaps qui séparent les pays africains de ceux développés dans les secteurs essentiels de l’économie. Il préconise ainsi le développement par l’intégration économique et à partir de la mobilisation du capital physique et humain. Ces deux plans vont donc fusionner en Juillet 2001 à Lusaka (Zambie) sous le nom de  Nouvelle Initiative Africaine  qui sera rebaptisée plus tard Nouveau Partenariat pour le Développement Africain.
Manifestation de la résurgence panafricaine, ce nouveau partenariat s’inscrit dans  le cadre de la réforme de l’OUA et se positionne comme l’instrument privilégié de la prochaine Union Africaine (UA). Le NEPAD se présente en effet comme un outil devant faciliter la réalisation des objectifs fixés par la Charte de l’UA parmi lesquels on retrouve notamment la nécessité de « créer des conditions appropriées permettant au continent de jouer le rôle qui est le sien dans l’économie mondiale ». Cette nouvelle initiative traduit ainsi la volonté politique du continent de s’engager sur la voix d’une croissance et d’un développement durable, tout en participant activement à l’économie et à la vie politique mondiale. L’objectif d’une telle réflexion est donc d’identifier les différents moyens à mettre en œuvre afin de permettre enfin le décollage du continent.


        LE NEPAD : INITIATIVE DE BONNE GOUVERNANCE ET DE DEVELOPPEMENT AFRICAIN

        Présentation du NEPAD
Le NEPAD est un programme africain adopté en Octobre 2001 par seize chefs d’Etats africains et visant à promouvoir un développement autocentré de l’Afrique et offrant une vision opérationnelle englobant les activités sociales, politiques et économiques. Ce dernier n’est pas une version révisée du programme d’ajustement structurel (PAS), mais il vise plutôt à développer un nouveau partenariat global et son objectif est de transformer la relation donateur-bénéficiaire en une nouvelle approche de développement basé sur des objectifs communs et un engagement mutuel. Avec le NEPAD, l’Afrique réaffirme sa détermination à renforcer sa capacité à s’intégrer dans le monde en tant que partenaire dynamique, et non comme une entité marginalisée. Le Nouveau Partenariat Pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), est  « une  promesse  faite  par  des  dirigeants  africains,  fondée  sur  une vision  commune,  ainsi  qu’une  conviction  ferme  et  partagée  qu’il  leur  incombe d’urgence d’éradiquer la pauvreté, de placer leurs pays, individuellement et collectivement, sur la voie d’une croissance et d’un développement durables, tout en participant  activement  à  l’économie  et  à  la  vie  politique  mondiales » . Le Président Olusegun Obasanjo décrit le NEPAD comme étant : « la plus jeune épouse de l’Afrique (…)». En effet, le NEPAD est le dernier venu d’un ensemble de mesures politiques et de propositions de programmes sur la façon dont le continent devrait être libéré du joug de la pauvreté et du sous-développement. Le NEPAD a l’originalité de mettre l’accent sur le secteur privé qui apparaît comme un des partenaires prioritaires. De plus, il fait de la région l’espace premier en différenciant les cinq(05) grandes régions de l’Union Africaine (Afrique du Nord, Afrique australe, Afrique Centrale, Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est). De ce fait, le cadre régional constitue un référent de base pour penser les projets de développement. 
Le NEPAD est structuré de la manière suivante :
        Le Comité d’Orientation des Chefs d’Etat et de Gouvernement (HSGOC) : il  assure la direction du processus du NEPAD, définit  les politiques, fixe les priorités et les programmes d'action. Au lancement du programme du NEPAD, le nombre des membres du Comité d'orientation était de 15 y compris les cinq pays initiateurs. Afin d’encourager l’intégration et l’appropriation, le nombre a été porté à 20 membres par l’Assemblée de l’UA.
        Le Comité de pilotage : est principalement responsable de l’élaboration des termes de référence des programmes et projets identifiés ainsi que de la supervision du travail et des activités programmatiques de l’Agence du NEPAD ;
        L’Agence du NEPAD : est de faciliter et  de coordonner la mise en œuvre de programmes et projets prioritaires régionaux et continentaux,  d’encourager les  partenariats, de  mobiliser des ressources et de s’atteler à la gestion de la recherche et des connaissances.


        Les principes
Le projet du NEPAD est basé sur huit (8) principes généraux :
        La bonne gouvernance comme un impératif de base pour la paix, la sécurité et un développement socioéconomique et politique durable ;
        Assurer la propriété, la responsabilité et le leadership par l’Afrique ;
        Ancrer le développement de l’Afrique sur ses ressources ;
        Partenariat entre les peuples africains ;
        Accélération de l’intégration régionale et continentale ;
        Construire la compétitivité des pays africains ;
        Mettre sur pied un nouveau partenariat international qui va changer les relations jusqu’ici inégales entre l’Afrique et les pays développés ;
        S’assurer que tous les partenariats avec le NEPAD vont dans le même ordre d’idées que les Objectifs du Millénaire pour le Développement.

        Objectifs du NEPAD
L’objectif principal du NEPAD est d’éradiquer la pauvreté et d’engager les Etats africains, individuellement et collectivement, sur la voie d’une croissance et d’un développement  durables et, dans le même temps, de prendre activement part à l’économie et à la politique mondiale sur un même pied d’égalité que les pays développés. Par rapport à cet objectif global, il s’est assigné plusieurs objectifs selon lesquels l’Afrique devrait :
         S’impliquer davantage dans la prévention des conflits afin d’établir une paix durable dans le continent ;
        Œuvrer pour l’adoption et l’implémentation des principes de démocratie et de bonne gouvernance politique et économique et faire de la protection des droits de l’Homme une priorité dans tous les pays africains ;
        Développer et implémenter des programmes effectifs d’éradication de la pauvreté ;
        Stopper la marginalisation de l’Afrique dans le processus de mondialisation ;
        Promouvoir une croissance accélérée et un développement soutenu.

        NEPAD : Initiative de bonne gouvernance et de développement Africain

        NEPAD et bonne gouvernance
La bonne gouvernance est un concept fortement contesté. Son usage général se réfère à une plus grande efficience dans le processus gouvernemental, «  transparence » et « rationalité » dans l’allocution des ressources. Selon Sawar Lateef, ‘’la bonne gouvernance se décline sous trois aspects à savoir : la forme du régime politique, le processus par lequel le pouvoir et l’autorité sont exercés, la capacité de créer, formuler et implémenter des politiques.’’ Plus clairement, la bonne gouvernance désigne « les règles, processus et comportements qui influent sur l’exercice des pouvoirs au niveau d’un Etat, d’une organisation ou d’une communauté particulièrement du point de vue de l’ouverture, de la participation, de la responsabilité, de l’efficacité et de la cohérence ».
Le MAEP (Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs) apparaît au sein du NEPAD dès 2003 dans le but de servir comme un instrument d’interface, capable de garantir une harmonisation des normes déjà disparates en vertu de la contextualisation du concept de « bonne gouvernance » en Afrique. Il définit les institutions et processus qui guideront les évaluations futures entre pairs sur la base des codes et des normes de gouvernance démocratique, politique, économique et des entreprises, convenus d’un commun accord.
 C’est dans cette optique qu’en 2007 la fondation du Soudanais Ibrahim Mo va instituer le Prix Mo dans le but de primer les anciens chefs d’Etats Africains qui auront fait preuve de bonne gouvernance dans leur gestion des affaires publiques pendant qu’ils étaient au pouvoir ». Pour attribuer le prix le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs procède en quatre phases. Tout d’abord le Comité des Chefs d’Etat et de Gouvernements participant au forum est la plus haute instance de décision du MAEP ; le groupe des personnalités éminents supervise le processus d’évaluation afin d’en garantir l’intégrité, il examine les rapports et fait des recommandations au forum du MAEP ; le secrétariat du MAEP fournit l’appui technique administratif et sert d’organe de coordination au MAEP ;  l’équipe des missions des nouveau pays visite les états membres afin d’évaluer les Progress et élaborer un rapport MAEP sur le pays.
Ce prix pour la bonne gouvernance s’élève à 5 millions de dollars et s’accompagne d’une rente de 200 000 dollars par ans. Il y a eu comme lauréats  Joaqhim Chisano du Mozambique en 2007 ; Nelson Mandela ex président Sud-Africain qui a été lauréat et qui s’est vu attribué un titre honorifique  la même année; Festus Mogae  du Botswana recevra le sien 2008. Afin de mieux cerner cette notion de MAEP, nous allons l’étudier sous deux axes : son fondement et son organisation et les types, périodicité d’évaluation et étapes du MAEP.
        Fondements et organisation du MAEP

        Fondements
                    Principes
Ce mécanisme se fonde sur l'adoption de politiques, standards et conduites propices à une stabilité politique, une croissance économique et un développement durable. Cela passe par le partage d'expériences et le renforcement des pratiques ayant connu du succès entre Etats membres, ainsi que par le nécessaire renforcement des capacités de décision des pairs dans l'exercice d'un dialogue constructif basé sur des arguments de nature à rendre le processus effectif, crédible et acceptable.
Le MAEP est par ailleurs basé sur la participation de toutes les composantes de la société à la gestion de la gouvernance démocratique, politique, économique et des entreprises. L'adhésion y est volontaire et la participation ouverte à tous les Etats membres de l'Union Africaine. C'est un processus initié et géré par les Africains eux-mêmes. Le MAEP permet en outre la participation des tiers dans les affaires intérieures des Etats de même qu'une mobilisation des compétences techniques et crédibles libres de toute manipulation, contrairement à la politique jusque-là appliquée en matière de relation internationale qui est celle de la non-ingérence.

        Contenu
Dans le cadre de la mise en œuvre du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD), les chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Union Africaine ont, dans leur Déclaration sur la gouvernance démocratique, politique, économique et des entreprises, « convenu de travailler ensemble en termes de politiques et d'actions pour atteindre les objectifs suivants: La Démocratie et la bonne gouvernance politique; La Gouvernance économique et sociale; Le Développement socio-économique; Le Mécanisme africain d'évaluation entre pairs ». Le MAEP est en réalité un outil prévu pour, (comme son nom l'indique) évaluer les Etats sur leurs performances relativement aux trois premiers objectifs retenus dans la déclaration, en se fondant sur les codes et les normes rattachés à ces objectifs.
Les centres d'intérêt du MAEP sont par conséquent regroupés ainsi qu'il suit :


        la démocratie et la gouvernance politique
La démocratie et la bonne gouvernance impliquent le respect des droits fondamentaux des individus et des groupes à travers l'existence d'un Etat de droit, la reconnaissance et le respect des principes d'égalité de tous devant la loi et des libertés individuelles et collectives, la reconnaissance et le respect du droit de chaque citoyen à créer ou adhérer à un parti politique ou un syndicat conformément à la constitution. Cela suppose également la reconnaissance et le respect du droit aux mêmes opportunités pour tous, du droit inaliénable des individus de prendre part, à travers des processus libres, crédibles et démocratiques, à l'élection périodique de leurs dirigeants pour un mandat déterminé. Cela implique enfin l'adhésion à une doctrine de séparation des pouvoirs, notamment la protection de l'indépendance de la magistrature et l'existence d'un parlement crédible.
Voilà pourquoi la bonne gouvernance est définie par S.E.M. Kofi A. ANNAN comme étant le fait qu'il existe, dans un Etat, des institutions politiques et juridiques sérieuses qui fonctionnent bien, des institutions que les citoyens considèrent comme étant légales et à travers lesquelles ils se reconnaissent, des institutions qui les rendent autonomes et au sein desquelles ils prennent part aux prises des décisions affectant leur vie au quotidien.

        la gouvernance économique
Par ce vocable, les Chefs d'Etats et de Gouvernements de l'Union Africaine expriment leur croyance ferme en ce que la promotion de l'efficacité du marché, le contrôle du gaspillage dans les dépenses publiques, la consolidation de la démocratie et l'accroissement du flux des capitaux du secteur privé soit les aspects cruciaux des efforts visant à réduire la pauvreté et à encourager le développement durable sur le continent. Pour se faire, la promotion des politiques macroéconomiques qui soutiennent le développement durable, la mise en œuvre des politiques économiques transparentes, prévisibles et crédibles, la promotion d'une gestion saine des finances publiques, le renforcement de la capacité institutionnelle de l'Etat, la décentralisation fiscale, les mesures de lutte contre la corruption et le blanchiment d'argent, les mesures visant à l'intégration régionale et à la coopération monétaire sont des objectifs qu'il va falloir évaluer.

        la gouvernance des entreprises
La gouvernance des entreprises est un système dans lequel les entreprises sont dirigées, contrôlées et ont l'obligation de rendre compte. Elle touche à toutes les formes d'entreprises, qu'elles soient du secteur public ou du secteur privé. Une bonne gouvernance des entreprises est marquée par certains traits distinctifs que sont entre autres: la discipline, la transparence, l'indépendance, l'obligation de rendre compte, la responsabilité, la citoyenneté sociale. Ces traits caractéristiques sont importants dans la mesure où ils renforcent la confiance des investisseurs et facilitent aux entreprises la mobilisation des capitaux pour le financement de leurs activités.

        Le développement socio-économique
Le développement socio-économique implique, dans le cadre du NEPAD, l'amélioration continue du bien-être et du niveau de vie des populations. Ce centre d'intérêt permet de souligner les efforts déployés et les progrès accomplis dans la conception des politiques appropriées et des mécanismes de prestations de service dans les domaines clés de développement social. Le développement socioéconomique se mesure à partir des points suivants: la promotion de l'auto dépendance et le renforcement des capacités pour un développement durable, l'accélération des objectifs socio-économiques en vue de l'éradication de la pauvreté, le renforcement des politiques et mécanismes de prestation de service, la lutte contre le VIH/SIDA et autres maladies transmissibles. Il se mesure également à travers l'accès abordable de tous les citoyens, (notamment des pauvres) à l'eau, à l'énergie, aux finances, aux marchés et aux TIC (technologies de l'information et de la communication).
Par ailleurs, le développement socio-économique s'apprécie dans les progrès réalisés sur les plans de l'application du concept genre, en particulier celui de l'accès à l'éducation pour les filles de même que celui de la participation élargie de toutes les parties prenantes au développement ; ce qui fait appel à une certaine structuration des instances du MAEP.

        Organisation du MAEP
Pour mieux assurer son fonctionnement et atteindre ses objectifs, le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs s’est doté d’organes continentaux et nationaux.

        Organes continentaux
Comme acteurs institutionnels continentaux, on a les organes de décision et les organes de mise en œuvre. Les organes de décision sont :

        le Forum des Chefs d'Etat et de Gouvernement ; il est l’organe suprême de décision du MAEP. Tout le processus se déroule sous sa responsabilité ; il est investi du pouvoir d’examiner, d’adopter et de s’approprier les rapports d’évaluation des pays que lui soumet le Panel puis de convaincre, par la persuasion et le dialogue, le chef de l’Etat évalué afin que celui-ci se conforme aux recommandations contenues dans le rapport d’évaluation le concernant ;
        le Panel des éminentes personnalités ; au nombre de cinq à sept, ces personnalités sont désignées par les Chefs d’Etat et de Gouvernement membres du MAEP et doivent jouir d’une grande intégrité morale et d’une expérience avérée dans les domaines de compétence du MAEP. La désignation de ces personnalités doit par ailleurs tenir compte de l’équilibre régional, l’égalité entre les hommes et les femmes puis la diversité des cultures; Le Panel est chargé de la direction et de la gestion du mécanisme ; il est notamment chargé de veiller au choix et à la nomination des membres des équipes d’évaluation, d'assurer la supervision et l’intégrité du processus d’évaluation puis de faire des recommandations au Forum à partir des rapports d’évaluation que lui transmet le secrétariat du MAEP.
Les organes de mise en œuvre sont constitués :
        du Secrétariat : qui est chargé de l'appui technique et administratif. Il a pour tâches entre autres, de mettre en place une base de données sur la situation politique et économique de chaque pays membre du MAEP, d’élaborer les documents de base nécessaires au travail des équipes d’évaluation, de proposer les indicateurs de performance puis de suivre les performances de chaque Etat membre. Pour l’accomplissement de ces tâches, le secrétariat du MAEP peut faire appel, avec l’accord du Panel, au service des institutions et experts africains dont il est convaincu de la compétence ;
        Et de l’Equipe d’Evaluation Pays du MAEP : il s’agit d’une commission constituée d’experts africains dont la mission est de procéder à l’évaluation du pays candidat en matière de gouvernance politique, économique et des entreprises puis en matière de développement socioéconomique. En réalité, l’équipe du MAEP apprécie l’auto évaluation faite par le pays visité, examine le rapport qui en est issu et le  confronte avec les réalités du terrain. Aussi, elle juge de la pertinence du projet de plan d’action contenu dans le rapport d’auto évaluation, produit à son tour un document constituant le projet de rapport définitif d’évaluation, avec un plan d’action et des propositions de recommandations, qui seront soumis à l’appréciation du Panel des éminentes personnalités par l’intermédiaire du Secrétariat du MAEP. Au rapport d’évaluation de l’équipe du MAEP, sont annexées les observations du gouvernement du pays évalué, Le rapport d’auto évaluation est rédigé sous le contrôle des organes internes de mise en œuvre du MAEP.


        Les organes nationaux
Les acteurs nationaux du MAEP sont en général le public cible et les institutions chargées de la mise en œuvre du mécanisme. Il s’agit donc de tout le monde. Comme structures nationales de mise en œuvre du Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs, on peut citer de façon spécifique :
        le Point Focal qui est le représentant de l’Etat dans la mise en œuvre du MAEP ; il suit pour le compte de l’Etat le processus d’auto évaluation jusqu’à la prise en compte du rapport par l’équipe d’évaluation ; il siège au sein du Ministère en charge des Affaires Etrangères ;
        la Commission Nationale Indépendante de mise en œuvre du MAEP ; c’est l’organe national compétent pour servir de répondant aux structures centrales du MAEP ; sous sa surveillance, sont conduites les enquêtes dans les pays en vue de la constitution de bases de données par les cabinets d’étude;
        les Cabinets d’Etude sont recrutés sur procédure d’appel d’offre lancé par la commission nationale indépendante. Ils sont au nombre de quatre soit un cabinet pour chaque centres d’intérêts. Ces cabinets recrutent à leur tour des enquêteurs qui se rendent sur le terrain pour la collecte des données relatives à la bonne gouvernance ; toutes les couches et catégories socio professionnelles du pays évalué sont concernées par cette enquête.


        Types, périodicités d’évaluation et étapes du MAEP
Le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs est fait d’une succession d’étapes qui se tiennent suivant une régularité permettant l’atteinte des objectifs que se sont fixés les chefs d’Etat et de gouvernement.

        Types et périodicités d’évaluation

Il existe deux types d’évaluations à savoir : les évaluations ordinaires et les évaluations extraordinaires. Les évaluations ordinaires sont de deux sortes : d’une part il y a l’évaluation de base qui intervient dans les dix-huit mois qui suivent l’adhésion formelle d’un Etat au MAEP aux fins d’apprécier le niveau de développement de cet Etat et faciliter ainsi le suivi de ses progrès ; d’autre part nous avons les évaluations périodiques qui se font tous les deux ou quatre ans après l’évaluation de base pour s’assurer des progrès réalisés par l’Etat évalué dans le respect des objectifs convenus.

        Etapes du MAEP
Que l’évaluation soit ordinaire ou extraordinaire, elle se déroule en cinq étapes de la façon suivante :
1ère étape :- elle se résume en la réunion des informations nationales pouvant permettre au pays d’être évalué et la rédaction d’un document de base par le secrétariat du MAEP indiquant le mode d’évaluation du pays. Elle consiste aussi en l’auto évaluation qui doit déboucher sur un programme d’action que le pays propose pour corriger les imperfections qu’il a lui-même relevées ;

2ème étape :- c’est la visite de l’équipe d’évaluation dans le pays concerné qui ne peut durer plus d’un  mois ; cette visite vise à confronter le rapport d’auto évaluation et le projet de Programme d’action du pays avec la réalité sur le terrain ;

3ème étape :- elle consiste en la préparation du rapport d’évaluation par l’équipe du MAEP et sa transmission par le Secrétariat au Panel des Eminentes Personnalités. Ce rapport devra contenir des recommandations sur les mesures spécifiques que le pays évalué doit inclure dans son Programme d’Action ;

4ème étape :- elle commence avec l’examen du rapport par le Panel des Eminentes Personnalités et se poursuit par la transmission du rapport, avec les recommandations du Panel, au Forum des chefs d’Etats et de Gouvernements à travers le Secrétariat du MAEP ; les membres du Forum adoptent ledit rapport puis prennent leur décision qu’ils communiquent au chef de l’Etat ou du gouvernement évalué;

5ème étape : c’est l’étape de la publication, du rapport dans les institutions régionale et sous-régionale telles que le Parlement panafricain, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, le Conseil de paix et de sécurité et le Conseil économique, social et culturel de l’Union Africain et autres. Elle se fait par le Forum des chefs d’Etats et de Gouvernement dans les six mois qui suivent son adoption

         Nepad et Développement Africain
Pour rendre opérationnels les objectifs de l’UA, le NEPAD est devenu, en 2001, son programme de développement socio-économique. Ainsi, pour atteindre les objectifs qui lui ont été assignés, le NEPAD défini dans un premier temps les conditions préalables au développement puis les priorités sectorielles.
               
        Les conditions préalables au développement durable
Elles sont au nombre de trois. Les dirigeants africains s’engagent à concrétiser ces initiatives, individuellement et collectivement, dans leur pays, leur région et le continent.

        Initiative pour la paix et la sécurité
La première de ces conditions concerne l’assurance de la paix et de la sécurité sur le continent. Les Etats africains affirment leur intention de prendre en charge la promotion de la sécurité sur leurs territoires et insistent à cette fin sur quatre domaines clés dans lesquels des efforts doivent être entrepris. Il s’agit de la prévention, de la résolution des conflits, de la recherche et du maintien de la paix, de la réconciliation, de la reconstruction suite à un conflit et enfin de la lutte contre la prolifération illicite des armes légères et des mines terrestres.
D’un point de vue pratique, l’effort doit se traduire par la réactivation des organes chargés de la prévention et du règlement des conflits. Le but visé est le renforcement de la capacité des mécanismes africains à promouvoir la paix et la sécurité sur le continent. Un sous-comité présidé par l’Afrique du Sud et traitant spécialement de cette question a été créé au sein du comité de mise en œuvre.

        Initiative pour la gouvernance économique et la gouvernance politique
La question de la gouvernance constitue un aspect majeur du NEPAD. Les problèmes liés à la gouvernance sont en effet souvent à l’origine des dysfonctionnements concernant l’inefficience de l’aide et le climat peu attractif pour les investissements. Les Africains doivent à cet effet relever les défis de la gouvernance politique et économique.
Au niveau politique, les principaux objectifs visés consistent à respecter les normes mondiales en matière de démocratie (pluralisme politique, organisation périodique d’élections démocratiques libres, justes et transparentes…). Le respect des droits de l’homme et la primauté du droit sont de même mis en avant.
Sur le plan économique, le NEPAD entend « promouvoir des programmes concrets, assortis d’un échéancier, visant à améliorer la qualité de la gestion économique et des finances publiques ainsi que la gouvernance des entreprises dans tous les pays africains ». Des mesures tangibles ont été prises en ce sens à travers notamment l’adoption de huit codes et normes de bonne gouvernance économique.

        Approches sous-régionales et régionales au développement
Ces approches se manifestent avant tout par l’objectif d’intégration économique des différents espaces africains. Le NEPAD reconnaît que les pays d’Afrique ont besoin de mettre leurs ressources en commun et de favoriser la coopération et l’intégration économique régionales du continent pour améliorer leur compétitivité sur le plan international. Une logique d’organisation des solidarités africaines doit s’imposer à travers le renforcement des accords d’intégration économique régionaux. C’est la troisième condition requise pour que le phénomène de marginalisation du continent soit stoppé. Une telle gestion intégrée du développement doit permettre, entre autres, de lutter contre la « balkanisation » du continent, d’assurer la mise en œuvre d’économies d’échelle et d’engager une dynamique de diversification de la production. La Banque Africaine de Développement (BAD) doit jouer un rôle de pointe dans le financement des études, programmes et projets régionaux.


        Les priorités sectorielles
Le NEPAD dégage  un programme d’action dans des secteurs prioritaires porteurs de croissance.
        Les infrastructures : l’objectif principal ici est de combler l’écart dans le domaine des infrastructures. Ceci consistera à
                faciliter l’accès aux infrastructures en les rendant plus abordables et fiables à la fois pour les entreprises et pour les ménages
                améliorer la coopération et le commerce au niveau régional grâce à de meilleures connexions transfrontalières des infrastructures
                accroître les investissements consacrés aux infrastructures en réduisant les risques auxquels les investisseurs privés doivent faire face
                édifier des bases de compétences adéquates en technologie et en ingénierie pour installer, exploiter et entretenir en Afrique des réseaux d’infrastructures.
        Les technologies de l’information et de la communication :
                    Diminution du coût des appels téléphoniques
                    Prolifération de la communication électronique sur le continent
                    Former des jeunes compétents dans le cadre de la télématique et l’informatique
        L’éducation : Les chefs d’Etats d’Afrique sont conscients que le niveau d’éducation est un préalable et une condition sine qua non pour enclencher le processus de développement. C’est la raison pour laquelle le NEPAD plaide pour un effort soutenu en faveur des infrastructures de l’éducation afin de pallier l’insuffisance des installations et des systèmes de formation. Est rappelé l’objectif  international du développement visant à parvenir à une éducation primaire universelle d’ici à l’an 2015. L’inversion de la tendance à la fuite des cerveaux est de même un enjeu primordial. Le NEPAD souhaite que des stratégies soient élaborées en vue de retenir sur le continent les capacités humaines nécessaires au développement de l’Afrique.
        La santé : convaincu qu’il sera impossible de véritablement mettre en valeur les ressources humaines du continent tant que les maladies transmissibles telles que le VIH/SIDA ou le paludisme ne seront pas éradiquées, le NEPAD fait de la santé un domaine prioritaire. Il encourage les pays africains à accroître la place des soins de santé dans leurs budgets et soutient par ailleurs le processus visant à obtenir des médicaments à des prix abordables.
        L’environnement : En matière de protection de l’environnement, huit interventions prioritaires sont énumérées parmi lesquelles celle de lutter contre la désertification et les espèces exotiques envahissantes, de protéger les zones humides, d’organiser la gestion des côtes et de créer des zones transfrontières de protection de l’environnement.
        L’énergie et l’eau : En matière d’énergie, le NEPAD vise notamment à intégrer les réseaux de transport d’énergie électrique et les gazoducs pour faciliter les flux transfrontaliers d’énergie ou encore à exploiter le potentiel hydroélectrique des bassins fluviaux d’Afrique.
               Au niveau de la gestion de l’eau, la mise en place de nouvelles infrastructures est jugée indispensable afin de pouvoir assurer son assainissement et son accès durable, aborder la menace climatique de façon efficace ou accroître l’agriculture irriguée et pluviale.
        L’agriculture : Du fait du caractère rural de la majeure partie des populations d’Afrique, l’agriculture fait l’objet de considérations particulières. Le NEPAD attire l’attention sur la désaffection de l’aide internationale dans le secteur agricole et souhaite un renversement de cette tendance négative. Le plan d’action insiste sur la nécessité d’accroître le pouvoir d’achat des populations rurales pour engager la dynamique de croissance. L’amélioration de la productivité du secteur agro-industriel doit également être recherchée. A plus court terme, les efforts doivent se focaliser sur le problème de la sécurité alimentaire.
        L’accès aux marchés : Les économies africaines se fondent sur les produits primaires ; il faudrait donc diversifier la production il faudrait donc un développement de la production des biens d’équipement. Il faut apporter un soutien aux entreprises privées car elles sont des moteurs de croissance et de développement. Il faut également encourager l’entreprenariat.
        Les transports : le développement des transports vise une réduction des délais de circulation transfrontalière des biens, des personnes et des marchandises ; une réduction de l’attente et des temps morts dans les ports ; améliorer le transport aérien des frets et des personnes dans les sous-régions.
        Culture et science : Le NEPAD souhaite veiller à la conservation mais aussi au développement du savoir traditionnel (littérature, art, inventions, connaissances médicales…). Le NEPAD voudrait également que les africains  développent des compétences dans les domaines de la biotechnologie et des sciences de la terre.
              Le cadre géographique de conception du développement et d'intervention s’inscrit dans les cinq zones Nord, Ouest, Est, Centre et Sud. En vue de rationaliser l'organisation du travail, les secteurs prioritaires ont été regroupés autour de programmes thématiques principaux, au nombre de cinq dont la mise en œuvre incombe à un pays déterminé. Ces thèmes sont : 1) la Gouvernance politique (Afrique du Sud), 2) la Gouvernance économique et les flux de capitaux (Nigeria), 3) l’Accès aux marchés et la diversification de la production (Egypte); 4) les Infrastructures, l’environnement, les NTIC, l’énergie (Sénégal) ; 5) le Développement humain (Algérie).

        BILAN ET PERSPECTIVES
Comme il a été dit précédemment dans notre analyse, le NEPAD a pris des engagements pour participer au développement africain et à la promotion de la bonne gouvernance. Cependant, la question est celle de savoir si le NEPAD a effectivement tenu ses promesses. Il s’agit donc d’établir une sorte de bilan du NEPAD (A) et même pourquoi pas d’envisager quelques perspectives (B).
        BILAN

        Réalisations
L’Afrique a connu au cours des années 1990 un affaiblissement sur le plan interne (catastrophes naturelles, pandémies, endémies, famines…). Depuis sa création, le NEPAD a fait l’objet d’une large avancée en Afrique dans le processus de paix, en politique et aussi sur le plan économique. L'Afrique a réussi à attirer l'attention des géants du monde sur ses efforts de développement et ses défis par le biais du NEPAD. Ainsi, les dirigeants africains défendent désormais avec assez de détermination la démocratie, certains donnent plus d'espace à la société civile et adoptent des politiques économiques ambitieuses.
        Le plus grand succès du NEPAD est sans doute l’amélioration du climat politique grâce à la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance assurée par le MAEP (mécanisme africain d'évaluation par les pairs) ;
        Le NEPAD a élaboré plusieurs projets afin de valoriser et renforcer les capacités des africains. Il a permis aux africains, pour la première fois de pouvoir penser et proposer leur propre vision du développement.
        De nombreux pays, auparavant en conflit, jouissent désormais de la paix. On a l’exemple de la Sierra Leone qui, après dix ans de guerre civile, a réussi  à avoir en 2002 des élections réussies, ce qui a posé la première pierre pour la recherche d’une paix durable. En Angola, ce sera la signature de l’accord de cessez-le-feu qui constituera un pas pour une instauration de la paix et de la stabilité. Dans le même sillage d’idées, on peut aussi citer le Soudan, le Rwanda, la RDC, etc.
        Le dialogue régional entre les médias africains, les responsables de la Commission de l'Union africaine, le secrétariat du NEPAD et les représentants des agences des Nations Unies qui s'est tenu dans le Vaal, Afrique du Sud, du 19 au 20 février 2009, a mis un accent sur le rôle des médias dans le développement de l’Afrique. A cet effet, ces trois interlocuteurs ont reconnu la nécessité de soutenir techniquement les médias africains pour une meilleure efficacité.
        Le Ghana, qui a connu une augmentation de taux de participation des populations aux affaires politiques du pays, ceci grâce au renforcement de la démocratie. Le Ghana prend également des décisions nécessaires à la réforme économique, ceci entraîne un recul du chômage et de l’inflation.
        L’Afrique du Sud : elle a connu des avancées incontestables au cours des huit années qui ont suivi l’institution d’un gouvernement démocratique. Ce pays joue désormais un rôle important dans les relations internationales.
        En 2004, au sommet de Maputo, 10 millions d'euros ont été mis à disposition pour la santé de la femme, l'éducation et la protection de l'environnement. 46 organisations en Afrique en ont bénéficié pour un total de 23 pays.
Cependant, le NEPAD n’est pas une œuvre parfaite, il présente aussi quelques failles qu’il y a lieu de relever.

        Les limites
La réelle faille du NEPAD réside dans le fait qu’il existe un grand fossé entre ce qui devrait être fait et les réalités sur le terrain.
        NEPAD et manque de participation populaire
                         Le NEPAD est censé être un programme de développement des africains pour les africains mais de façon paradoxale, les populations africaines ignorent son contenu et ses missions. Une fois de plus, les leaders africains ont pensé qu’il valait mieux pour le continent qu’ils décident à la place de leurs peuples. Il  constitue un processus top down qui non seulement manque de crédibilité, mais aussi intègre peu ou pas les dynamiques du dedans. En effet, les normes théoriques du NEPAD sont en déphasage avec les pratiques et les attentes des africains. Cette approche soulève des questions importantes sur la légitimité du mécanisme et du contenu du NEPAD ainsi que sur le succès en matière de développement que le NEPAD est censé apporter. Ce problème est rendu plus complexe par le fait que le NEPAD est davantage orienté vers l’extérieur (préoccupé des intérêts des donateurs et des investisseurs) et prête peu d’attention aux demandes émises de longue date par les organisations africaines progressistes de la société civile qui remettent en cause l’impact de l’aide, de la dette, et de la mondialisation sur l’Afrique. Certains militants remettent même en question la légitimité du NEPAD en raison du manque de consultation dans le processus du NEPAD et du manque de stratégies.
Le NEPAD n’est pas né d’un dialogue continental général et, par conséquent, il demeure inconnu, sinon étranger à la plupart des Africains. Bien que le NEPAD affirme être un partenariat pour le développement africain, il lui a manqué, dès sa conception, la consultation et le dialogue nécessaires avec la société civile africaine.

        NEPAD et néolibéralisme
Le NEPAD accepte la théorie néo-libérale qui affirme que le rôle de l’État devrait être minimisé afin d’ouvrir la voie aux capitaux privés et au marché comme moteur du développement économique. La logique néo-libérale explique que la prospérité vient par un environnement permettant au secteur privé de réaliser des profits de telle manière qu’une partie de ces derniers finiront par profiter à tous les citoyens. Les cas observés en Afrique et ailleurs ont démontré qu’au cours des 20 dernières années, cela s’est rarement produit. Bien au contraire, la libéralisation économique a provoqué une concentration sans précédent de richesses dans les mains d’un petit nombre alors que la majorité de la population mondiale s’est appauvrie davantage. Cela laisse peu d’espoir pour améliorer la crise actuelle car les investissements étrangers en Afrique sont largement concentrés là où les ressources (le pétrole et les diamants) peuvent être exploitées sans avoir à contribuer au développement de ces pays. « L’Angola, par exemple, a reçu le plus grand Investissement direct étranger de l’Afrique australe mais cela n’a certainement pas contribué au bien-être de la majorité de sa population ». La stratégie économique du NEPAD a le défaut fondamental de se baser sur les principes du Fond monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, principes appliqués par les pays africains depuis vingt ans avec des conséquences désastreuses. L’un des obstacles au développement de l’économie de l’Afrique est que celle-ci est demeurée principalement une exportatrice de matières brutes (dont le prix a considérablement baissé sur le marché international) alors que le continent continue à importer de produits finis. Le NEPAD fait pourtant à peine allusion à ces conditions inégales de commerce et n’émet aucune critique sur les programmes d’ajustement structurel en Afrique. Le NEPAD repose sur le postulat erroné que les pays, plus particulièrement les pays pauvres, ont simplement besoin d’un peu plus de moyens financiers et que le marché assurera de manière efficace et équitable la redistribution des richesses et des ressources de façon durable.
En clair donc, le NEPAD appelle à plus de capitalisme, plus de principes motivés par le profit, plus de concurrence et plus de privatisation. Ce sont là certains principes qui ont contribué au sous-développement de l’Afrique. Le fait de placer les profits avant les besoins primaires de la population a entraîné la transformation des sols des pays africains en champs de cultures commerciales destinées à l’exportation alors que nos enfants souffrent de malnutrition et de famine. Le NEPAD n’offre malheureusement aucune lumière nouvelle ou solution à cette crise profonde.


        Le problème de la mobilisation des ressources
Le NEPAD affirme que les 64 milliards de dollars nécessaires annuellement pour atteindre ses objectifs proviendront essentiellement de sources extérieures au continent. Toutefois, l’examen des rapports sur la circulation des capitaux sur le continent révèle que pareille affirmation n’est fondée sur rien. L’Aide publique au développement (APD) a décliné depuis les années 90. D’une moyenne d’à peu près 0,34%de leur PNB en 1993, l’aide aux pays pauvres est passé à 0,24% en 1998. Les recettes nettes d’Aide publique au développement
(APD) sont passées de 17,5 milliards en 1993 à 14 millions en 1998. Pour le pourcentage net de son PNB, l’APD de l’Afrique sub-saharienne est passée de 5,7% en 1993 à 4,1% en 1998. Le NEPAD affirme que le développement africain ne peut être stimulé en avant que par plus d’aide et de crédit, qui ont pourtant été donnés à l’Afrique pendant presque 40 ans sans effet significatif sur l’éradication de la pauvreté. L’aide présente un problème particulier : elle s’accompagne de conditions. Les pays emprunteurs se trouvent souvent dans l’obligation d’acheter des produits aux sociétés commerciales des pays prêteurs. On dénote donc une contradiction d’une part les leaders souhaitent que les africains s’extirpent eux-mêmes du sous développement et d’autre part ils réclament encore l’aide des occidentaux. Cette idée est d’ailleurs énoncée dans le texte du NEPAD « Ce Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) est un engagement par les leaders africains, basé sur une vision commune et la conviction ferme et partagée qu’ils ont le devoir pressant d’éradiquer la pauvreté et de placer ainsi leur pays, tant sur le plan individuel que collectif, sur la voie du développement et de la croissance durables; ils doivent en même temps avoir une participation active à l’économie et à la politique mondiales. Le Programme est basé sur la détermination des Africains à s’extirper, eux et leur continent, du malaise du sous-développement et de l’exclusion dans un contexte de mondialisation ».
La mise en place de tout plan de développement de l’Afrique devrait avant tout se baser sur les ressources africaines et non sur les capitaux extérieurs. Les sources de financement extérieur ne doivent être considérées que comme des compléments. Si les Africains eux-mêmes ne sont pas les premiers donateurs pour le développement du continent, qui d’autre le sera? Notons que le Nigeria à lui seul a des recettes d’environ 1,5 milliards de dollars américains par jour. Si de telles ressources étaient utilisées au profit du peuple africain, il n’y aurait aucune raison de dépendre de l’assistance financière extérieure.

        L’échec du MAEP dans la crise du Zimbabwe
La crise du Zimbabwe fut la première épreuve à laquelle fut confronté le NEPAD. L’accent mis par ce programme sur la bonne gouvernance et la démocratie en général imposait notamment aux instituteurs de ce programme des actions visant à implémenter les dispositions prises. Du respect ou non de ces dernières dépendait grandement la légitimité de ce programme.
Lors de la Conférence sur la renaissance africaine de septembre 1998, le Président Mbeki a déclaré : « nous voulons nous opposer à la dictature, sous quelque forme qu’elle soit. Nous devons donc nous assurer que des élections seront organisées; elles doivent être vraiment démocratiques et aboutir à des gouvernements acceptés par le peuple et représentant la volonté du peuple». Cet engagement devait subir une épreuve sérieuse durant la crise du Zimbabwe, surtout au cours de la période des élections présidentielles de 2002, très contestées et qui ont assuré au président Robert Mugabe un nouveau mandat de cinq ans. En fait, les revendications au Zimbabwe étaient basées sur la question de la terre de la répartition entre les fermiers blancs et les autochtones. Cette situation s’empira avec l’arrivée au pouvoir de Robert Mugabe qui inaugura une nouvelle ère de corruption et de tueries de masse. A ce climat de répression et de tueries massives vinrent se greffer d’autres situations tout aussi graves. Le pays vit dans une insatisfaction croissante par rapport au pouvoir en place incarné par le parti de Robert Mugabe, le ZANU-PF caractérisé par la protection à tout prix des intérêts égoïstes des leaders. L’économie va connaitre un déclin et, de ces diverses frustrations, une opposition va se former. Le problème de la rémunération des anciens vétérans de la guerre de libération n’arrangera pas les choses, bien au contraire. C’est ainsi qu’en 2002, une élection présidentielle est organisée, mais Robert Mugabe n’entend pas céder le pouvoir. Ainsi, toute tentative d’opposition était cruellement réprimandée. L’on se demande dès lors s’il ne s’agit pas d’un leurre quand on sait que le Président Thabo Mbéki, n’a pas dénoncé les crimes de Mugabe, mais n’a fait que les étouffer, ce qui est totalement contraire à son discours sur la bonne gouvernance.
Le club de l’élite africaine a choisi d’ignorer les questions de gouvernance, de corruption, de violence et d’allégations de fraude électorale et s’est empressé de déclarer les élections libres et justes. La violence et l’intimidation au grand jour, l’expulsion de journalistes étrangers, le changement des règles électorales à la veille des élections, les attaques verbales et l’ingérence dans le travail de la justice, les attaques contre les médias indépendants, tous faits qui ont entaché les élections mais ont été passés sous silence par les gouvernements africains. D’autres exemples illustrent le cas du Zimbabwé: En Afrique australe par exemple, le président Levy Mwanawasa de Zambie est arrivé au pouvoir par suite d’élections entachées d’irrégularités, tandis que Benjamin Mkapa de Tanzanie est responsable de la mort de beaucoup d’innocents survenue au cours d’une descente ordonnée par lui chez les militants de l’opposition de Zanzibar. Le président Sam Nujoma de Namibie a modifié la constitution du pays, ce qui lui permettrait de le diriger pendant un troisième mandat après l’expiration de ses deux mandats constitutionnels.

        Le NEPAD et le VIH/sida
Les auteurs du NEPAD semblent penser à un mécanisme développement de l’Afrique sans faire du VIH/sida une de leurs priorités clé. Alors que cette pandémie est devenue le tueur numéro un en Afrique, le NEPAD semble glisser sur le sujet et ne le présente pas comme l’un de ses domaines prioritaires. La réduction spectaculaire de la population de l’espérance de vie sur le continent de (62 à 47 ans) est largement attribuable au Sida. Ce mal affecte le secteur le plus productif de la population sur un continent où quatre personnes sur dix touchent moins d’un dollar américain par jour.
 Il est peut-être vrai que le VIH/sida ne ressort pas du document du NEPAD à cause de la position de Thabo Mbéki sur le sujet. Parce qu’il remet en question le lien qui unit VIH et sida, le Président Sud-africain manifesta de la réticence à dépenser des fonds publics pour le traitement du VIH/sida et pour les antirétroviraux qui pourraient prolonger la vie des malades du sida et limiter la propagation de la maladie.

        Le NEPAD et la question de genre
« Il manque au NEPAD le concept d’égalité et de justice entre les sexes. Il se caractérise par la bonne vieille recette : mêlez-y les femmes et mélangez». (Randriamaro, 2002 :22-23).
Comme la plupart des initiatives macro-politiques, le NEPAD semble avoir adopté l’approche de la « féminisation de la pauvreté ». Cette approche mélange fondamentalement les problèmes de pauvreté et ceux du genre de manière à ce que toutes sortes de désavantages, y compris la subordination des femmes qui devrait être considérée comme un problème à part entière distinct de celui de la pauvreté, soient identifiés comme des questions de pauvreté. Le NEPAD voudrait mettre en œuvre des stratégies de réduction de la pauvreté promues par les institutions de Bretton Woods semblables aux affreux PAS qui ont exacerbé la charge des femmes en tant que mères et productrices de soins.
Comme le dit Ian Taylor, “a recovery plan devised by (elite) men for (elite) men cannot claim to be a recovery plan for all the people”. Ce qu’il faut donc ce n’est pas seulement augmenter la participation, mais plutôt des actions concrètes qui transformeront les institutions au sein des sociétés. En d’autres termes, des changements structurels doivent être faits au sein des sociétés dans le but d’améliorer la position des femmes.

        Perspectives

Pour une intégration africaine réussie et le salut du continent noir, les figures de proue du NEPAD devraient s’engager de façon continue dans la lutte pour l’authenticité de ce programme africain. Ils devraient davantage veiller à l’application des normes, à respecter leurs engagements, afin d’éradiquer ce contraste entre rhétorique et réalité. Le NEPAD a élaboré plusieurs projets dans divers domaines à l’instar du projet Gazoduc de l’Afrique de l’Ouest. Cependant ces projets sont encore au stade de souhaits car la mise en œuvre du NEPAD connaît beaucoup de failles parmi lesquelles le manque de ressources disponibles. De plus, le NEPAD, plan conçu par et pour l’Afrique, devrait tenir compte des spécificités du continent. Les piliers centraux d’une telle stratégie impliquent sans aucun doute les domaines de l’éducation et de la formation ; de l’Agriculture et l’agro-industrie ; de la santé ; du bâtiment ; du vêtement ; de la communication ; des arts de la culture ; etc.
ü  Dans le domaine de l’éducation, il convient de régler le problème du déphasage qu’il existe entre les filières enseignées en Afrique et l’ambition de développement. Il faudrait donc une revalorisation des filières telles que l’agriculture et l’agro-industrie, lesquelles étaient auparavant assimilées aux africains ayant raté leur scolarité. Dans son ouvrage ‘’ Repenser le développement à partir de l’Afrique’’, J. E. Pondi va plus loin en précisant « qu’il ne suffit pas simplement de modifier la structure éducative telle que préconisée plus haut. Il convient en outre de veiller scrupuleusement  au contenu des enseignements prodigués pour que ceux-ci puissent apporter aux apprenants une certaine connaissance d’eux-mêmes (histoire), de leurs potentiels intellectuels et surtout, de les confronter dans leur capacité à transformer eux même l’Afrique et pourquoi pas, le monde. »
ü  Pour ce qui est de la santé, il serait judicieux de moderniser la médecine africaine de façon à la rendre plus fiable selon les normes internationales. Dans la même lancée, une formation intense des spécialistes de médecine traditionnelle africaine est nécessaire pour une meilleure gestion du patrimoine naturel que l’Afrique possède. En effet, les forêts de ce continent regorgent d’une quantité abondante de quinine, mais qui malheureusement est acheminée en Occident, empaquetée sous forme de gélules ou de comprimés, puis revendue aux Africains à un prix exorbitant.
ü  Concernant le rôle de l’Etat, celui-ci devrait galvaniser les initiatives scientifiques, technologiques, économiques et culturelles en leur apportant des financements.
CONCLUSION
En définitive, il était question pour nous dans le cadre de cet exposé d’analyser le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) tout en s’interrogeant sur les différentes initiatives mises en place pour promouvoir la bonne gouvernance qui aidera le continent africain à sortir du joug du sous-développement dans lequel il se trouve. Après analyses et études nous nous rendons compte que le NEPAD apparaît comme l’ultime espoir  de développement pour le continent africain. En effet, le NEPAD est le dernier né d’une longue série de projets, d’initiatives et de programmes de développement élaborés ces cinquante dernières décennies dans le but de permettre à l’Afrique de sortir du sous-développement. Il est donc mieux élaboré que ces prédécesseurs car il s’est inspiré des  échecs et des faiblesses essuyés par ceux-ci et en a fait une force. Ce nouveau bijou est une innovation pour l’Afrique car grâce à lui, les valeurs de gouvernance démocratique, le  respect des droits humains et l’Etat de doit ne sont plus des sujets tabous à soulever. Il s’agit là d’une avancée remarquable par rapport à la situation d’il y a plusieurs décennies. Par ailleurs, l’accent est graduellement mis sur la participation populaire à la conduite des affaires aux niveaux national et continental. De plus, le fait qu’un mécanisme d’évaluation par les pairs soit prévu dans le NEPAD témoigne du sérieux dans la réalisation de la nouvelle vision. Cependant, le fossé est énorme entre la pratique et la théorie. En effet, la majorité des  initiatives proposées par le NEPAD manquent de concrétisation ; l’échec du NEPAD face à la crise Zimbabwéenne en est d’ailleurs une preuve palpable. De plus, en privilégiant les questions macro-économiques et sectorielles, le NEPAD prend peu en compte les politiques redistributives pour lutter contre la pauvreté ou les dynamiques du dedans qui constituent la trame réelle des sociétés africaines. Nous constatons à ce niveau que le NEPAD va progressivement à l’encontre de l’objectif qu’il s’est fixé. De ce fait, pour éviter de tomber dans le même piège que des programmes et projets de développements précédemment élaborés, il serait impératif que les initiateurs de ce nouveau partenariat redéfinissent les principes et objectifs du NEPAD afin que les sociétés africaines soit les premiers acteurs de développement et que soit pris en compte les réalités africaines.


BIBLIOGRAPHIE
          Afrique Contemporaine, Trimestriel n° 204, Octobre-Décembre 2002.
           Taylor, Ian: NEPAD: Towards Africa’s Development or another False Start?
          Document de base sur le MECANISME AFRICAIN D’EVELUATION PAR LES PAIRS
          Jauch, H: Foreign investment and employment creation: no panacea for Southern Africa, Conference paper,2002
          Pondi, Jean-Emmanuel : Repenser le développement à partir de l’Afrique, Yaoundé, Afrédit, Mai 2011, 573 pages
          Brodin, Claire : Le Nepad : Une initiative politique de l’Afrique (penser son développement au XXIème siècle
          African Labour Research Network, Le Nepad face à ses défis : Alternative à la mondialisation néolibérale, NALEDI, Johannesbourg 2001.
          Henock Kifle et al, A new Partenership for African Development : issues and parameters, Nordiska Afrikainstitutet, Uppsala, 1997
          Article 26 de la 38ième session ordinaire de l’OUA, Juillet 2002


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Decolonisation du Nigeria

Introduction

Le Nigeria, ce vaste territoire le plus peuplé d’Afrique a connu comme la quasi totalité des pays africains (hors mis le Liberia et l’Ethiopie) la colonisation occidentale. Ses premiers contacts avec le monde occidental remontent au XVIe siècle puis, à partir de 1906, le Nigeria devient un protectorat britannique. 60 ans, après, le Nigeria accède à l’indépendance avec 17 autres territoires africains. Notre sujet qui porte sur la décolonisation du Nigeria a pour objectif est de tenter de faire comprendre quand, comment et pourquoi le Nigéria acquiert son indépendance quand on sait qu’aucun « maitre » ne libère volontairement son « esclave ». Encore que les méthodes coloniales anglaises (indirect rule) qui semblaient donner une autonomie aux chefs locaux tout en faisant des anglais des arbitres ne manquaient pas de déposséder les chefs locaux de leurs zones de compétences territoriales. Pour parvenir à comprendre les enjeux de cette décolonisation du Nigéria, nous nous propo…

LES INDICATEURS DU SOUS-DEVELOPPEMENT

INTRODUCTION


Le terme de sous-développement est apparu, il y a vingt ans environ sous la plume d'économistes. En dépit des ambiguïtés qui l'entourent et peut-être même à cause de ces ambiguïtés, il a eu le succès que l'on sait. "Sous-développement" est devenu une expression à la mode. Parce il recouvre un ensemble de problèmes dont on a peu à peu découvert ampleur et la gravité. Le mot sous-développement est souvent utilisé pour donner du poids à des propos qui traitent de questions plus ou moins secondaires. Par une sorte de manie inflationniste, on en est venu à appeler sous-développement n'importe quelle insuffisance ou n'importe quelle inadaptation.
Cependant pour ce qui est des économistes, l'apparition du terme sous développement a néanmoins marquée incontestablement le début un grand tournant. En commençant à se pencher il y a 20 ans, sur les problèmes des "pays sous-développés", les économistes ont progressivement découvert des réali…