Skip to main content

LE CONFLIT EN ANGOLA

INTRODUCTION

L’Angola est un paradis terrestre de plus d’un million de km2, il s’étend de l’océan Atlantique jusqu’au cœur de l’Afrique Centrale. C’est le 7è pays d’Afrique de par sa superficie de 1.242.700km2, y compris l’enclave du Cabinda situé au nord de l’embouchure du fleuve Zaïre. L’Angola est le premier pays avoir connu la colonisation européenne, plus précisément la colonisation portugaise. Elle est la plus vielle scène de conflit armé en Afrique et a connue pendant plusieurs décennies une instabilité politique liée à une guerre ayant constamment changé de profil, d’un conflit colonial entre 1961 et 1975, elle est passé à une guerre à caractère idéologique entre 1975 et 1990, avant de se transformer en conflit civil sur fond d’antagonisme ethno-politique à partir de 1992. Le pays devint un vaste territoire de bataille et de revendications. De nombreux mouvements d’opposition et des partis politiques tels le MPLA, le FNLA et l’UNITA s’agrandirent pour revendiquer l’indépendance et se lancèrent dans la guerre d’indépendance. Le renversement du régime dictatorial de Marcelo Caetano le 25 avril 1974 permit la fin de la guerre coloniale. Malgré les accords d’Alvor signés en 1975 la transition vers l’indépendance ne se fit pas de façon pacifique. Tout au long de notre exposé, nous tenterons de ressortir les différents enjeux et acteurs, les étapes et la fin du conflit angolais. Ainsi, dans une première partie, nous nous intéresserons aux données et aux éléments du conflit. Dans une deuxième partie, nous nous attarderons sur le règlement du conflit, et enfin dans une troisième partie aux ressources politiques de la région, avec le cas particulier du Cabinda.

I- GEOPOLITIQUE DU PAYS

Depuis 1961, des combats se déroulent sur le vaste territoire de cette très ancienne colonie portugaise qu'est l'Angola. Ces combats furent d'abord livrés contre les troupes coloniales, mais, depuis son indépendance qui date de 1975, l'Angola connaît une guerre civile à rebondissements.

A- LES DONNEES DU CONFLIT ANGOLAIS

1- Les richesses du pays et la structure du peuplement

- Les richesses du pays : elles contribuent à expliquer l’intérêt que l’on porte à l’Angola. Ce sont principalement les richesses minières du pays qui sont convoitées tant sur le plan international que sur le plan continental. Le diamant, et particulièrement le diamant industriel, exploité dans le Nord-est, est d’un plus grand intérêt. Mais l’élément majeur est le pétrole, découvert et exploité d’abord dans l’enclave de Cabinda à l’estuaire du fleuve Zaïre, puis sur le littoral septentrional de l’Angola proprement dit. La richesse pétrolière explique notamment les tentatives de sécession du Cabinda, exprimées par le Front de Libération de l’Enclave de Cabinda (FLEC), apparu en 1974, à la veille de l’indépendance, car Zaïre et Congo, compagnies françaises et compagnies nord-américaines, s’en sont disputé le contrôle. Le potentiel pétrolier a contribué aussi à expliquer, mais sans être le facteur principal, l’ampleur de l’engagement de l’Afrique du Sud, à qui l’or noir faisait défaut.

- La structure du peuplement : l’Angola est, avec le Congo, le Gabon, la République Centrafricaine, l’un des pays les moins peuplés du continent. Les causes essentielles de ce sous-peuplement sont d’ordre historique, et la principale est la traite des esclaves qui, débutant au XVIème siècle, se poursuivit jusqu’à la fin du XIXème, notamment à destination du Brésil. Le rôle de l’Angola dans le peuplement de l’Amérique fut aussi l’une des justifications de l’intervention cubaine à partir de 1976 en faveur du Mouvement Populaire de Libération de l’Angola (MPLA), parti marxisant qui s’opposait aux ingérences de l’Afrique du Sud. La population de l’Angola, en janvier 1975, était composée principalement de Bantous, avec à peu près 300000 créoles et un nombre égal de métisses. Les principaux groupes ethnolinguistiques en Angola sont les Umbundous qui constituaient presque les 2/3 de la population autochtone du pays et habitaient les régions du Centre-Sud et du Sud. Ils sont parentés aux Ovambous de la Namibie. Il y a les Kimbundous qui occupaient les régions autour de Luanda qui s’étendaient vers l’Est jusqu’à Henrique de Carvalho. Le troisième groupe est celui des Bakongo qui se trouvaient dans les régions au Nord de Luanda et étaient très liés aux Bakongo du Zaïre. Le Cabinda était peuplé de Fyotes qui seraient un métissage des tribus congolaises et zaïroises. Mais ces grands groupements ethnolinguistiques étaient à leur tour subdivisés en une infinité de tribus parlant des dialectes très variés.

2- Une position stratégique

Autre caractère géographique de l’Angola : sa position de charnière entre l’Afrique Centrale et l’Afrique Australe. Au Nord, les Kongo, à la frontière avec le Zaïre, et les Lunda, dont le pôle politique est au Shaba ; au Sud, les Bushmen et les Herero, plus nombreux en Namibie et au Botswana. Périphérie de l’Afrique australe, l’Angola l’est sans doute, mais une périphérie lointaine, qui ne participa pas à l’exploitation des mines du Rand ou de Rhodésie, et qui n’est pas liée (sinon indirectement, par le chemin de fer de Benguela) au pôle sud-africain par le système de transport et d’échanges. De surcroît, c’est une périphérie qui, au moment de l’indépendance, était parfaitement apte, en raison de ses ressources pétrolières, à s’ autonomiser , et qui pouvait regarder davantage vers l’Amérique et l’Europe que vers l’Afrique du Sud dont elle n’était pas un client obligé. Cependant, l’Angola était au contact de la zone d’influence de l’Afrique du Sud qui occupait alors le Sud-ouest africain (aujourd’hui Namibie). Les régions méridionales de l’Angola étaient le lieu où les guérilleros de l’Organisation du peuple du Sud-ouest africain ou South West Africa People’s Organization (SWAPO) pouvaient lancer leurs incursions. Mais l’Afrique du Sud, outre des incursions militaires, pouvait agir en Angola en s’alliant avec des groupes rivaux de ceux qui tenaient la capitale.

L’Angola était, d’autre part, la périphérie du Zaïre, État qui, au moment où les Portugais lâchaient pied, n’était pas en décomposition ; son économie semblait en plein boom et ses ressources minières, du cuivre au cobalt, paraissaient stratégiques au point de justifier les interventions françaises au Shaba. Le président zaïrois Sese Seko Mobutu avait sur l’Angola des moyens d’intervention. Il a pu, un temps, en 1975, envisager avec les militaires portugais une fédération du Zaïre et de l’Angola, s’appuyant sur le FNLA. Il a pu ensuite, démontrer à son protecteur américain son utilité de leader politiquement sûr, et que la base militaire zaïroise de Kamina était indispensable pour appuyer ceux des Angolais qui s’opposaient aux influences soviétiques et au corps expéditionnaire cubain envoyé par Fidel Castro en 1976 pour lutter contre les manœuvres de l’Afrique du Sud.

B- ELEMENTS CONSTITUTIFS DU CONFLIT ANGOLAIS

1- Eléments à caractère national

Le conflit angolais et sa guerre civile sont le résultat des préjugés tribaux et racistes de certain dirigeants angolais. C’est aussi le résultat des importantes divergences politiques des mouvements prétendant représenter le peuple angolais. Les mouvements nationalistes en Angola ont hérité d’un pays dans lequel la puissance colonisatrice avait déjà dressé les tribus les unes contre les autres. Certains des dirigeants nationalistes au lieu de combler cette lacune se mirent à en profiter pour se créer des circonscriptions politiques. Face aux menaces de la rivalité d’un MPLA1 beaucoup mieux organisé et politisé, Savimbi et Holden Roberto recoururent aux sentiments tribalistes de leurs compatriotes afin d’éviter l’effondrement de leurs mouvements. De même le FNLA2 a été un mouvement tribaliste dès ses premiers jours, et il ne s’attaquait pas seulement aux troupes portugaises mais aux populations blanches et métis non armées et civiles. Le tribalisme en Angola ne fut motivé ni par le souci de sauvegarder les intérêts des minorités ni par le souci d’établir un équilibre de pouvoir entre les différentes tribus de ce pays, ce fut plutôt un moyen pour certains dirigeants d’atteindre le pouvoir ou de perpétuer l’emprise qu’ils avaient sur la direction de leur mouvement. La propagande anti métis fut la base de la stratégie politique du FNLA et un élément important du conflit angolais. Malgré son importance et sa gravité, on ne peut attribuer aux préjugés tribaux seuls le déclenchement des hostilités et de la guerre civile en Angola, car le sentiment tribaliste du paysan africain a souvent servi plutôt de prétexte pour des luttes et rivalités politiques entre des dirigeants politiques africains.

L’aspect politique du conflit en Angola vint du fait que le FNLA était un mouvement apolitique, ainsi que l’UNITA3, alors que le MPLA était un mouvement très politisé. Le FNLA, plus ancien des mouvements angolais fut fondé à Kinshasa en 1954, et dirigé par Holden Roberto, son seul but fut le combat contre les portugais. L’UNITA, fut fondé par le Dr Jonas Savimbi en 1966. Après Avril 1974, l’UNITA fut la principale attraction des populations blanches de l’Angola car elles espéraient récupérer ce mouvement pour en faire le défenseur de leurs intérêts. Quant au MPLA, il fut fondé par des étudiants et les intellectuels angolais, ainsi que par des anciens membres de l’ancien parti communisme de l’Angola en 1956. Mouvement politisé et surtout discipliné, le MPLA réussit à garder jalousement sa liberté et son indépendance qui furent un grand atout dans sa campagne politique en Angola. Sa force fut son caractère nationaliste, anti tribaliste et multi racial. Un conflit de style et une lutte pour le pouvoir purent être discernés entre les dirigeants des trois mouvements. Le FNLA avait toujours considéré le MPLA comme étant une menace et chercha à l’éliminer, et il se développa une situation d’opposition reflexe et automatique entre les deux mouvements. De plus, le FNLA ne pardonnait pas au MPLA son refus de se joindre à sa politique de la guerre à tous les blancs d’Angola. Ils avaient une différence de conception de la lutte pour l’indépendance. Le FNLA était partisan d’une guerre totale contre les portugais, sans recherche de compromis politique, tandis que le MPLA plus doctrinaire était partisan d’une guerre contre le colonialisme portugais, mais était disposé à accepter un compromis politique tel l’autonomie locale qui serait suivie de l’indépendance totale. Le MPLA se mit de ce fait à protéger les civils et du se confronter aux forces du FNLA. En l’absence d’une autorité et d’un pouvoir effectif, les mouvements se précipitèrent pour combler les places vides. Cette course effrénée au pouvoir avec l’armement que les mouvements se procuraient ne pouvait qu’aboutir à une épreuve de force. Ce fut d’abord de petits accrochages qui se multiplièrent par la suite et finirent par se transformer en opérations militaires, puis en guerre civile. Les antagonismes changèrent de nature et se transformèrent en véritable divergences politiques. Avec le renversement du régime de Caetano à Lisbonne en 1974, la scène politique angolaise se compliqua avec la naissance d’un troisième prétendant en Angola : l’UNITA du Dr Jonas Savimbi dont l’action tournait autour d’une vague rhétorique sur l’indépendance nationale et la justice sociale.

2- Ingérences des puissances étrangères

Devant la pluralité et la diversité de forces étrangères en Angola, le rôle de ces dernières peut être classé en trois catégories à savoir : les alliés de la coalition FNLA/UNITA, les alliés du MPLA et les puissances neutres.

v Les alliés de la coalition FLNA/ UNITA

· La Chine a octroyé une aide importante aux mouvements de libération angolais pendant guerre contre le Portugal, mais elle avait toujours penché vers le FNLA principal bénéficiaire de son aide. Elle opta pour le FNLA pour deux raisons : elle voulu faire plaisir au régime de Mobutu qu’elle cherchait à courtiser. Une autre raison était sa rivalité avec l’Union Soviétique dont elle contrôlait l’expansion de l’influence au sein des pays du tiers monde.

· L’ingérence des Etats Unis en Angola est vielle de quinze. C’est le Président Kennedy qui en 1961 choisit le Dr Holden Roberto comme l’homme de la CIA en Angola. Les fonds apportés aux mouvements par les Etats Unis n’étaient pas utilisés dans l’intérêt de la lutte pour la libération, mais à la corruption et à l’embourgeoisement du mouvement en vue de saper la lutte de libération et la sauvegarde des relations privilégiées avec les dirigeants du FNLA. Les Américains ont prétendus s’être engagés en Angola contre l’expansionnisme communiste, mais la véritable raison était l’accroissement de leurs territoires satellites en Afrique et l’exploitation de l’Angola par leurs sociétés multinationales. Le véritable ennemi des Etats Unis en Angola n’était pas le communisme, mais le nationalisme angolais incarné par le MPLA, les zones de richesses convoitées étant contrôlées par ce dernier.

· L’intervention de l’Afrique du Sud en Angola date d’Aout 1975, lorsqu’elle envoya ses troupes occuper des positions autour du barrage de Calueque sur le Cunène. Les activités de l’Afrique du Sud en Angola dépassaient le cadre de la défense du barrage de Calueque dans lequel elle avait des intérêts, elle servait de transit d’armes pour la coalition FNLA/UNITA et était devenue la source principale des mercenaires qui luttaient aux cotée du FNLA et de l’UNITA. L’Afrique du Sud s’engagea en Angola pour faire faveur aux Présidents zambiens et zaïrois, suite à leurs pressions. Elle profita de nouveaux amis que la crise angolaise lui apporta au sein de l’OUA3, et la solidification d’excellentes relations avec l’Allemagne.

· Le Zaïre est le pays qui se plongea le plus dans le conflit angolais de 1975, il fit une importante contribution à la lutte de libération de l’Angola et attendait sa part du gâteau. Le FNLA fut fondé sur l’investigation de Patrice Lumumba, et fut le canal de trafic d’influence de la CIA. De l’ampleur de l’intervention énergétique du Zaïre, se révèle l’importance des enjeux qu’il pensait avoir dans ce pays sur le plan économique et politique. Sur le plan économique, le Zaïre dépendait de l’Angola pour le transport de son cuivre à l’étranger. L’Angola contrôlait aussi l’embouchure du Congo, seul moyen de transport des marchandises de l’Atlantique à Kinshasa. Outre le transport, le Zaïre dépendait de l’Angola pour la nourriture dans ses régions de l’Ouest et du Sud Ouest. Sur le plan politique, le Zaïre avait des visées territoriales sur certaines régions, notamment le Cabinda. Pour protéger cet amalgame d’intérêt, le Président Mobutu n’hésita pas à soutenir le FNLA par le biais de son beau-frère Holden Roberto.

v Les alliés du MPLA

Le nombre des puissances étrangères présentes en Angola aux cotés du MPLA n’est pas très impressionnant. Cependant, l’aide extérieure dont ce mouvement fut bénéficiaire est de quantité et de qualité importante, l’uniformité de cette aide a été un élément important de son efficacité. L’aide matérielle extérieure pour le MPLA a été fournie par l’Union Soviétique, les pays de l’Europe de l’Est, Cuba et le Nigéria.

· Le soutient de l’Union Soviétique au MPLA date du début de l’existence de ce mouvement. Ce soutient consista au début par la formation de cadres politiques et militaires à partir de 1956, puis au financement des activités politiques initiales. En 1961, au début de la guerre de libération, l’URSS apporta une aide matérielle en armes et en espèce, ainsi qu’un appui diplomatique total dans toutes les instances internationales jusqu’à la conquête du fascisme portugais. Bien que l’armée de l’air angolaise dont la naissance remonte à janvier 1976 ait été formée par des instructeurs soviétiques, les Soviétiques ne participèrent pas aux combats ou autres opérations militaires sur le terrain. Toutefois l’Union Soviétique avait des visées impérialistes et stratégiques en Angola et souhaitait obtenir le contrôle de l’aéroport de Luanda après le départ des portugais sous prétexte d’une nécessité de pourvoir à une sécurité de ses avions transportant les armes pour le MPLA. Pour le Kremlin, l’Angola était un point stratégique du point de vue politique et militaire. Ayant été refoulé du Zaïre et de la Zambie par la CIA, et du Congo, l’Angola devint la seule pièce maitresse de la politique africaine de l’URSS, car avec l’Angola il pouvait créer le meilleur prototype d’un Etat socialiste africain prospère.

· Dans la deuxième guerre de libération de l’Angola, ce sont les cubains qui accompagnèrent le MPLA comme. Cuba apporta plus de contribution que toute autre puissance au MPLA pendant la guerre civile déclenchée en juillet 1975. Les relations entre Cuba et le MPLA datent de depuis les années 60 car le castroisme plus que le marxisme fut le courant idéologiques dominant dans les instances dirigeantes du MPLA. L’intervention cubaine n’a pas été l’affaire d’une solidarité idéologique et révolutionnaire désintéressée avec le MPLA.

v Les puissances neutres

Le rôle des puissances neutres tel celui du Portugal et l’OUA a porté préjudice aux possibilités de règlement pacifique du problème angolais. D’un autre côté, il y’a le reste de l’Afrique qui aurait dû être la plus concernée des puissances étrangères, mais qui s’est réduit à un silence face aux agressions perpétrées contre les angolais. La crise angolaise a dévoilé la vraie couleur de l’OUA qui n’était qu’une large machine bureaucratique, chère et inefficace. Dans les rapports de l’OUA on n’y trouvait que des informations banales et des affirmations gratuites à partir des dépêches des agences de presse. Le secrétariat de l’OUA ne songea pas utile d’envoyer des enquêteurs sur place pour une meilleur observation du conflit angolais, d’où la mal information des chefs d’Etats africains. Le plus grave est l’absence totale d’une politique angolaise de l’OUA et de la plus part de ses membres.

Le désengagement du Portugal face à la détérioration de la crise angolaise peut s’expliquer par la grave crise politique qu’il traversait. Sur le plan politique les nouveaux hommes forts de Lisbonne n’arrivaient pas à élaborer une politique angolaise et se bornaient à encaisser les taxes sur le pétrole du Cabinda qu’ils partageaient avec le MPLA qui contrôlait cette enclave. A Luanda, les autorités civiles et militaires portugaises position pour l’un ou l’autre mouvement selon leur tendance politique. Dans une meilleur conjoncture politique, le Portugal aurait pu au moins imposer des élections aux angolais : cela aurait pu causer une guerre de rébellion et non une course au pouvoir.

II- LE REGLEMENT DU CONFLIT ANGOLAIS

A- LA GUERRE CIVILE ANGOLAISE ET LES ACCORDS DE BICESSE

1- La guerre civile

Le 25 avril 1974, un groupe de capitaines de l'armée portugaise, regroupés dans le Mouvement des Forces Armées, et qui avaient participé à la guerre coloniale, prenaient le pouvoir à Lisbonne, où ils étaient largement soutenus par la population renversèrent le régime dictatorial de Marcelo Caetano. Cette révolution, connue sous le nom de « révolution des Œillets », permis la fin de la guerre coloniale entre le Portugal et ses colonies. En janvier 1975, les nouvelles autorités portugaises réunirent les représentants des trois mouvements indépendantistes pour établir les paramètres du partage du pouvoir dans l'ex-colonie entre ces mouvements et l'indépendance de l'Angola. Malgré les accords d'Alvor, la transition de l'Angola vers l'indépendance ne se fit pas de façon pacifique. Dans plusieurs quartiers de Luanda, les civils noirs commencèrent à s'en prendre aux colons, et les troupes des trois mouvements se mirent à se battre les unes contre les autres pour le contrôle de la capitale. La ville sombra alors dans l'émeute et les pillages. Entre janvier et novembre 1975, les troupes portugaises repartirent précipitamment vers Lisbonne. Au cours de l'été 1975, le MPLA remporta la guerre des villes et expulsa les deux autres mouvements (FNLA et UNITA) de la capitale et des principales villes. Le 11 novembre 1975, jour convenu pour l'indépendance, les autorités portugaises descendirent pour la dernière fois le drapeau portugais du Palais du gouverneur civil et le soir même António Agostino Neto proclama l'indépendance de la République populaire d'Angola, au son des combats à quelques kilomètres de Luanda. Commença alors la première guerre civile angolaise, qui débuta en été 1975 et ne se termina qu'avec les accords de Bicesse, le 31 mai 1991. Les dirigeants du MPLA s’emparèrent alors de vastes contrées du pays mais ne parvinrent pas à vaincre la guérilla de l'UNITA. Le pays s’enfonça aussitôt dans une guerre civile ethnique, entre le MPLA, soit les métis et les citadins soutenus par l’Union soviétique et Cuba, et d’autre part, l'UNITA, un mouvement regroupant surtout les Ovimbundus (40 % de la population) et appuyé par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Afrique du Sud. La guerre s’enracina aussi dans la différence de développement entre la côte occidentalisée et moderne et l’arrière-pays moins industrialisé et resté beaucoup plus africain et où le sentiment clanique était encore plus omniprésent.

À la mort de Neto en 1979, Dos Santos prit le pouvoir à Luanda. Politicien habile, il désamorça lentement la guerre en se tournant vers l’Occident, en écartant l’aile radicale de son parti. Les secteurs agricole et minier furent ravagés par la guerre qui fit venir de nombreux réfugiés à Luanda, le pétrole resta la seule la seule source de richesse sur laquelle reposait la fortune des hauts fonctionnaires du MPLA, tandis que l’UNITA se finançait grâce au trafic de diamants. Le 20 juillet 1988, un accord en 14 points fut trouvé entre l’Afrique du Sud, l’Angola et Cuba. Parmi ceux-ci, la mise en œuvre de la résolution 435 prévoyant des élections en Namibie sous le contrôle des Nations unies en contrepartie du repli du contingent cubain (manifestant le succès du « linkage » formulée depuis 1979 par l’Afrique du Sud avec le soutien des États-Unis depuis 1981).Cependant, en Angola, la guerre civile continuait avec un peu moins de vigueur.

2- Les accords de Bicesse

Le contexte général d’apaisement des conflits régionaux, né de la fin de la « guerre froide » permis la signature, en 1991, d’accords de paix : ceux de Bicesse, entre les deux principales formations politico-militaires du pays, le MPLA au pouvoir depuis 1975, et l’UNITA, demeuré la seule force d’opposition d’envergure depuis l’effacement du FNLA dès le début des années 1980. Les espoirs suscités par ces premiers accords conclus au lendemain de l’indépendance furent déçus du fait de l’échec du processus de réconciliation nationale et de la reprise des hostilités dès Novembre 1992. Le processus de paix n’a jamais été effectif du fait de la mauvaise volonté des deux parties. Ces accords de paix échouèrent pour les raisons suivantes :

- La transition était non démocratique

- La pacification était sans contrôle sérieux et aux seules mains des deux parties en présence

- Le processus de transition et de démocratisation échappait à tout véritable contrôle que ce soit par le haut ou par le bas. Le MPLA conserve son autorité sur l’ensemble du territoire

- L’ONU n’exerce aucun contrôle effectif sur l’application des décisions prises à Bicesse

- Mis à part l’UNITA et le MPLA, les autres forces politiques ne participèrent pas au processus politique de pacification

Les accords de paix de 1991 n’apportèrent pas la paix, mais ils marquèrent le début d’une des périodes les plus violentes de la guerre en Angola car depuis 1992, 300.000 angolais furent tués à la suite de la reprise des combats. Toutefois, ils aboutirent à un cessez-le feu et à l’organisation d’élections générales supervisées par les Nations-Unies. Le MPLA remporta 49 % des suffrages contre 40 % à l’UNITA. Jonas Savimbi, leader historique de l’UNITA, dénonça des fraudes et reprit les armes, cette fois sans plus aucun soutien international. Un second accord de paix fut finalement signé à Lusaka le 20 novembre 1994 prévoyant l’intégration des forces de l’UNITA dans l’armée régulière.

B- LE PROCESSUS DE PAIX DE LUSAKA ET SON ENLISEMENT

Le processus de paix de Lusaka s’inscrit dans la continuité des « Accordos de Paz para Angola » signés à Lisbonne le 31 mai 1991. Il consacre un partage du pouvoir déjà à l’œuvre entre 1991 et 1994. Les accords de paix de Lusaka sont signés le 20 Novembre 1994 et regroupent différents accords signés en 1993 et en 1994.Ces accords s’articulent autour de deux volets : un volet militaire et un volet politique.

1- Le volet militaire

L’aspect militaire est repris dans les annexes 3 et 4 du protocole de Lusaka[1]. Deux problèmes caractérisent cette période révélatrice de la volonté des uns et des autres : les forces gouvernementales et les forces rebelles se devant d’intégrer dans les délais la nouvelle armée, le respect nécessaire du cessez-le-feu pour que la démobilisation et la démilitarisation de toutes les forces de l’UNITA, le désarmement des populations civiles. Pour éviter tout dysfonctionnement, les opérations de cantonnement et de démobilisation s’effectuent sous le contrôle de la commission conjointe et sous contrôle des Nations Unies grâce au mandat de l’UNAVEM III[2] en Angola depuis 1995(résolution 976 du conseil de sécurité). La démobilisation se présente en plusieurs aspects :

- C’est un problème militaire et de rapports de forces

- C’est un problème politique qui se règlera le jour ou chacun acceptera l’autre, notamment dans le partage du pouvoir

- C’est un problème sociale qui le jour ou il trouvera la solution, facilitera le règlement des deux autres

Les modalités de cette résolution du problème militaire s’organisent autour de trois phases :

· De la signature des accords de Lusaka au cantonnement des troupes de l’Unita

· De la réalisation du cantonnement des troupes de l’UNITA à l’entrée des démobilisés dans les centres d’entrainement professionnels

· De la sélection des ex-troupes de l’UNITA et de celles du gouvernement intégrant les FAA[3], et la vérification finale par les Nations Unies.

Les phases I et II furent atteintes, mais dans les proportions qui n’étaient pas celles espérées, car la démobilisation ne concernait que les forces de l’UNITA tandis que celles du gouvernement étaient considérées comme des troupes régulières depuis 1992. Le cessez-le-feu entré en vigueur le 22 Novembre 1994 rencontre des difficultés dans sa mise en place à causes des indécisions de part et d’autre. Grace aux efforts de médiation de A. Blondin Beye la situation se calma. Dès lors, l’Angola entra dans une situation de non-guerre comme de non-paix, ceci à cause des reports de désengagement des troupes, les actions pour la reconquête de territoire, les actes de banditisme, le manque de discipline des troupes. Malgré la clause « triple zéro »[4] des accords de Bicesse, le gouvernement et l’UNITA continuèrent à acquérir du matériel de guerre. Et malgré l’embargo de la vente d’armes au gouvernement du paragraphe 12 de la résolution 976 du Conseil de Sécurité, la Russie, le Brésil et le Portugal continuèrent de fournir des armements au gouvernement et l’UNITA des pays voisins comme la République Sud-africaine, la Namibie et l’ex-Zaïre, alimentant ainsi le cycle de la violence. Dans la crainte de perdre les élections et dans l’objectif de contester les résultats qui lui seraient défavorable, l’Unita maintenait une partie de ses hommes hors du processus de démobilisation. Le 11 Décembre 1996, l’Unita sous la pression déclare avoir cantonné toutes ses troupes et remis aux Nations Unies son arsenal militaire. Le conseil de sécurité et de facto la communauté internationale admirent que la phase militaire du processus était terminée, bien que de nombreux doutes demeurent.

2- Le volet politique

Le volet politique des accords de Lusaka débute par la déclaration de l’Unita du 11 décembre 1996 concernant la fin du cantonnement et le désarmement de ses troupes. L’annexe 6 du protocole de Lusaka présente les principes et les modalités de la réconciliation nationale. La participation de l’Unita au gouvernement devait être soumise à des règles précisées dans le protocole. Ce volet renferme le statut de Jonas Savimbi, leader de l’Unita et les étapes de la réconciliation nationale.

§ Tant que le statut du leader de l’Unita n’était pas déterminé, il refusait que les députées et les représentants de son mouvement participent au nouveau gouvernement. Le protocole de Lusaka n’est pas très explicite sur ce que doit être la place de ce dernier dans la vie politique de l’Angola après la pacification : « taking into account, his position as the largest opposition party, the president of Unita shall guaranteed a special status ». Rien n’est sûr que ce statut spécial soit retrouvé. Trois postes furent successivement proposés à Jonas Savimbi : Vice-président, conseiller principal du président Dos Santos et chef du parti majoritaire de l’opposition. Lors du congrès extraordinaire de l’Unita en Aout 1996, Jonas Savimbi refusa d’assurer la vice-présidence que lui proposait Dos Santos, d’où la consternation du MPLA. A la suite du rejet de cette proposition, Luanda remit la résolution de cette question entre les mains de la CCPM5 qui attendit qu’une nouvelle proposition lui soit faite sur le type de fonction que le leader de l’Unita voulait occuper.

En janvier1997, Jonas Savimbi proposa d’être le « conseiller principal »[5] de Dos Santos avec des pouvoirs constitutionnels plus grands que ceux normalement donnés au vice-président. Devant le refus du gouvernement le conseiller politique de Jonas Savimbi, Abel Chivukuvuku, déclara que le statut de ce dernier sera celui de leader politique du plus grand parti d’opposition. En avril 1997, les députés votèrent la loi définissant le statut de Jonas Savimbi, ce qui ne fut pas apprécié par la majorité des députés du MPLA à cause des privilèges importants de ce statut. Différentes raisons peuvent être avancées pour expliquer le changement d’attitude aussi bien de Jonas Savimbi que de Dos Santos.

Pour Savimbi :

- Une situation militaire défavorable l’encourageant à agir politiquement

- La perte de soutiens matériels est liée aux bouleversements régionaux

- S’assurer le contrôle des mines de diamants

Pour Dos Santos :

- Renforcer sa position au sein du parti face aux extrémistes

- Renforcer sa position vis-à-vis de la communauté internationale en acceptant la demande de Savimbi

- Accepter le partage de fait des richesses nationales

· Les étapes de la réconciliation nationale se décomposent de la manière suivante : le retour des députés de l’Unita élus en 1992, les dispositions finales concernant le statut de Jonas Savimbi, la formation du gouvernement d’unité nationale et de réconciliation(GUNR), la normalisation de l’administration sur l’ensemble du territoire, la conclusion du processus électoral. Les conditions politiques impliquaient la cohabitation effective au sein du gouvernement entre le MPLA et l’UNITA, la participation réelle de Jonas Savimbi à la vie politique et à la démilitarisation totale du pays. En 1998, après que Savimbi eut dénoncé le manquement du MPLA à ses obligations, les combats reprirent. En 1999, le MPLA tenta alors le coup de grâce et déclencha une offensive militaire massive contre le quartier général de l’Unita et ses principaux bastions. Les opérations se soldèrent par un succès général malgré la fuite de Savimbi. Le 22 février 2002, J. Savimbi, est finalement abattu lors d’un assaut de l’armée gouvernementale. Le 4 avril 2002, un nouvel accord de cessez-le-feu est signé mettant officiellement fin à 27 ans d’un conflit qui a fait près de cinq cent mille morts et entrainé le déplacement de quatre millions de personne.

III- LES RESSOURCES POLITIQUES DE LA REGION

A- LES INITIATIVES POLITIQUES DE LA REGION D’AFRIQUE AUSTRALE

Il faut noter l’inscription de plus en plus marquée, à partir de 1994, du règlement du conflit angolais dans l’espace géopolitique le plus performant ou tout au moins le plus porteur d’espoir. A propos du conflit angolais, tout un ensemble d’interaction est repérable : interactions entre l’Angola et la communauté internationale, interactions entre l’Angola et la région d’Afrique australe, interactions entre l’Angola et l’Afrique du Sud. Pour le règlement de la question angolaise, la région présente deux types de ressources politiques :

Ø Des ressources politiques individuelles qui appartiennent à l’ordre symbolique

Ø Des ressources politiques collectives qui font appel à des contingences matérielles

Le changement de système dans lequel s’insère le conflit angolais a entrainé une modification des mécanismes de transformation du système, c'est-à-dire un passage du militaire à la diplomatique, moins coûteuse et plus bénéfique. Les initiatives de la région en faveur du processus de paix en Angola furent uniquement politiques : les initiatives des personnalités politiques, les initiatives prises au nom d’une organisation.

1- Les initiatives personnelles : le rôle de Nelson Mandela

La nouvelle politique étrangère de l’Afrique du Sud sur le continent africain depuis 1994 est structurée autour de trois principes :

- Mettre en place une politique de prévention des conflits et des mécanismes de suivi des conflits

- S’impliquer dans la diplomatie préventive en privilégiant la concertation

- Influencer l’émergence d’un ordre nouveau en Afrique et notamment en Afrique australe

Face au processus de paix angolais, le gouvernement Sud-africain refusait de s’impliquer militairement dans le conflit et préférait exercer son influence pour qu’un gouvernement d’unité nationale soit établi, et en privilégiant une solution pacifique. Concrètement, les actions de l’Afrique du Sud en faveur de l’Angola furent diverses : aide humanitaire, reconstruction et modernisation industrielle, démocratisation. L’intervention de l’Afrique se situe davantage dans l’ordre symbolique. Nelson Mandela en rencontrant Dos Santos ou Savimbi, agissait sur le plan imaginaire plus qu’au nom d’une politique étrangère quelconque. Le jeu entre Dos Santos et Savimbi est difficile à tenir longtemps quand il faut jouer sur deux tableaux aussi différents. Nelson Mandela pouvait utiliser à son profit son capital symbolique en se mettant en avant sur la scène régionale. Il semblait pouvoir obtenir ce que le pouvoir de Luanda n’arrivait pas à obtenir, car le leader de l’ Unita faisait preuve de beaucoup de sens tactique en acceptant à plusieurs reprises de rencontrer le président ou le vice- président sud-africain, alors qu’il refusait constamment de rencontrer Dos Santos sous le prétexte que sa sécurité n’était pas assurer.

2- Les initiatives collectives : l’impulsion de la SADC

Originalement connue sous le nom de Southern African Development Coordination Conference (SADCC), l’organisation fut fondée le 1er avril 1980 à la suite de la déclaration de Lusaka sur la libéralisation économique en Afrique australe. Cette déclaration est adoptée par 9 pays : Angola, Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Swaziland, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe. Son objectif principal est de réaliser l’intégration et la coopération économique. Aujourd’hui SADC l’Angola a bénéficié du soutien moral et diplomatique des dirigeants africains. La SADC, forte de ses nouvelles ambitions a aussi tenté d’apporté son soutien à la conclusion de paix en Angola. A l’issu du sommet, les pays de la SDAC demandèrent que la communauté internationale aide matériellement l’opération de démobilisation de plus de 100.ooo. Pour eux, il était urgent que le président angolais rencontre rapidement Savimbi afin de régler les problèmes militaires et politiques en suspens. Ils comprirent que l’action collective était plus porteuse que l’action individuelle, l’échec de Nelson Mandela en est un exemple. Cependant, une double limite sur la forme et sur le fond, vint contraindre leurs intentions :

Ø La relative jeunesse d’institution qui ne jouissait pas encore d’une renommée assez pour avoir l’autorité nécessaire et suffisante pour imposer la paix.

Ø Les divergences restent grandes entre les pays de la région.

L’Angola n’a réellement pas pu voir les dividendes du renouveau politique de l’Afrique australe.

B- LA SITUATION ACTUELLE DE L’ANGOLA : LE CAS PARTICULIER DE L’ENCLAVE DU CABINDA

1- Origine du mouvement indépendantiste du Cabinda

Sur le plan historique, Cabinda est un reste du vieux « Congo portugais ». L’histoire a créé une spécificité cabindaise à travers l’éclatement du royaume Congo qui a eu des effets en termes identitaires. L’occupation effective du territoire cabindais par les portugais a été un processus distinct de celui de l’Angola. Cabinda n’a été rattaché à l’Angola qu’en 1956, évidemment sans consultation des populations, pas même des chefs traditionnels. En 1974-1975, le Portugal et toute la communauté internationale sont d’accord d’exclure les mouvements cabindais des négociations menant à l’indépendance, cette transmission permet au Portugal de garder une main mise indirect sur le pétrole cabindais exploité par les compagnies américaines au bénéfice du Portugal. C’est le début d’une guerre de libération au Cabinda qui se poursuit aujourd’hui. Le drame du Cabinda est sa manne pétrolière. De ce fait, les diverses fractions du FLEC (Front de Libération de l’Enclave du Cabinda) n’ont pas reconnus l’incorporation de leur territoire à l’Angola, d’où la guérilla malgré l’énorme disproportion des forces. Il faut préciser que les liens actuels de Cabinda avec l’Angola sont surtout pétroliers, il est vrai que des liens existent sur le plan humain, toutefois Cabinda n’a aucune frontière commune avec l’Angola puisque sa frontière orientale jouxte le Congo Démocratique, et la frontière nord, le Congo. Le territoire et sa cote sont une véritable éponge à pétrole et il est évident que le fait que la population ne bénéficie en rien de ces richesses exacerbe le mécontentement, et favorise les manipulations en tous sens des pays de la région et des services secrets les plus divers.

Sur la scène internationale, un incroyable silence règne sur le cas de cette "enclave du Cabinda", dernière colonie d’Afrique, dont les colons sont des Africains eux-mêmes. Le Cabinda devrait être le 39e pays à se décoloniser, d’après l’Organisation de l’Unité Africaine. Mais il n’y a aucune initiative en ce sens. Le territoire est fortement divisé, Pourtant, rares sont les médias qui en parlent, aucune ONG n’est sur place. Le Cabinda vit en huis clos entre armée angolaise, vendeurs d’armes, compagnies pétrolières et guérilla cabindaise. La guerre au Cabinda est une des rares guerres coloniales entre Africains. La situation actuelle établit un contrôle de l’Angola sur les deux tiers du territoire. Avec l’accalmie dans la guerre civile angolaise, les contingents militaires ont augmenté avec la mise en place "d’opérations de nettoyage", selon les termes utilisés dans les déclarations officielles angolaises. La situation humaine est dramatique avec le développement de nombreux camps de réfugiés dans le Bas Zaïre. Depuis 1998 le Cabinda est membre de l’Organisation des Nations Unies pour les Minorités Non-Représentées. Mais il n’y a toujours ni ONG ni médias pour en parler.

2- Revendications du Front de Libération de l’enclave du Cabinda et difficultés de pacification

Il n’ya pas un FLEC, mais plusieurs fractions rivales. Les revendications de toutes les fractions du FLEC est l’indépendance de l’enclave, mais au gré des rapports, cette revendication fait parfois place à celle d’une simple « autonomie ». L’échelle des violences est difficile à évaluer car il n’y a pas de statistiques et peu de témoins. Le nombre de victimes est inconnu, mais elles se dénombrent par milliers. Il ne s’agit pas d’une guerre permanente, mais d’attaques de la guérilla suivies d’une répression sur les populations civiles avec des exécutions sommaires menées par l’armée angolaise. Le massacre des populations s’est aggravé depuis 2002. La forêt a été bombardée, ce qui a provoqué une fuite massive vers les Congo voisins. Les Nations Unies n’interviennent que par le biais de leur organisme des minorités non-représentées, ce qui implique tout de même la reconnaissance officielle de l’existence du peuple cabindais. La question du devenir de l’enclave du Cabinda a été portée devant les instances de Genève, mais le processus est long.

Suite au grave militaire subit à l’été 2002 les diverses fractions du FLEC décide de se réunifier en 2004. Mais en Aout 2006, le gouvernement de Luanda réussi à créer un « mémorandum d’entente pour la paix » avec le président du FLEC unifié, Bento Bembé. Ce mémorandum reconnait l’indivisibilité de l’Angola et enterre définitivement toute idée d’indépendance ou même d’autonomie, mais ce dernier ne n’est accepter par aucune autre factions qui maintient la revendication d’indépendance. La signature de ce mémorandum a en réalité aggravée la situation dans le territoire, avec l’attentat contre l’autocar de l’équipe de football du Togo lors de la CAN en 2010. La redéfinition du statut du Cabinda ne pourra être effective que dans le cadre de la démocratisation de l’Angola lui-même.

CONCLUSION

A la lumière de ce travail, nous constatons que l’Angola fut, non seulement le premier terrain de conflits entre Africains et Européens sur le Continent Africain, mais également celui où se déroula la guerre civile la plus cruelle que l’Afrique a connu. L’implication de diverses puissances politiques étrangères, autant internationales qu’africaines ainsi que les rivalités internes démontrèrent l’importance des enjeux liés à cette guerre et surtout des richesses du sol angolais convoitées par toutes ces puissances. En effet, le sol du 7ème plus grand pays d’Afrique par sa superficie regorge de pétrole et de diamant et ce, d’une abondance inimaginable. Nous observons par conséquent que la recherche de matières premières dans le but de leur exploitation au dépend des populations autochtones conduit à la perpétuation de drames d’une inhumanité intolérable. La guerre d’Angola démontre à quel point les rivalités internes d’une population sur le contrôle des richesses peut conduire à une guerre d’envergure mondiale dans laquelle, comme à l’accoutumée, la principale victime est malheureusement la population innocente. Alors que la responsabilité de ce qui s’est passé en Angola incombe a la clique internationale dominante dont les interventions étaient intéressées, une part de responsabilité doit être attribuée aux nationalistes angolais qui prétendant libérer leur pays de l’impérialisme, n’ont fait que livrer celui-ci à une conspiration criminelle. . Depuis la fin de la guerre, « l’Angola est dans une situation de non-guerre comme de non-paix ».La mise en place de la paix en Angola a été un processus assez long et difficile, sur le terrain la situation a évoluée, mais elle reste indéfinissable. Plusieurs faits sont des limites à l’établissement d’une paix certaine : l’intérêt que les autres pays manifestaient pour l’Angola ne suffisait pas à résoudre un conflit dont les origines remontent à la décolonisation. L’Angola ou 3,5 millions de personne, soit environ un tiers de la population du pays, se sont enfuies de chez elles, ou 86.000 personnes sont handicapées à causes des mines anti personnelles et ou toutes les trois minutes, un enfant meurt d’une maladie que l’on aurait pu éviter est un prototype de ce qui pourrait arriver dans de nombreux autres pays si la clique qui domine en ce moment la politique mondiale ne parvient pas à ses fins.

BIBLIOGRAPHIE

- www.afriquepluriel.net

- Dictionnaire de Géopolitique, Flammarion

- L’Angola : La crise et la guerre, Stephen Mugwa Tabid

- Le règlement du conflit angolais : son inscription dans l’espace géopolitique de l’Afrique australe, Université Paris I (Panthéon – Sorbonne), D.E.A Etudes Africaines, Science politique, Année Académique 1996-1997

- Décolonisation et problèmes de l’Afrique indépendante, B. Delaveau, C. Mongnet, A. Salifou



[1] Protocole de Lusaka, annexe2, 9 décembre 1994, New York, Nations Unies, p87 et p90

[2] Mission de Vérification des Nations Unies

[3] Forces Armées Angolaises

[4] Les Etats Unis et l’URSS s’engagent par cette clause à ne plus fournir d’armement et de matériels de guerre à l’UNITA et encouragent les autres pays à adopter la même attitude

[5] 23 janvier1997, AFP

Comments

Popular posts from this blog

LE PEUPLE BAMILEKE: ORIGINES, TRADITIONS, CULTURE, RELIGION ET SYMBOLES

LES INDICATEURS DU SOUS-DEVELOPPEMENT

INTRODUCTION


Le terme de sous-développement est apparu, il y a vingt ans environ sous la plume d'économistes. En dépit des ambiguïtés qui l'entourent et peut-être même à cause de ces ambiguïtés, il a eu le succès que l'on sait. "Sous-développement" est devenu une expression à la mode. Parce il recouvre un ensemble de problèmes dont on a peu à peu découvert ampleur et la gravité. Le mot sous-développement est souvent utilisé pour donner du poids à des propos qui traitent de questions plus ou moins secondaires. Par une sorte de manie inflationniste, on en est venu à appeler sous-développement n'importe quelle insuffisance ou n'importe quelle inadaptation.
Cependant pour ce qui est des économistes, l'apparition du terme sous développement a néanmoins marquée incontestablement le début un grand tournant. En commençant à se pencher il y a 20 ans, sur les problèmes des "pays sous-développés", les économistes ont progressivement découvert des réali…

HISTOIRE DES GRANDS EMPIRES AFRICAINS

UNIVERSITE PROTESTANTE D’AFRIQUE CENTRALE


Faculté des Sciences Sociales et Relations Internationales
(F.S.S.R.I)



HISTOIRE

INTRODUCTION

Pendant des siècles, l’Afrique a été décrite, présentée par les occidentaux comme un continent obscur, sauvage auquel il fallait y apporter la civilisation. Les voyages d’Henri le Navigateur et Christophe Colomb au XVe siècle montre cependant qu’il existait déjà une Afrique riche, organisée et structurée. Ainsi, les peuples d’Afrique se sont développés de façon analogue aux africains de la Vallée du Nil. Ils avaient une histoire réalité et une histoire connaissance qui leur a permis de bâtir des clans, des royaumes et des empires, bien structurés, politiquement, économiquement, socialement, culturellement et religieusement. Le moyen-âge marque la période faste de l’histoire africaine pendant laquelle l’histoire de l’Afrique a connu son apogée. Nous pa…