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VERS LA PAIX PERPETUELLE: LES ARTICLES SECRETS

INTRODUCTION

Le XVIIIe siècle est sans doute la période la plus dynamique de la pensée occidentale. En effet, face à une société des ordres constitués de la noblesse, le clergé et le tiers-état. Les intellectuelles vont inaugurer un mouvement dit « les lumières » qui vont développer une réflexion critique sur la place de l’homme dans la société. De manière simple, les lumières voient le triomphe de la bourgeoisie sur la noblesse et le clergé. D’où leur engagement contre les oppressions religieuses, morales et politiques. Les membres de ce mouvement qui se voyaient comme une élite avancée et œuvrant pour un progrès du monde, combattant l’irrationnel, l’arbitraire et la superstition des siècles passés. Mais les lumières n’eurent pas seulement que du succès : Denis Diderot fut emprisonné au fort de Versailles, Voltaire à la bastille. La présence de la censure fera que Montesquieu publie Les lettres persanes de manière anonyme en Hollande, François Marie Arouet pris le nom de Voltaire comme pseudonyme. En Allemagne, Emmanuel Kant souhaite développer une philosophie objective dans ses œuvres: Critique de la raison pure, Fondement de la métaphasique des mœurs. Mais face aux difficultés de la stabilité politique, Kant va élaborer un projet de paix intitulé Zum Ewigen Frieden. Pour lui, la réalisation d’une paix perpétuelle est le but de l’humanité. Seulement, les rois accordent très peu d’importance aux philosophes dans la mise en œuvre de leur politique. C’est pour quoi dans son second supplément « Article secret », il se propose de résoudre ce désaccord entre la politique et la morale afin que le philosophe joue son véritable rôle dans l’élaboration de la paix perpétuelle. En effet, la réflexion de la place dans la société et surtout dans le domaine de la politique a préoccupé et préoccupe toujours le philosophe. Epictète nous préviens d’ailleurs : « Si tu as trait à la philosophie prépares-toi de ce fait à en courir la dérision et les railleries de la foule ». Ce point de vue est dans tous les cas la perception que l’on a du philosophe ou celle que l’on veut faire passer du philosophe. Mais pour les philosophes eux même, il en ait autrement en tenir pour exemple de souhait de Platon de voir l’avènement d’une république dirigée par les philosophes. Mais Kant veut rompre avec cette tradition idéaliste. Aussi par expérience, il croit que le rôle du philosophe est de conseiller les princes, afin que leur action soit guidée par la raison et dépouillée d’intérêt partisan.

I-ANALYSE DU SECOND SUPPLEMENT
Le second supplément est considéré comme étant un article secret. Un article qui, dans les négociations du droit public est quelque chose de contradictoire. Cet article est secret vis-à-vis de la personne qui le dicte si cette personne estime la divulgation de cet article comme étant compromettant pour sa dignité. Ainsi, cet est article est dit secret parce qu’il est proposé par les philosophes au lieu de ne se tenir qu’à l’autorité législative de l’Etat. La décision ne revient pas au philosophe surtout que, dit Kant : « détenir le pouvoir corrompt inévitablement le libre jugement de la raison » p.51 le philosophe ne doit donc pas être nécessairement roi ou les rois devenir philosophes. La classe des philosophes ne doit donc pas être muette ; elle est indispensable pour apporter la lumière dans les affaires .Ainsi, parce que cet article est secret, il éveille en nous un intérêt, une curiosité que nous nous devons d’assouvir.

A-DESACORD ENTRE LA POLITIQUE ET LA MORALE

Kant affirme : « Je puis bien me représenter une politique morale, c'est-à-dire un homme qui conçoit les principes de la politique comme conciliables avec la morale, mais non un moraliste politique qui se fabrique une morale à la convenance des intérêts de l’homme d’Etat ».Ceci revient à dire selon lui que, le terme politique morale est la conciliation entre la politique et la morale « c'est-à-dire : un homme qui conçoit les principes de la politique comme conciliables avec la morale ». Alors qu’un moraliste politique « fabrique une morale à la convenance des intérêts de l homme d’Etat ». D’après Kant, le désaccord entre la politique et la morale vient du fait que l’homme a toujours considéré son semblable comme un égoïste plein de ruses et de perfidies pour atteindre ses fins. En effet, l’homme est incapable de placer le bien public au dessus de son intérêt personnel. Les hommes politiques par exemple ne se préoccupent pas de la légitimité des lois lorsqu’ils les légifèrent. Ils le font selon leur volonté, c'est-à-dire qui ne profite qu’à eux-mêmes. Alors que la morale qui, elle, est dénuée de toute connotation individuelle c'est-à-dire qui ne vise qu’à satisfaire l’individu, prône le bien être universel. Ce qui est contraire à l éthique des hommes politiques ou moralistes politiques .Ces derniers selon Kant, agissent contre la morale qui est une valeur universelle, bonne pour tous. L’action du moraliste politique est stratégique, il est mû par ses passions et son égoïsme tandis que le politique moral lors de son action se soucis du bien être universel, il agit en lieu et place pour tous les hommes. Par conséquent, le moraliste politique agit par devoir c'est-à-dire qu’il souscrit son acte à l’impératif moral hypothétique qui stipule de faire le bien si et seulement si on trouve un intérêt .Alors que, agir conformément au devoir comme le fait le politique moral, c’est souscrire son acte à l’impératif moral catégorique. Ce qui revient à dire que l’acte moral c’est celui qui comporte une obligation morale et par obligation morale Kant entend « la majesté du devoir qui n a rien à faire avec la jouissance de la vie. » Le devoir étant ce qui est prescris dans le code moral .Kant propose de se dépouiller des caractéristiques du moraliste politique qui sont :
-fac et excusa: c’est le fait accompli .Il faut saisir l’occasion favorable pour agir et se justifier par la suite. (Une révolution à l’intérieur d’un Etat ou une veille té de dominer sur d’autres Etats).
-Si fecisti nega : refuser d’être responsable des méfaits qui peuvent entrainer une révolution .Responsabiliser plutôt le peuple, ou les méfaits de la nation dont tu veux t’emparer.
-Divide et impera : diviser pour mieux régner. C’est cette sagesse immorale qui fait naître parmi les hommes de « l’état de guerre qui est l’état de nature » l’ère de paix. Ici il ne s’agit plus du respect du droit mais de la violence même si cette sophistique colore la violence. Le pur praticien subordonne les principes au but c'est-à-dire « met la charrue avant les bœufs » et ainsi ne peut concilier la politique et la morale.
La politique et la morale sont donc deux rivaux mais cependant, Kant pense que ce désaccord, cette antinomie peut être résolue. Le devoir étant ce qui est prescris dans le code moral.

B-LE PHILOSOPHE COMME GARANT DU DROIT
Aux XVIe siècles, l’idée de droit était déjà en vigueur. Ici, on parlait du droit de chaque homme a sa propre vie, puis du droit naturel qui implique la dimension libérale de l’homme étant donné que l’élaboration des lois exige une connaissance à la fois des individus, la société et l’environnement. Le philosophe, penseur social par excellence est donc le plus aguerrit à élaborer les lois. De plus, la philosophie est par essence la recherche de la vérité; or la vérité se construit en dehors d’intérêt moral. Cette situation fait du philosophe un être législateur neutre doué d’une libre conscience. En dehors de Kant, bon nombre de philosophes réfléchissent sur la question du droit à l’exemple de Montesquieu et Aristote. Pour eux, appréhender l’ordre du droit doit partir de l’analyse morale qui est un principe déductif. Il passe par l’observation de la société loin de toute subjectivité car cette observation est une analyse véritable basée sur une induction en cherchant le bon gouvernement.
Ainsi, le philosophe est important pour l’établissement des lois dans le domaine des droits civils, du droit des gens et du droit cosmopolite. Le philosophe est donc impliqué dans cette élaboration des lois en ce sens que, sa contribution à cette légiferation passe par la diffusion de la pensée à la transparence des lois et à l’universalité de leur application. Pour le philosophe, le peuple doit s’impliquer dans l’élaboration des lois, il s’agit de l’idéal républicain. Or en monarchie, on convient sur le fait que « celui qui dispose du pouvoir ne saurait tolérer que le peuple lui prescrive des lois ». Or un Etat qui est arrivé au point de n’être soumis à aucune force extérieur quand il s’agira de la manière de poursuivre son droit à l’égard d’autres Etats entre dans le despotisme (régime mono politique du pouvoir), Kant parle également d’un régime dans lequel la constitution garantit la liberté des hommes. Ici, tous les citoyens dépendent d’une unique législation dont ils sont le sujet de droit. Rousseau l’avait aussi formulé lorsqu’il parlait du régime politique idéal qui est celui capable de rendre la possible liberté humaine. Tout en fixant la limite civile à travers la loi. Rousseau dit « je ne peux revendiquer dans l’Etat une liberté naturelle car ma liberté s arrête là ou commence celle d’autrui ».Il voudrait dire qu’en tant que citoyen, il se fait partir prenante d’une élaboration du droit à travers la connaissance de la volonté générale et de l autorité .

II-LA PLACE DU PHILOSOPHE DANS LA REALISATION DE LA PAIX PERPETUELLE

La société est faite de telle sorte que personne n’a un statut et une place bien définit .C’est ainsi que pour Kant, pour parvenir à une possible paix perpétuelle, l’intervention du philosophe est nécessaire dans la légitimation des lois. De même, son implication pas en tant en que acteur mais comme conseiller est aussi importante dans les activités politiques.

A-LEGITIMITE DES LOIS
Puisqu’il est le seul à pouvoir s’élever des faits à la théorie, le philosophe occupe une place de choix dans la société. Dans le souci permanent de produire des œuvres de réflexion qui soient profitables à tous, il a pour mission de rechercher le fondement des choses, la vérité qui se cache derrière tel ou tel autre phénomène. Au dessus des intérêts particuliers, le philosophe a donc autorité de se pencher sur les notions métaphysiques que seule la morale peut expliquer. En effet, la question de la légitimité des lois que Kant pose paraît cruciale pour l’élaboration d’une paix perpétuelle, car comment vivre en paix lorsque les inégalités sociales persistent, les frustrations naissent et le bonheur s’éloigne. Aussi, les lois ne doivent se limiter à la répression, à préserver l’ordre social, elles doivent aussi éduquer, permettre une meilleure redistribution du revenu national .Bref, c’est la somme des intérêts individuels qui doit concourir à la réalisation d’une paix perpétuelle .Pour cela, la société ne doit pas être source d’aliénation de l’homme mais plutôt le lieu d’une réalisation de soi.

B-LE PHILOSOPHE ET LA POLITIQUE
Contrairement à Platon dans La république qui pense que le philosophe a sa place en politique et l’homme politique idéal est le philosophe. Kant croit que : «on ne doit pas s’attendre à ce que des rois se mettent à philosopher, ou que des philosophes deviennent rois ». Puisque détenir le pouvoir corrompt inévitablement le libre jugement de la raison. Kant pense qu’il voudrait mieux que les philosophes exercent librement leur activité afin de garantir la transparence dans la gestion des affaires publiques.
Pour autant, Kant a une idée assez précise d’un model d’homme politique : un homme qui conçoit les principes de la politique comme conciliable avec la morale c'est-à-dire une «politique morale ». Aussi, la politique morale doit agir selon le principe formel, en d’autre terme sa maxime doit devenir une loi générale par opposition au principe matériel effectif en moral politique qui lui ne considère que la fin et suppose la prudence politique. La politique morale est pour Kant une condition essentielle de l’émergence d’un véritable gouvernement républicain. Certes, Kant conçoit la philosophie comme incompatible avec la politique mais il serait naïf qu’un philosophe qui conseille les princes, participe à l’élaboration du droit et par conséquent projetant un model de société ne soit pas un véritable politicien car le gouvernement royal pourrait s’installer dans une dépendance ou par « la dialectique du maître et l’esclave ». Dans ce cas, le philosophe sera le véritable détenteur du pouvoir politique.

III-CRITIQUE DE LA PENSEE DE KANT
Certes, Kant a fait des prouesses dans la question de la réalisation de la paix dans le monde. Cependant, il n’en demeure pas moins vrai qu’à plusieurs niveaux il est possible de trouver quelques manquements à sa pensée. La question paraît plus complexe que l’avait imaginé Kant. Dans ce sens, il n’ya pas de consensus en philosophie. Les philosophes sont avant tout des hommes avec des faiblesses que cela implique. De ce fait, ils sont mus par leurs passions et par leurs sentiments qui rendraient leur jugement quelques fois dépourvus de toute crédibilité. Notons d’autre part que le philosophe n’a pas le monopole du savoir. Il n’est pas le seul à penser dans la société. Mais Kant insiste sur le rôle du philosophe formateur. Il s’inscrit dans la longue tradition qui veut voir en le philosophe le savant par excellence. D’ailleurs, Marcien Towa ne manque pas de souligner dans son livre : Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle qu’ « aucune idée, aucune donnée aussi recevable soit elle ne peut être admise sans être passée au crime de la pensée critique ».Aussi Kant fait preuve d’un idéalisme exagéré car comment est-il possible d’élaborer des lois en prévision d’un futur incertain. Par ailleurs, connaissant l’attachement des philosophes à la morale, les souverains peuvent-ils leur accorder une place de choix dans l’élaboration de leurs propres règles du jeu.
CONCLUSION
En somme, la réalisation de la paix perpétuelle pour Kant, passe par l’ingérence du philosophe dans le monde politique. La politique pour lui doit s’imprégner des valeurs morales, qui, seules sont dépourvues de tout intérêt partisan, d’où son hymne à l’avènement d’une politique morale. En effet, si l’on peut convenir que l’émergence de la politique morale peut humaniser les décisions politiques et par conséquent les rendre plus légitimes, ce qui serait bénéfique dans la perspective de la paix perpétuelle; il demeure tout de même que l’expérience du monde politique atteste de l’immoralité ou au mieux de l’amoralité de celle-ci. Quant à la place du philosophe en politique, elle est essentiellement conflictuelle parce que les notions de philosophie et de politique se réclament comme instances normatives.


BIBIOGRAPHIE
-EMMANUEL KAN, Zum Ewigen Frieden (vers la paix perpétuelle), second supplément « Articles secrets»
-Encyclopédie de philosophie Agora, la philosophie de paix de KANT
-Google livre : Vers la paix perpétuelle un projet philosophique

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