Skip to main content

INSTITUTIONNALISME

INTRODUCTION
Depuis les fondements du développement élaborés par des précurseurs tels que Adam Smith, Emile Durkheim, Karl Marx et Marx Weber, et notamment par les classiques et néo-classiques qui prévoyaient le développement en une croissance économique où le marché pouvait s’autoréguler. En 1949, le discours de Harry Truman Président des USA à cette période, donne une connotation tout à fait particulière au développement, à partir du 8ème point de son discours qui retient l’attention du monde entier, d’où l’essor de deux théories : La théorie de la modernisation, qui prône la création des institutions au Nord, au Sud pour parvenir au développement. Quant à la théorie de la dépendance, elle préconise par contre une déconnection des industries du Sud aux industries du Nord. Un ensemble d’inégalités économiques sociales va pourtant apparaitre, montrant les limites des classiques en passant par les deux théories de développement précédemment citées. Cela permettra donc l’émergence d’un nouveau courant appelé Institutionnalisme. Parler d’institutionnalisme incombe sans doute à analyser le contexte historique d’une part (I), l’origine de l’institutionnalisme d’autre part (II). Par ailleurs, montrer le rapport entre l’institutionnalisme et les deux théories de développement (III). Enfin parler de l’impact de l’institutionnalisme.

I- CONTEXTE HISTORIQUE

1- La crise de 1929 et l’intervention de l’Etat
Après la première guerre mondiale et la signature du traité de Versailles en 1919, les Etats-Unis affichent une bonne santé économique. Vers 1929, les USA assurent à eux seuls 12% du commerce mondial, 45% de la production manufacturière mondiale et plus de trois quart des importations extérieures. L’économie Américaine de part ses dimensions et son caractère autocentré exerce une influence asymétrique sur le reste du monde. On ne saurait donc minimiser les déséquilibres internationaux préexistant avant le choc de 1929, qui vont jouer un rôle très déterminant dans l’amplification de la crise mondiale. A la fin des années 20, les bases de la croissance économique apparaissent de plus en plus fragiles, en raison de la surproduction boursière, de la spéculation boursière, du recours trop important au crédit et de la persistance de la crise de l’agriculture. Le 24 Octobre « jeudi noir » 13 millions de titres sont proposés à bas prix sur le marché sans trouver de preneurs. La réclamation des banques américaines du remboursement de leurs capitaux va généraliser la crise dans le monde. Nous pouvons entre autre citer la faillite de la banque « Kreditanstalt » en Autriche, celle de « Donat bank » en Allemagne en juillet 1931. La crise se manifeste à travers les inégalités, l’effondrement de la production industrielle et agricole. Au niveau du commerce international, la dévaluation de la monnaie, notamment du dollar et de la livre sterling. Sur le plan humain, conséquence de la multiplication des faillites, de l’accroissement du chômage estimé à 30 millions de personnes à la fin de 1932 contre 10 millions trois années plutôt. Les ouvriers et les employés en sont les principales victimes. En Allemagne et en France, les classes moyennes composées des cols blancs, commerçants, petits industriels s’appauvrissent et font chuter la consommation. La gravité sans précédent de la dépression apparait lorsqu’on envisage son extension, sa durée, l’amplitude finale de la chute de production et l’intensité du chômage au creux du cycle. La tourmente Européenne de 1931 affectant en cascade l’Autriche, l’Allemagne puis l’Angleterre, nouvelle panique financière américaine au seuil de 1933, lors de la transmission du pouvoir HOOVER et ROOSEVELT. Le président Roosevelt dès l’inauguration de son mandat en 1933, affirme résolument la priorité au redressement économique national surtout les impératifs internationaux. C’est aussi dans un cadre national que se développe la politique de reprise des autres grands pays. L’issue de la dépression est en général créditée d’avoir ouvert la voie à la grande expansion d’après guerre. Parmi les démocraties occidentales, il est troublant de constater que les deux grands pays dont les choix symbolisent la volonté de surmonter la crise déflationniste (les USA avec le New Deal en 1933, la France avec le Front Populaire en 1936) sont les derniers à ne pas réellement émergés de la dépression avant 1931. Alors que l’Angleterre met à son actif un redressement précoce et soutenue hors de toute rupture.


2- LES ACCORDS DE BRETTON WOODS

La conférence de Bretton-Woods qui s’est tenue du 1ér au 22 Juillet 1944 aux USA, réunissait 44 nations. La dite conférence avait donc pour objet de poser les bases d’un nouveau système monétaire internationale plus stable, afin de promouvoir le libre échange, la stabilité monétaire et favoriser l’expansion économique. Pour veiller à son fonctionnement, deux organismes sont créés : le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (Banque mondiale). Ces organismes sont chargés respectivement d’accorder des crédits à court et à long terme pour financer la reconstruction des économies ruinées par le second conflit mondial. Confrontée autour de deux propositions, celles de Keynes soutenue par la Grande Bretagne, prévoit la création d’un institut international monétaire chargé de créer une monnaie de réserve gagée sur la richesse des pays membres. Quant au plan White soutenu par les Américains, plan qui sera adopté, propose que la valeur des monnaies soit déterminée en référence au coût de l’or. Le paiement des transactions internationales puisse être assuré en dollars et en livres sterling, monnaie donc la valeur est elle-même fixée par rapport à l’or.
Les accords de Bretton-Woods se focalisent sur les projets à long termes tels que la difficulté, la santé etc. et permettre l’intégration des pays en difficultés sur les marchés, et veiller à la stabilité monétaire dans le nouveau système monétaire international.




II- ORIGINES DE L’INSTITUTIONALISME
Comprendre les origines de l’institutionnalisme revient à énoncer les courants sur lesquels celui-ci s’est inspiré pour devenir une théorie à part entière.


1- HISTORICISME ALLEMAND

C’est le tout premier courant sur lequel s’est inspiré l’institutionnalisme américain.
Concept associé au développement vers le milieu du 19ème siècle, en particulier en Allemagne né de Gustav Schmoller, qui admet que le passé est rationnellement différent du présent, et qu’il ne peut être appréhendé qu’en fonction de son contexte propre. Le philosophe Ernst Troeltsch le définit comme une tendance à considérer les connaissances et expériences comme perméables aux changements historiques.

2- LE DARWINISME
C’est la théorie selon laquelle la vie sociale serait fondée sur le conflit et la sélection naturelle. Elle fut notamment développée par le sociologue anglais Henry Spencer à la fin du 19ème siècle. Il en fit un principe de sa théorie évolutionniste. Les sociétés étant selon lui organisées sur un modèle proche des sociétés animales et fondé sur la lutte naturelle pour la vie. Il en tirait la conclusion libérale qu’il était inutile pour l’Etat d’intervenir et qu’il faille laisser faire la nature sociale. Il fut vivement critiqué par Emile Durkheim. Le darwinisme social s’inspire assez librement de la thèse du naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882) qui, dans son ouvrage De l’origine des espèces par voie de sélection naturelle (1859), analyse l’évolution sur un modèle de sélection vitale qui profite aux plus forts. L’espèce accumulant ainsi des transformations favorables. L’hérédité des caractères acquis sur laquelle repose le transformisme de Darwin n’est plus admise de nos jours.


3- LE PRAGMATISME

Doctrine philosophique développée au 19ème siècle par les philosophes américains Charles Sanders Peirce, William James, puis John Dewey, George Mead et Clarence Lewis qui affirme que le critère de vérité d’une proposition et son utilité pratique, que le but de la pensée est de guider l’action et que la conséquence d’une idée est plus importante que son origine. Le pragmatisme est la première philosophie américaine à avoir été développée de façon autonome. Il s’oppose à toute spéculation sur des questions qui n’ont pas d’application pratique et donc en particulier à la métaphysique. Il considère que la vérité est relative à une époque historique, au lieu et au but de la recherche et que la valeur est aussi inhérente aux moyens qu’aux fins. Le philosophe américain John Dewey fit évoluer le pragmatisme vers l’instrumentalisme.

III- PRESENTATION DE L’INSTITUTIONNALISME

1- LES PIONNIERS DE L’INSTITUTIONNALISME ET LEURS THEORIES

a- John Maynard Keynes
Né à Cambridge, il est issu d’une famille de l’establishment mais libérale : son père, John Neville Keynes est un professeur réputé de la logique et de l’économie. Sa mère, militante suffragette, devient maire de Cambridge en 1932. Après des études très brillantes à l’université de Cambridge, il y devient professeur en 1909. Reconnu dans les années 30 comme économiste officiel anglais, il est nommé sous-gouverneur de la Banque d’Angleterre et représente son pays à la Conférence de Bretton-woods en 1944. Il est l’un des partisans de la création du FMI et du BIRD.
Keynes pense contrairement aux classiques et néo-classiques pensent que les cries doivent s’autoréguler d’eux même. Pour lui, les dépenses de l’Etat doivent compenser l’insuffisance des investissements des entreprises en temps de crise. Contrairement à la main invisible des classiques et en l’enlisement dans la crise des années 30, semble donc contredire l’existence d’un retour automatique au plein emploi. Keynes considère que l’épargne non utilisée prolonge la stagnation économique, et que l’investissement des entreprises est déterminé par d’autres facteurs importants comme les novelles inventions, l’ouverture des nouveaux marchés, ainsi que d’autres facteurs dépendants du taux d’intérêts. Ainsi dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), il propose d’abord que l’équilibre économique peut être réalisé quelque soit le niveau de l’emploi. Autrement dit, le chômage est compatible avec l’équilibre, contrairement aux enseignements des théories classiques à l’instar de la « loi des débouchés » de Jean Baptiste Say. Ensuite, le niveau de l’emploi dépend de deux facteurs : premièrement de la demande des ménages (consommation et le montant des investissements des entreprises). En second de la demande effective (la demande qui aura des effets sur le revenu rationnel et sur l’emploi nécessaire pour avoir ce revenu). Enfin, il propose que la demande des ménages dépende d’une part de leurs revenus, et d’autre part de leur propension à consommer.

b- Veblen Thorstein (1857-1929)

Veblen est un économiste américain d’origine norvégienne. Il est le fondateur de l’économie institutionnaliste dans la mesure où il insiste sur la dimension sociale des faits économiques. Son analyse de la communication ostentatoire des riches va servir de référence à de nombreux travaux de la sociologie de communiction. Il a pour ouvrage principal Théorie de la classe des loisirs (1899) qui développa une analyse du système économique américain. Il apporte sans contredit les nouvelles perspectives à la discipline économique. Il distingue le capital industriel et le capital d’affaires. Le capital industriel est l’ensemble des moyens de production, constitué de l’actif matériel et de l’actif immatériel, respectivement l’outillage, les connaissances et techniques développées. L’analyse multidisciplinaire Véblenienne prend en considération l’origine sociale et collective des savoirs.
Veblen s’inspire des analyses économiques de Marx pour critiquer l’organisation sociale américaine. Selon lui, la société était divisée en deux classes antagonistes : les prédateurs et les travailleurs. la classe des prédateurs pratiquait une consommation de façon excessive pour se maintenir au rang social le plus élevé. Quant à la classe des travailleurs, elle possédait des moyens de production et fabriquait les produits. Veblen considère que le système économique capitaliste reposait sue la fluctuation des prix. Il propose de corriger ses insuffisances en confiant à des spécialistes, des technocrates, la gestion de la production et de la distribution.

c- Karl Gunnar Myrdal ( 1896- 1987)

Myrdal est un économiste suédois. Il participe activement aux aux gouvernements sociaux démocrates à la suite de leur arrivée au pouvoir. Il développe les idées similaires à celles de Keynes pendant les années 1930, critiquant les théories néo-classiques, soulignant l’importance des questions monétaires, et appelant de se vœux une intervention régulatrice de l’Etat. Il reçut le prix Nobel des sciences économiques en 1974. Sa récompense fut double, à partir de ses travaux économiques théoriques, mais aussi pour ceux qui, à partir de An American Dilemma, fondèrent son institutionnalisme ou « sa capacité de combiner l’analyse économique avec une perspective sociologique large ».
Pour Myrdal, la normativité des sciences sociales et de l’économie en particulier sont dissociables de l’investigation théorique et empirique. Il préconise ainsi une démarche interdisciplinaire. Celle-ci qualifie son approche institutionnaliste des phénomènes économiques et sociaux, restant indissociables de ses recherches sur le rôle des valeurs. Myrdal considère les valeurs comme partie intégrante de la recherche. Il se caractérise par son réformiste qui s’affirme dans sa conception de la planification dont l’originalité est de démarquer nettement du socialisme collectiviste d’inspiration marxiste au profit d’un socialisme associationniste pré-marxiste.

2- Définition de l’institutionnalisme

Selon le plus grand nombre des spécialistes des idées économiques, l’institutionnalisme est un courant de pensée spécifiquement américain. Il est né aux USA à l’extrême fin du 19ème siècle avec l’œuvre célèbre de Thorstein Veblen. Cette doctrine en réaction au courant néo-classique, met l’accent sur le rôle joué per les institutions dont les comportements sont un des éléments déterminants de l’évolution de l’activité économique. Ce courant professe une doctrine sociale, réformiste ou réformatrice, car il a continue à inspirer le courant radical américain, et son influence hors des USA est notable.

IV. RELATION ENTRE L’INSTITUTIONNALISME ET LES AUTRES THEORIES : MODERNISATION ET DEPENDENCIA

1- Institutionnalisme et modernisation

La théorie de la modernisation (préconise) avec Walt Whietman Rostow que toutes les sociétés passent à travers certains stades de développement pour parvenir à la modernité. Pour atteindre la modernité, il faut remplir les cinq étapes de la croissance économique, à savoir : la société traditionnelle, les conditions au décollage, le chemin vers la maturité et l’âge de consommation de masse. Ainsi, le développement est attendu en termes d’un processus de création des institutions tant bien au nord qu’au sud. Dans la même lancée, pour réguler l’activité économique, l’institutionnalisme préconise la création des institutions comme mobile de fondement de stabilisation et de développement économique. Il s’avère donc que l’institutionnalisme apparait comme une stratégie de la théorie de la modernisation.

2- Institutionnalisme et dépendencia
Apparu comme une critique de la théorie de la modernisation, la théorie de la dépendance explique une forme de dépendance des Etats du sud vers les Etats du nord. Raul Prebisch, principal investigation de cette théorie lorsqu’il qualifia les pays du nord du centre et ceux du sud de la périphérie. Il analyse le retard de la périphérie par l’emprise d’état de dépendance économique, politique et technologique à travers les échanges inégaux historiques, instaurés par l’impérialisme et le colonialisme. En effet, les pays dits pauvres fournissent la main d’œuvre dite naturelle, les matières premières qui sont importées, manufacturées au centre, puis renvoyées au niveau de l’échange international, où la périphérie les ajouterait dix fois le coût de vente. Prebisch demande aux pays de crées des industries accompagnées des mesures protectionnistes pour sauvegarder leur économie de l’agression des pays du nord. Dans le même objectif, l’institutionnalisme prône l’intervention de l’Etat, des entreprises pour la régulation de l’activité socio-économique.

 Délocalisation des Etats au Sud

Depuis les accords de Bretton-woods du 22 juillet 1944, et au sortir de la 2ème guerre mondiale, les pays du Nord s’engagent à travers le BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) de venir en aide aux pays du tiers-monde. Beaucoup de projets de développement vont animer les débats en les pays du sud. Plusieurs projets d’ajustement structurels seront donc élaborés en Afrique pour permettre le rebondissement de l’économie. Dans cette même optique, un ensemble d’industries seront implantées dans les pays pauvres afin de booster leur économie. C’est par exemple le cas du Cameroun où nous trouvons des industries telles qu’ALUCAM, CIMENCAM, HEVECAM et bien d’autres.


CONCLUSION

Parvenu au terme de notre exposé, il a été question de présenter la théorie le l’institutionnalisme en développement, où la crise de 1929 fut le jalon de ce courant de pensée. Ainsi, l’institutionnalisme préconise l’intervention de l’Etat dans l’activité économique, à travers des institutions capables de réguler cette théorie, et permettre l’accès au développement. Toutefois, depuis l’émergence de cette théorie en 1929 jusqu’aux années 1970, un ensemble d’évènements ont tendance à remettre en question cette doctrine comme nous l’avons vu en Afrique avec les crises de 1982.

Comments

Popular posts from this blog

LE PEUPLE BAMILEKE: ORIGINES, TRADITIONS, CULTURE, RELIGION ET SYMBOLES

LES INDICATEURS DU SOUS-DEVELOPPEMENT

INTRODUCTION


Le terme de sous-développement est apparu, il y a vingt ans environ sous la plume d'économistes. En dépit des ambiguïtés qui l'entourent et peut-être même à cause de ces ambiguïtés, il a eu le succès que l'on sait. "Sous-développement" est devenu une expression à la mode. Parce il recouvre un ensemble de problèmes dont on a peu à peu découvert ampleur et la gravité. Le mot sous-développement est souvent utilisé pour donner du poids à des propos qui traitent de questions plus ou moins secondaires. Par une sorte de manie inflationniste, on en est venu à appeler sous-développement n'importe quelle insuffisance ou n'importe quelle inadaptation.
Cependant pour ce qui est des économistes, l'apparition du terme sous développement a néanmoins marquée incontestablement le début un grand tournant. En commençant à se pencher il y a 20 ans, sur les problèmes des "pays sous-développés", les économistes ont progressivement découvert des réali…

HISTOIRE DES GRANDS EMPIRES AFRICAINS

UNIVERSITE PROTESTANTE D’AFRIQUE CENTRALE


Faculté des Sciences Sociales et Relations Internationales
(F.S.S.R.I)



HISTOIRE

INTRODUCTION

Pendant des siècles, l’Afrique a été décrite, présentée par les occidentaux comme un continent obscur, sauvage auquel il fallait y apporter la civilisation. Les voyages d’Henri le Navigateur et Christophe Colomb au XVe siècle montre cependant qu’il existait déjà une Afrique riche, organisée et structurée. Ainsi, les peuples d’Afrique se sont développés de façon analogue aux africains de la Vallée du Nil. Ils avaient une histoire réalité et une histoire connaissance qui leur a permis de bâtir des clans, des royaumes et des empires, bien structurés, politiquement, économiquement, socialement, culturellement et religieusement. Le moyen-âge marque la période faste de l’histoire africaine pendant laquelle l’histoire de l’Afrique a connu son apogée. Nous pa…