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LE PEUPLE MAKA DU CAMEROUN


INTRODUCTION :
Le monde est fait de spécificité, d’altérité, de particularisme et dans ce monde marqué par la différence, la culture se veut être la courroie de transmission des valeurs propres à chaque peuple, à chaque ethnie. Cette dernière est souvent perçue comme imperméable du fait de ses attributs monadologiques. Dans le cadre de notre cours de communication et éthique intégrale, nous sommes amenés à faire preuve d’ouverture d’esprit afin de percer à jour ces monades que semblent être les ethnies et par-dessus tout pour briser les préjugés, les idées reçues et accéder à une certaine connaissance de la culture d’autrui car comme l’a pensé William Hazlitt, « le préjugé est enfant de l’ignorance ». Ce cours nous permet aussi dans une autre mesure de nous imprégner de notre culture propre en allant à la redécouverte de nos origines. Dans le cas d’espèce notre intérêt réside dans l’étude de la culture du peuple Maka. Nous nous inscrivons dans une optique de désacralisation des barrières ethniques en faisant connaître dans une moindre mesure cette culture qui dispose de ses caractéristiques propres. Pour ce faire, nous avons procédé à une recherche des éléments qui constitueraient notre propos, notamment auprès de personnes ressources telles que nos parents qui sont encore encrés dans la culture Maka. Nos principales interrogations résidaient en ces quelques questions : Qui sont réellement les Maka ?, d’où viennent-ils ?, Qu’est ce qui fonde la spécificité de ce groupe ethnique ? Quelles sont leurs valeurs ? Pour apporter des éléments de réponse à nos interrogations nous avons pensé faire l’historique du peuple Maka (I), retracer l’organisation, les croyances et les traditions du peuple Maka (II) puis nous allons présenter le code éthique, l’interculturalité et la résolution des conflits selon les Maka (III).

                     HISTORIQUE ET MYTHES DU PEUPLE MAKA

         HISTORIQUE DU PEUPLE MAKA
Comme la majorité des peuples de l’Afrique subsaharienne et du Cameroun en particulier, les Maka sont un peuple de tradition orale. C’est-à-dire que c’est un peuple dont l’histoire précoloniale n’est quasiment pas connue parce qu’elle n’est pas écrite. Toutefois, nous en avons quelques échos par sa transmission de génération en génération. Il s’avère donc que les Maka proviennent du grand groupe nommé « proto-Maka » qui était essentiellement constitué des Maka et des Ngoumba. Il nous revient que la migration du grand groupe Proto-Maka a commencé à partir du Soudan où ils fuyaient l’invasion musulmane qui était assez violente et ils sont partis de là jusqu’au Cameroun près de la Haute Sanaga, qu’ils vont quitter pour s’établir sur le Nyong. Le groupe « proto-Maka » va cependant se disloquer, à cause des invasions successives de population parlant le Fang et le Bulu qui les ont rejoints au Cameroun longtemps après. C’est de cette manière que les Ngoumba vont se retrouver dans un espace qui part de la région de Lolodorf à la côte (Kribi) alors que les Maka vont aller un peu plus loin vers l’Est pour se retrouver dans la région du Haut Nyong.
Lors du récit de l’arrivée du peuple Maka au Cameroun, d’aucuns suggèrent que les Maka se seraient d’abord enfouis dans la forêt pour faire buter les musulmans qui se déplaçaient avec des chevaux. Ils y seraient restés jusqu’à l’arrivée des portugais qui auraient vu des peaux de banane dans l’eau et auraient ainsi soupçonné la présence d’habitants dans la forêt. C’est de cette manière que certains Maka ressortirent de la forêt, il s’agit notamment des Maka Bebend (au centre du Nyong), Maka Mbouanz (Ouest du Nyong). Il n’y a que les Maka Befep qui vivent en forêt et en harmonie avec les pygmées.
Il convient de préciser que les Maka se sont installés au Cameroun bien avant les Pahouins qui constituaient un peuple de conquérants et arrivés à la rencontre des Maka, ces derniers ont subi une forte assimilation de la part des Pahouins, c’est pourquoi nous constatons aujourd’hui de grandes similitudes entre ces deux peuples qui ont même tendance à être confondus en un seul car les Maka ont sensiblement la même culture aujourd’hui que les peuples Pahouins (nous avons les mêmes noms, les Maka parlent les dialectes issus du groupe Pahouin comme le Bulu et de manière générale certaines pratiques de ces grands groupes se rejoignent.) mais l’histoire nous rattrape et il importe de restituer sa spécificité de groupe ethnique, distinct du grand groupe Pahouin.
Le peuple Maka est un peuple qui s’est déployé et qu’on reconnaît encore comme un peuple guerrier en ceci qu’il était en guerre perpétuel avec ses voisins. La guerre était souvent déclenchée pour la conquête des terres avoisinantes qu’ils se disputaient. Chaque ressortissant du peuple Maka était une âme essentielle qu’il fallait à tout prix protéger même en dehors des limites de leurs territoires. C’est pourquoi la raison la plus retrouvée dans l’histoire guerrière des Maka est la vengeance. Par exemple, si une femme allait en mariage dans un autre village et qu’arrivée dans la maison de son époux, elle est maltraitée, battue et humiliée par son conjoint et même par toute sa famille, et si cela parvient aux membres de son regroupement, ces derniers animés d’un sentiment de révolte et d’une volonté de vengeance (car les Maka ne supportent pas d’être humiliés et bafoués) décidaient de se rendre dans le village en question dans le but d’appliquer la loi du talion, « œil pour œil, dent pour dent » et même de faire encore plus mal à ceux qui ont osé leur faire du mal dans leur chair. Pour la femme qui a subi des sévices corporels, il fallait « faire couler le sang » de plusieurs autres femmes de ce village et par la suite consommer leur chair. En effet les Maka ont eu à consommer de la chair humaine mais pas par simple plaisir mais pour obtenir réparation d’un tort qui leur avait été fait et pour semer la panique auprès des autres ethnies qui auraient voulu leur causer préjudice et que tout le monde en tremble en entendant parler de leur venue prochaine.
Ceux qui ont le plus subi les affres du cannibalisme Maka sont les colons, notamment les Allemands auxquels ils ont résisté pendant six longues années (1904-1910) malgré des méthodes plus barbares les unes que les autres. En effet, les Allemands n’arrivaient pas à pénétrer dans la forêt et lorsqu’ils venaient à la rencontre des Maka, ceux-ci s’infiltraient dans la forêt dense et les Allemands ne retrouvaient qu’un ou deux représentants des Maka sur les lieux. Ils finir par les contraindre et les envoyèrent pour construire les chemins de fer et lorsque les plus robustes des Maka allaient pour travailler, très peu d’entre eux revenaient dans leur village et face à cette disparition croissante de leurs frères, le peuple Maka s’est soulevé contre les colonisateurs et comme pour se venger des Allemands, ils en tuèrent le plus grand nombre et consommèrent leur chair. C’est pourquoi il est coutume de dire que « le Maka a mangé l’homme blanc jusqu’à la casquette ». Il convient cependant de préciser que de nos *jours l’anthropophagie n’est plus dans la société Maka qui a abandonné cette habitude barbare et peu valorisante.
Aujourd’hui, Les populations Maka  se localisent actuellement dans le département du haut Nyong entre Akonolinga et Bertoua en passant par Abong-Mbang et Doumé. Vers le Sud-Ouest du Cameroun, les Ngoumba, population d’origine Maka ont établies leur territoire autour de la région de Lolodorf (Geschière, 1981)

         LES MYTHES/CONTES
Le peuple Maka dispose de beaucoup de contes mais nous n’en relaterons que deux.
         Le lion et la tortue
Pour les Maka, la tortue est l’animal le plus sage, parce qu’un conte  raconte qu’il y eue une grande famine dans le village, alors le lion alla voir la tortue et lui demanda de tuer sa mère pour qu’ensemble ils mangent afin de ne pas mourir de famine, puis le lion ira tuer sa mère et ils la mangeront après digestion de mère tortue, cette dernière dit au lion que pour plus de sûreté, pour ne pas que l’un ou l’autre mente, il faudrait que les deux tuent leurs parents et les manges le même jour, l’un après l’autre. La tortue alla prendre sa mère, la mise sur le sommet d’une montagne élevée, se hâta de couper des légumes qu’elle prépara. Le temps de manger étant venu, elle dit au lion qu’il sera préférable de commencer par la dégustation de mère lionne, puis ils mangeront mère tortue qui était encore très chaude pour être mangée. Il en fut ainsi, et le lion ayant tellement mangé de viande ne se rendit pas compte que c’était des légumes qu’il mangeait. Un jour, il alla à la chasse très loin dans la forêt et soudain sur le sommet d’une grande montagne, il vit mère tortue et compris que la tortue l’avait trompé, alors il rentra au village; les yeux pleins de larmes, et il demandait à la tortue: « pourquoi m’as-tu trompé en ne tuant pas ta mère et en mangeant la mienne?»; et depuis ce jour, cet animal est perçu par les habitants de cette région comme étant le plus sage des animaux, et aussi, l’un des plus considérés.
         la vipère, l’escargot et le toucan
La vipère, l’escargot, et le toucan étaient de très bons amis et ils vivaient ensemble dans une forêt, les trois bons amis souffraient de famine, aucun arbre n’avait produit, rien à manger pour les trois amis, ils souffraient tous de famine. Un jour, la vipère dit à ses amis : « mes frères partons d’ici à la recherche de la nourriture vers les forêts voisines. » Tous sont d’accord et voyagèrent. La vipère et l’escargot partirent, le toucan par son vol les aidait à s’orienter. Un an après, ils découvrirent un arbre plein de fruits, les trois amis s’installèrent et le toucan secouait l’arbre chaque jour et tous mangeaient à leur faim, le toucan rassasié à chaque repas chantait à haute voix au-dessus de l’arbre fruitier. Ses compagnons lui disaient : « cesse de faire du bruit, mangeons sans faire du bruit, tu nous expose à plusieurs dangers. » le toucan répondait : « foutez-moi le camp, je vous nourris tous, créatures oubliées de Dieu ! Pourquoi Dieu ne vous a pas donné d’ailes comme moi ? Restez par terre et mangez à mes ordres. » Un matin, un coup de fusil se fait entendre. Le toucan, les ailes cassées, retrouvent ses amis à terre et leur dit : « mes frères sauvez moi, j’ai mal aux ailes. » L’escargot et la vipère se cachent et voient le chasseur ramener le toucan au village. La vipère et l’escargot continuent de manger sans bruits les fruits en forêt. Si le toucan les avait écoutés, il ne serait pas mort. Pour vivre longtemps, vivons cachés.


                     ORGANISATION TRADITIONS ET CROYANCES

         ORGANISATION
Les Maka formaient une société acéphale, patrilinéaire et clanique. Chaque patrilignage constituait un village et comprenait environ 125 personnes. Lorsque le village devenait trop important, une scission se produisait et un groupe allait créer un village non loin de là. C’est pourquoi il existe généralement des villages Maka constitués d’une seule et même grande famille et dans ce cas-là c’est le chef de famille qui jouait le rôle de chef du village. Le chef de famille est choisi par les membres de sa famille. Par contre lorsqu’il s’agissait d’un village à plusieurs familles, le chef de village était choisi par toutes les personnes constituant les familles.
Un homme peut exercer deux sortes d’autorité. L’une, l’autorité de commandement (« idjouga ») qui appartient à tous les chefs de famille et leur permet de donner des ordres aux membres de leur maisonnée. L’autorité de prestige quant à elle devait être gagnée par le mérite personnel et un chef ne s’imposait jamais de manière définitive, c’était beaucoup plus au coup par coup qu’il détenait ce pouvoir lequel reposait sur les preuves qu’il avait donné de sa valeur (facilité lors des négociations, qualité de guerrier lors des conflits fréquents avec les villages voisins). Les Maka vivaient en état de guerre perpétuelle et leurs villages étaient protégés contre l’invasion étrangère qui pouvait tout simplement être celle d’un Maka d’un autre village. Lorsqu’un individu se distinguait à l’occasion de ces guerres, sa parole était désormais écoutée lors des assemblées. Le deuxième type de preuves sur lesquelles s’appuyait le prestige était lié à la parole. C’étaient les plus âgés qui détenaient ce pouvoir du fait de leur expérience et de leur connaissance de l’histoire et des traditions. Ils pouvaient persuader les autres membres du groupe. S’imposait donc comme leader celui qui arrivait à déterminer l’accord de tout le village lors d’une prise de décision.
S’agissant des activités qu’avaient les populations Maka, nous pouvons en recenser les principales : la vannerie, la poterie, la forge, la sculpture. De nos jours il n’existe presque plus de Maka forgerons. La chasse du gibier est une activité capitale pour les Maka. Ces derniers ont des techniques particulières pour pouvoir soumettre les animaux qu’ils vont chasser à leur domination. En effet, ils communiquent avec ces derniers et leur imposent de se rendre sans résistance.

         TRADITIONS
La tradition Maka est très riche et diversifiée. Elle se déploie à travers les évènements heureux et malheureux que rencontre un homme tout au long de son existence.
         La naissance d’un enfant : Lors de la naissance d’un enfant, l’accouchée reste avec son bébé pendant neuf jours sans sortir de sa maison. des bains et des massages à l’eau chaude mélangés aux feuilles du village (« meguiom ») lui sont administrés afin d’éviter qu’elle ne contracte le paludisme et ce traitement lui est accordé par des femmes âgées de la famille qui ont précédemment accouchées. La nouvelle accouchée  doit avoir une ligne de conduite pour empêcher au nourrisson d’avoir des désagréments tel que la diarrhée. En effet elle ne doit pas boire d’eau juste après l’accouchement de peur que la texture du  lait maternel ne rende le nourrisson malade. Trois fois par jour, elle doit boire des tisanes chaudes composées à base d’écorce d’arbre (« lomo ») qui protège le bébé de la toux et du paludisme et pour que le lait maternel coule en abondance.
Après la naissance du bébé, le cordon ombilical se coupait avec un bambou et au bord du nombril du bébé on y mettait quelques gouttes de fève d’arbres appelée « famde » ; pour permettre la cicatrisation saine et rapide du nombril du nouveau-né.
S’agissant du nom du bébé, il peut être choisi avant la naissance par son père. Celui-ci prévoit deux noms selon le sexe du bébé. Le dixième jour, s’il s’agit d’un garçon, c’est l’oncle paternel qui sort le bébé tôt le matin en invoquant les ancêtres pour la chance, le bonheur et la prospérité du nouveau-né. Les membres de la famille poussent des cris de joie. Quand c’est la fille, c’est la tante maternelle qui fait sortir le bébé. La mère du bébé et le père partagent de leurs propres mains le repas prévu pour la cérémonie à tout le village et prennent part active à la fête et aux réjouissances avec les autres villageois.
Dans le cas particulier de la stérilité, si un homme ne parvient pas à faire des enfants avec sa femme, cette dernière est envoyée par son époux vers un de ses frères afin que celui-ci lui fasse un enfant et elle retournera ainsi chez son mari. Cette pratique était connue de tous dans le village.
         Le mariage et la dot : Chez les Maka, le mariage est considéré lorsque la dot est respectée. Cette dernière est tout un symbole chez ce peuple en ceci qu’il réside en un échange de cadeaux perpétuel entre les deux familles des conjoints. C’est dire que bien que l’homme soit déjà venu chercher sa promise, la dot est toujours présente. C’est pour cette raison qu’il est de coutume de dire que chez les Maka la dot ne finit jamais. C’est un symbole qui lie deux personnes et bien plus encore deux familles. Une grande fête est donnée lorsqu’un homme vient prendre sa femme et lors de cette fête il est coutume de danser l’ « akoulba » et/ou le « niengue ».
Aujourd’hui la dot a été quelque peu dénaturée, elle se concrétise par le don d’espèces sonnantes et trébuchantes et par des cadeaux plus hors de prix les uns que les autres.
Pour ce qui est du choix du conjoint, il était reconnu que le mariage était fait sur la base de l’entente entre deux chefs de famille. Ces derniers pouvaient être amis et décidaient de promettre leurs enfants à un mariage commun. Ce mariage était célébré très tôt car il était honteux pour des parents d’avoir des enfants âgés à la maison (lorsque l’enfant atteignait l’âge de 14 ans il pouvait se marier, fille comme garçon).
Les femmes mariées portaient des tenues faites à base de feuilles de raphia tressées tandis que les autres habitants hommes comme femmes étaient vêtus de peaux d’animaux et de tenues faites à base d’écorces d’arbres.

         Le deuil : Lors du deuil, les deux familles doivent être présentes (la famille dont est originaire le défunt et la belle-famille). Lors de la veillée, on prévoit des feux, chaque famille se retrouve autour du feu prévu à son attention et du vin de palme est partagé aux personnes autour du feu, ainsi que du « arki » et de la nourriture. C’est la famille du défunt qui prévoit toutes les dépenses, aidée par leurs beaux-fils. Si c’est un homme qui est décédé, ce sont ses oncles paternels qui creusent la tombe et pendant ce temps, ils sont entretenus par la famille du défunt. Les oncles ont le droit de réclamer de vin, la nourriture et le tabac à la famille. Dans la pleine nuit, la coutume impose à la famille du défunt de donner aux oncles une bête à quatre pattes, une marmite, un régime de plantains, du sel, du piment, du vin et du tabac ceci pour leur repas de la nuit et pour garantir leur veillée. Elle se passe pendant qu’une foule est entrain de danser l’ « adouyaye » ou l’ « akoultangue » qui sont des danses exécutées lors des veillées et des deuils en général.
Le matin vers six heures, commencent les pourparlers. Le chef de famille des oncles fait taire les tam-tams et toutes les foules présentes ainsi il s’adresse au chef de famille du défunt, lui demandant de lui dire comment l’enfant est mort, qu’est-ce que le défunt a laissé comme héritage, que ce soit des biens matériels, de l’argent, des femmes. Suite à cela, les oncles enterrent le corps. Après l’enterrement, on leur donne leur dernier droit appelé  « kouolegi » qui signifie la lance de la route, cela est souvent une somme d’argent importante qu’on remet aux oncles pour qu’ils s’en retournent dans leur demeure et qu’ils se la partagent.
         Le veuvage : C’est la période qui suit l’évènement malheureux qu’est le deuil. Ce rite est beaucoup plus réservé aux femmes. La veuve doit se vêtir de noir pendant une année entière et elle doit se raser la tête. C’est une période éprouvante pour elle au cours de laquelle elle doit se priver de beaucoup et s’abstenir de faire certaines choses. Il ne lui est plus permis de consommer de la nourriture dans la nuit, elle doit juste manger très tôt le matin, en journée. Pendant cette période elle ne doit pas être en contact avec les autres membres du village, elle ne doit même pas entrer en communication avec les autres. Elle ne doit plus se réchauffer auprès du feu fait avec des branches du « doume » (sorte de baobab) sinon elle risque d’avoir la gale toute sa vie. Lorsqu’elle doit se rendre au champ elle a toujours sur elle des écorces et des feuilles dans sa main en vue de les jeter dans les champs qu’elle traverse pour se rendre dans le sien. Si elle ne le fait pas, toutes les récoltes de ces champs ne seront plus que putréfaction. La nuit, plus personne ne doit prononcer le nom de la veuve car l’âme de son défunt mari qui erre toujours pourrait l’emporter avec elle. En effet, chez les Maka les esprits sont vengeurs et ils reviennent toujours pour hanter leur moitié et c’est pour cette raison que la veuve ne reste pas seule mais en compagnie d’une femme qui aura déjà subi le rite de veuvage afin de l’aider. Si jamais elle rêve de son défunt mari, cela ne présage rien d’autre que la mort et pour empêcher cela, la femme qui lui tient compagnie devra la laver avec des écorces et des feuilles prévues à cet effet. A la fin de son veuvage, la veuve doit enlever sa tenue noire et pour ce faire elle doit se rentre à la rivière en compagnie de la femme qui l’a suivi durant tout son veuvage afin d’y être lavée. A cet effet on fait un barrage dans la rivière et du côté barré la veuve est lavée par l’autre femme qui se sert d’écorces et lorsqu’elle la lave elle prononce le nom de son défunt mari et lui demande de s’en aller pour toujours vu qu’il a déjà abandonné sa femme en se laissant prendre par la mort. Suite à cela, la veuve sort de l’eau, enlève tous ses vêtements et revêt d’autres vêtements et dès qu’elle est habillée elle se met promptement en chemin pour le village sans jamais se retourner sinon elle risquerait de mourir ou de recommencer tout le rite de veuvage. Elle est accueillie au village par des chants et le son du tam-tam. Elle est de nouveau libre et doit au plus vite se remarier. Pour l’aider dans cette voie, il lui est confectionné des charmes, des remèdes d’attirance pour qu’un homme s’intéresse à elle et l’épouse. Pour les veufs, ces mêmes remèdes sont mis à sa disposition.
         LES CROYANCES
A la base, les Maka n’avaient pas de religion. Ils croyaient en l’existence de leurs ancêtres après la mort, ils les enterraient dans le creux des arbres. Ils priaient au pied de ces arbres, ils demandaient la protection, la guérison, la prospérité….pour les Maka, l’âme humaine est immortelle et la mort n’est qu’un passage qui est plutôt bénéfique dans la mesure où elle confère un statut plus important à l’individu, en ceci que cela fait de lui une sorte de dieu au nom duquel ceux qui l’ont connu ou qui ont entendu parler de ses exploits pourront faire appel à lui avant d’entreprendre quoi que ce soit afin d’avoir sa bénédiction, car ils pensent que l’âme du défunt ne quitte jamais la surface géographique physique et spirituelle d’origine, d’où leur intérêt particulier réservé à la nature, car c’est l’environnement de leurs ancêtres qui leur donne protection et guérison. Rien d’important ne pouvait être entrepris par un Maka sans qu’il ne se présente devant ces troncs d’arbre où « vivent » ses ancêtres. Pour ce peuple donc la mort n’est pas une fatalité au contraire c’est une ouverture à quelque chose de plus important et plus qu’une fin c’est le commencement dans une autre dimension pas si éloignée de celle des vivants. Les Maka vouaient donc un culte à leurs ancêtres, ils n’avaient pas de dieu à proprement parler. Cette croyance ancienne des Maka peut être rapprochée au culte des crânes chez les peuples des grassfields qui donnent une place toute aussi importante à leurs ancêtres.

                     CODE ETHIQUE, RESOLUTION DES CONFLITS ET INTERCULTURALITE
Nous présenterons les interdits (1) de la société Maka ainsi que la méthode usitée pour résoudre les conflits entre les membres de ladite société (2) puis nous ferons ressortir les valeurs partageables avec les autres ethnies (3).

         LE CODE ETHIQUE/ LES INTERDITS
Les Maka disposent d’un imposant code éthique dont nous relèverons les principaux points en rapport avec les grands moments de la vie.
         Quand un Maka perd son premier enfant, il doit l’enterrer sans vêtements, sans cercueil, de peur que tous les autres enfants ne meurent.
         La jeune fille qui n’a pas encore de seins ne doit pas manger d’oiseau de peur de n’avoir pas de lait pour allaiter ses enfants.
         La bru ne doit pas manger le poulet avec son beau-père parce que cela est synonyme de mépris et le mariage peut même être dissout
         Le gésier du poulet est mangé par le père de famille, c’est synonyme de respect
         La femme enceinte ne doit pas traverser les bosquets dans la nuit de peur d’accoucher d’un monstre.
         Elle ne doit pas toucher au cadavre sinon elle aura un mort-né.
         Elle ne doit pas manger le porc-épic sinon l’enfant aura la gâle, le chat-tigre car l’enfant n’aura pas de sexe.
         Deux femmes enceintes ne doivent pas se coucher dans le même lit car si l’une est sorcière elle peut tuer l’enfant de l’autre.
         Les femmes grosses ne doivent pas rendre visite à l’accouchée de peur que le bébé ne tombe malade ou alors l’accouchement de la femme enceinte sera difficile ou prolongée.
         Une veuve ne doit pas consommer de la chair d’éléphant car elle aura l’éléphantiasis.
         RESOLUTION DES CONFLITS
La résolution des conflits est la méthode par laquelle un dénouement est trouvé à un problème entre deux ou plusieurs individus. Lorsqu’il y a un conflit chez les Maka, le chef de famille traite le problème avec les membres de la famille excepté les femmes car elles sont dites rancunières et c’est le chef qui a le dernier mot.  C’est donc dire que s’il un problème au sein de la cellule familiale Maka, tous les membres de la famille se réunissent exceptées les femmes (si elles ne sont pas les concernées dans le conflit) pour entendre le problème, écouter ce que les deux parties ont à dire pour défendre leurs positions. Suite à cela, c’est au chef de famille que revient la lourde charge de trancher le problème en faveur de l’une ou de l’autre des parties et l’affaire était ainsi classée.
Lorsqu’il s’agissait d’un conflit qui opposait deux personnes de deux familles différentes ou plus, le conflit est pris en charge par les seuls chefs de famille. En effet, les parties en conflit ne se présentent pas devant les chefs de famille, ils délèguent plutôt des représentants appelés notables qui essayaient de faire valoir leurs intérêts devant les chefs de famille. Cette manière de procéder laisse croire à un tribunal des temps anciens à la seule différence où les parties en conflit ne participent pas à leur procès et remettent tout leur destin entre les mains de leurs avocats. Suite au plaidoyer, les juges, ici les chefs de famille se retirent et décident de la personne qui gagne le procès et le perdant est condamné à payer des dommages et intérêts au gagnant. C’était souvent des biens tels que des animaux (des chèvres le plus souvent.) et suite à ce « procès », les deux personnes ne devraient plus entrer en conflit sous peine de graves sanctions.
Nous constatons donc que dans le cas du conflit dans la famille ou du conflit entre deux ou plusieurs familles, c’est plus souvent la méthode win-lose qui est appliquée. Il faut toujours qu’il y ait un gagnant et un perdant et des dédommagements. Cette méthode laisse transparaître de toute l’importance des chefs de famille dans la société Maka, ils étaient semblables à des juges. Cependant de nos jours ils ont considérablement perdu de leur superbe et de leur prestige.

         INTERCULTURALITE
Il n’existe pas de cultures meilleures ou pires que d’autres. Dans certains contextes, chacune des cultures peut avoir l’impression de se trouver en situation de discrimination, mais si nous acceptons qu’il n’y a pas de hiérarchie entre elles, nous reconnaissons que toutes les cultures sont dignes et méritent le respect des autres, au même niveau. C’est donc dire que toute culture peut être considérée comme quelque chose de nécessaire pour toutes les autres cultures car sans le contact des cultures entre elles, aucune ne subsisterait assez longtemps. La culture Maka peut donc apporter un plus à d’autres cultures à travers le partage de ses valeurs.
         L’importance de la famille : pour les Maka, la famille est sacrée. Tous les membres d’une famille doivent s’entraider au-delà des contentieux qui pourraient exister au sein de cette cellule. Le sens de la famille demeure bien au-delà de la mort car même si l’on ne voit un membre de la famille il reste toujours un être important pour les siens et il garde toujours une place primordiale. Les Maka ont donc un sens de la famille très poussé qui pourrait être partagé avec toutes les autres cultures du monde.
         Le respect des aînés : dans la société Maka, un aîné est quelqu’un de respecté. Nous pouvons prendre le cas du chef de famille à qui est réservé certains mets auxquels personne d’autre ne doit toucher. Les enfants se doivent de respecter tout homme ou femme qui est son aîné même s’il/elle n’est pas de la même famille qu’eux.
         La protection de la nature : Les Maka vivent en rapport très étroit avec la nature, la forêt. Ils ne dévastent pas leur milieu naturel et s’accommode de la difficulté de la nature et en même temps ils profitent largement des fruits que leur apporte la nature. Dans un monde dévasté par la pollution et par le dédain pour la nature dite sauvage, ce respect qu’a le peuple Maka envers son milieu de vie est une valeur à remettre sur le devant de la scène.
         L’hospitalité : en pays Maka l’accueil est toujours très chaleureux bien qu’ils aient gardé leur réputation d’anthropophages  les Maka restent très ouverts aux hommes venus d’ailleurs qui sont accueillis avec sourire et servis généreusement lors des repas pris avec la famille.

CONCLUSION
Arrivées au terme de notre exposé, nous pouvons dire que le peuple Maka a des origines lointaines, il avait une organisation forte quoi qu’il n’ait jamais eu de chef ponctuel, il plaçait une très grande importance en ses ancêtres, il avait des traditions fortes, un code éthique fourni et des méthodes pour faire face au conflit des plus évolués. De nos jours, toute cette culture Maka est en voie de disparition. Elle n’a fait que se dégrader au fil du temps au profit d’une autre culture, celle du grand groupe Pahouin. Nous assistons impuissants à une « pahouinisation » du peuple Maka. En effet, nous sommes fortement assimilés au point où il est difficile d’opérer une réelle différence entre les Maka et les Pahouins. Nous portons les mêmes noms, nos dialectes se rapprochent et nos coutumes ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes. Tout ce qui a pu résister à cette invasion et à la mondialisation d’une manière générale, ce sont nos valeurs profondes qui ne viennent pas d’ailleurs mais qui sont parties du Soudan en même temps que ce fier peuple Maka. L’interculturalité, cette ouverture aux autres cultures a permis à la société Maka de faire des échanges avec d’autres ethnies à travers les ans au risque de se perdre elle-même. Aujourd’hui nous pouvons dire qu’il s’agit d’un peuple transformé au contact des autres cultures. La culture Maka est une culture hybride

BIBLIOGRAPHIE
GESCHIERE P., 1972- Quelques aspects de l’organisation sociale des villages Maka sur le Ndjonkol. (La zone d’Angossas, arrondissement d’Abong Mbang, Cameroun). Amsterdam. Université, Faculté des Sciences Sociales, Section d’Anthropologie, 47 p. multigr.

GESCHIERE P., 1981. « Remarques sur l’histoire des Maka » in : contribution de la recherche ethnologique à l’histoire des civilisations du Cameroun. Vol. 2. Paris, éditions du CNRS. Ghasarian C. 1996. Introduction à l’étude de la parenté. Paris, éditions du Seuil.


SOURCES ORALES
ZE S. Informateur Maka Befep du village Madouma vers Abong-Mbang.
YELEM C. Informateur Maka Befep du village Madouma vers Abong-Mbang.

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