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CHEFFERIE BAFOU A DSCHANG

Introduction
I- Bafou et de sa chefferie

A- Localisation et présentation de Bafou
1- Localisation de Bafou
2- Présentation de Bafou

B- Localisation et présentation de la chefferie Bafou
1- Localisation de la chefferie Bafou
2- Présentation de la chefferie Bafou

II- Organisation de la chefferie Bafou

A- Organisation politique
1- Les cinq grands secteurs de Bafou
2- Les quartiers de Bafou

B- Organisation judiciaire et administrative
1- Organisation judiciaire
2- Organisation administrative
a- Le chef Bafou : attributions et succession
b- Les différents conseils des notables et sous-chefs

Conclusion

Introduction
Bafou est sans doute l’une des plus grandes chefferies du Cameroun de par sa popula-tion d’environ 91.800 habitants (données de 2005). Il est non seulement la plus grande chefferie du département de la Menoua, mais aussi la seconde de l’Ouest-Cameroun après Bandjoun. Malgré cet important et immense atout, la chefferie Bafou n’est pour autant pas assez connue certainement parce qu’elle a été jusqu’ici très peu étudié. Mais, de plus en plus, les fils et filles Bafou œuvrent pour la valorisation et la vulgarisation de cette chefferie á tra-vers des manifestations tel « LEMOU » (festival Bafou qui a lieu une par an) et des sites internet á l’instar de www.dschang-online.com, www.bafou.org et www.bafou.com. Le présent chef d’œuvre sur la chefferie Bafou articulé autour de deux grands axes à savoir Bafou et sa chefferie d’une part et l’organisation de la chefferie Bafou d’autre part nous permettra de plonger au cœur de la tradition Bafou afin de la découvrir et de la comprendre.

I- Bafou et sa chefferie
A- Localisation et présentation du village Bafou
1- Localisation de Bafou (carte 1)
Bafou est un village de l’arrondissement de Nkong-ni dans le département de la Menoua, Région de l’Ouest-Cameroun. Il est limitrophe à huit villages dont Bamock au Nord, Fongo-Tongo au Nord-ouest, Foto au Sud-ouest, Fotemena et Fokoue au Sud, Bamendou au Sud-est, Balevend á l’Est et Bangang au Nord-est.

2- Présentation de Bafou
Bafou a une forme très allongée á peu près quatre fois longue que large. Il mesure environ 40 km de long contre 10 km de large et couvre une superficie de 360 km². Bafou connaît l’une des plus fortes densités de la Région de l’Ouest qui se situe autour de 255 habitants/km². Son climat est plutôt doux, mais frais dans sa partie Nord (NDZIIH). On compte principalement cinq sommets à Bafou :
- Lekouet (montagne) Lilieue, sur le prolongement des Monts Bamboutos, sur le quartier NDZIIH et renfermant une partie de la réserve forestière.
- Lekouet Sessa, réserve de pierres, de la chaume, propice á l’élevage des moutons et abritant le dieu MEBOUDEM.
- Lekouet Pookang, surplombant le quartier Ntsing-Lah et servant de pâturage pour les moutons et les chèvres.
- Lekouet Mejio, lieu choisi pour l’installation des pilonnes téléphoniques.
- Lekouet Doumbouo, dégageant un vaste plateau pouvant servir d’aérodrome et forme la limite avec Fotemena.
- D’autres petits sommets existants et innomés.
On y dénombre également de nombreux marchés périodiques dont les plus importants sont Sa’a Fouh (marché de la chefferie) et Sa’a Meya qui est l’un des plus important du département de la Menoua. Notons aussi que Bafou dispose d’un hymne intitulé « AH ZO’OB FOO’OU » signifiant le chant de Bafou et d’un emblème (cf. support à la fin). Les principales cultures de Bafou sont le mais, le macabo, le haricot et les pommes de terre.
Enfin, sur le plan de l’éducation, Bafou est la terre d’accueil de plus de 83 écoles primaires privées comme publiques, 5 établissements d’enseignement secondaires au rang desquels le lycée de Bafou et le collège St Laurent, l’un des plus ancien du département.

B- Localisation et présentation de la chefferie Bafou
1- Localisation de la chefferie Bafou
La chefferie se situe au cœur historique de Bafou à TSINFOU dans la partie Sud de Bafou. Elle est précisément au quartier MBENG á quelques kilomètres de l’axe reliant Bafoussam à Dschang.

2- Présentation de la chefferie Bafou
Le siège de la chefferie supérieure Bafou est la capitale du village et du quartier FIALA. Chez les Bafou, la chefferie est appelée ANOH ou NOH. Ce nom ne s’applique qu’au siège de la chefferie supérieure tandis que les sous-chefferies ou domiciles des notables sont appelés MA’A.
Du devant á l’arrière de la chefferie, nous rencontrons : AZAH (MIA AZAH) ou place du marché ; AZAH LEKANG ; KEOH AZAH ou salle de réunion ; ATETAH LEWUETH ou cour du deuil ; KEOH TETAH NGUIA NOH ou palais et ses dépendances et enfin la forêt dense. A gauche du palais, se trouvent les cases des femmes du chef. La première case de la chefferie abrite les cranes des neuf premiers chefs Bafou. Cette case est très importante parce que c’est là où un nouveau chef est intronisé par l’ensemble du conseil des neuf (nous y reviendrons) siégeant au grand complet devant un grand feu allumé pour la circonstance.

NOMS DES DIFFERENTS CHEFS BAFOU DEPUIS L'ORIGINE JUSQU'A NOS JOURS

DJEUMETOTCHOU
DJEUZONTEU
DJEUMEZAZONG
LEPACZAK
GHEOPOUOH
DJEUZONTSOUH
DJEUZACKEU
POUOHZONG
MVENLETHEU
MBOUPTI
ZEBAZE dit FOZAP
DAPTCHOU
NTO’OTANG
TAKONGMO dit TCHOUNLEPAP
KANA 1er dit NKONGLAH
NGOUADJEU JEAN
FO’O-NDONG Dr. Paul KANA II dit NDEUEH
FO’O-NDONG Victor KANA III

II- Organisation de la chefferie Bafou

A- Organisation politique
En application du décret Nº 77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles au Cameroun, de l’arrêté Nº 019/CAB/PM du 7 février 1981 déterminant les chefferies traditionnelles du premier degré, Bafou a été classé comme chefferie de premier degré. Elle est divisée en secteurs á l’intérieur desquels, on a des quartiers.

1- les cinq grands secteurs de Bafou
Ces secteurs d’importance inégale sont directement rattachés á la chefferie et commandés par le chef sans aucun intermédiaire.
- LATSUET, c’est le secteur le plus étendu et le plus peuplé avec 29.000 habitants
- NTSINGFOU, sur lequel est placé une grande partie de la chefferie, est le deuxième secteur en terme de population (27.000 habitants).
- SESSA, avec ses 16.000 habitants est un secteur moyen
- MBENG, se classe avant dernier avec 13.000 habitants. Cependant, non seulement c’est là où se trouve l’autre partie la chefferie, mais aussi, il a accouché une multitude des chefs, notables et sous-chefs
- NDZINKOP, la plus petit en superficie et en population avec 6.800 habitants.

2- les quartiers de Bafou
Ils étaient au nombre de 110 en 2005 et repartis dans les grands secteurs précités. Cinq d’entre eux dont Koho, Kamezou, Tsingla, Ndziefend et Wowoah ont ceci de par-ticulier que ce fut des territoires autonomes, puis conquis entre le XVIIIº et le XIXº siècle par le chef FOZAP dont la statue associée á celle de son femme est aujourd’hui l’emblème du peuple Bafou et le chef TCHOUNLEPAP.
A la tête de chaque quartier sont nommées des notables et sous-chefs ayant le même pouvoir et tous soumis au chef. Ces notables et sous-chefs sont différents du reste de la population de part l’anneau qu’ils portent et la place qu’ils occupent dans les cérémonies. Ils se doivent cependant de fréquenter certaines sociétés secrètes de la chefferie.

B- Organisation judiciaire et administrative
1- Organisation judiciaire
Du point de vue judiciaire, la chefferie Bafou est très organisée. Les notables et sous-chefs sont des juges de premier ressort et le chef ne juge qu’en appel et dernier ressort et son jugement n’est pas susceptible de recours. Cependant, il est rare de voir le chef juger directement une affaire si ce n’est un cas d’incompatibilité d’humeur entre le chef de famille ou de quartier et le plaignant ou l’accusé.

2- Organisation administrative
a- le chef Bafou : attributions et succession
A Bafou, le chef gouverne seul sans adjoint, il exerce un pouvoir absolu et divin sur ses sujets et cumule a lui seul tous les portes feuilles (intérieur, armée, justice, affaires étrangères, éducation…). Il est le garant de toute la communauté et de son propre quartier FIALA composé essentiellement des serviteurs. De part son nombre important de femmes et d’enfants, le chef a la famille la plus élargie du village. L’autorité du chef s’impose á tous les Bafou sans exception et sur toute l’étendue du territoire.
Le décès du chef constitue un deuil dans tout le village. Cependant sa mort n’est jamais directement annoncée ni á la population, ni même á ses femmes et enfants, mais on dit plutôt qu’il est malade et de ce fait, il est enterrer par les NGUA-NDZE á l’insu de tous. Apres l’enterrement, les notables et sous-chefs sont convoqués á la chefferie pour l’annonce du deuil qui est aussitôt rendu publique. L’ouverture du deuil se fait dans la cour du deuil en battant un mouton (autrefois, c’étaient un esclave qui était battus).
Le nouveau chef est arrêté en secret parmi les enfants du défunt chef par les serviteurs sous la désignation du conseil des neuf et est immédiatement déféré au NGUIA-KEM ou LA’A-KEM (endroit spécialement aménagé pour la circonstance). Il y restera pendant neuf semaines et sera gardé par les NWEN-LAH (police ou gardes), après ce temps, il est conduit au palais et on lui donne alors le nom de MENKEM, le même titre que les notables et sous-chefs. Plutard, dès qu’il aura un enfant, il accédera pur toujours au titre de M O’O que seul le chef porte.
Après l’arrestation du nouveau chef, intervient celle du TSUETE et d’ASSAAH qui n’ont aucun pouvoir devant le nouveau chef, mais constituent plutôt une sorte de démonstration de la richesse du défunt chef à ses voisins de par l’héritage qu’ils reçoivent.
Du coté des veuves, on assiste à la coupure de leur colliers « NTEU-KOP-NFOC » dans la salle de réunion dite NGUIA-LEMOU. Cette coupure est une sorte de rupture avec l’ancien chef et constitue dés lors leur mise á disposition du nouveau chef. Elles y passeront aussi neuf semaines à même le sol sans se laver. Parmi elles, une ou deux appelée(s) MEDZUKEM (femmes du nouveau chef) seront prises et emmenées au nouveau chef a NGUIA-KEM. Parfois, c’est une jeune NDZUKEM (jeune fille vierge) qui est prise dans les environs.
Apres ces neuf semaines, et toujours le NGHANG (le jour de repos dans le calendrier traditionnelle), les veuves, le TSUETE, le ASAAH et le nouveau chef sortent et ce dernier est alors publiquement présenté aux villageois. Cette sortie qui est un jour de fête dans tout le village constitue aussi la fin du deuil.

b- les différents conseils des notables
Les conseils des notables ont pour principaux rôles d’aider le chef dans l’exercice de son pouvoir. Ils sont au nombre de quatre.
- Les MEKEM LEVOUOH (conseil des neuf) : à l’origine, ce sont les tous premiers fondateurs de Bafou avec le chef DJEUMETOTCHOU. Il est présidé par le chef lui-même et c’est eux qui procèdent á l’arrestation, l’intronisation et á la validation du nouveau chef. Ils sont consultés avant la prise des grandes décisions. Après autorisation du chef, ils procèdent à la nomination des autres notables et sous-chefs. Certains parmi eux jouent aussi le rôle de chef de quartier.
- Les MEKEM SAABIA (conseil des sept) : ils sont aussi à l’origine des co-fondateurs mais de second rang. Ils ne sont réunis par le chef que lorsqu’il a besoin de leur avis sur un problème donné et ne sont forcement pas des chefs de quartiers. Ils assistent aussi les MEKEM LEVOUOH dans la nomination des autres notables de rang inferieur et sous-chefs.
- Les MO’O FO’O (pères du chef): ce conseil est constitué des personnes importantes de la chefferie et sont très souvent des conseillers du chef. Certains d’entre eux ont une grande influence sur le chef. Ils sont environ une dizaine et ont chacun un rôle précis dans la société de la chefferie. Parmi eux, on rencontre aussi des gardes du chef qui en toute circonstance dans les cérémonies, rien ni personne ne doit s’intercaler entre le chef et eux. Ils se réunissent avec le chef et débattent de l’organisation de la chefferie, du village et aussi de l’évolution des mœurs.
- Le conseil des notables et sous-chefs : celui-ci regroupe tous les autres notables et sous-chefs qui sont des responsables administratifs des quartiers. Ils se réunissent sur convocation du chef, débattent des problèmes soumis et tient le chef informer de l’état général des quartiers. Ceux-ci sont généralement choisis parmi l’élite du village et autres personnalités qui se sont distingués par leurs actes dans le village. Entant en relation directe avec les populations, ils sont nommés chefs de 3e degré par l’autorité administrative sur proposition du chef. Certains de ces sous-chefs bénéficient d’un égard particulier à cause de leurs liens de parenté avec la chefferie. C’est le cas de KEMLEPIA, KEMVOUFO etc.

Conclusion
Au terme de cet exercice qui nous a permis de localiser et présenter le groupement Bafou, sa chefferie et d’étudier son organisation tant sur le plan politique, judiciaire que ad-ministratif, nous pouvons dire sans risque de nous tromper que de part son organisation bien hiérarchisée et respectée, la chefferie Bafou se taille une place importante dans l’échiquier des chefferies nationales et mérite d’être étudiée car Bafou semble être un Etat dans un Etat. Sans prétendre avoir élucidé toute la chefferie Bafou, nous osons espérer que ce travail a permis une meilleure connaissance non seulement de Bafou, mais aussi du département de la Menoua.

Référence :
- La chefferie Bafou des origines á nos jours, FO’O-NDONG KANA II, Docteur en Médecine (á titre posthume), publié en 2005 par son fils FO’O-NDONG KANA III
- Bafou, une grande chefferie de l’OUEST-CAMEROUN par un groupe de professeurs d’universités et de lycée en 1990 à l’édition CEPER.
- La chefferie traditionnelle au Cameroun : ambigüités juridiques et dérives politiques, Charles NACH MBACK

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