Sunday, June 12, 2011

LES INDICATEURS DU SOUS-DEVELOPPEMENT

INTRODUCTION


Le terme de sous-développement est apparu, il y a vingt ans environ sous la plume d'économistes. En dépit des ambiguïtés qui l'entourent et peut-être même à cause de ces ambiguïtés, il a eu le succès que l'on sait. "Sous-développement" est devenu une expression à la mode. Parce il recouvre un ensemble de problèmes dont on a peu à peu découvert ampleur et la gravité. Le mot sous-développement est souvent utilisé pour donner du poids à des propos qui traitent de questions plus ou moins secondaires. Par une sorte de manie inflationniste, on en est venu à appeler sous-développement n'importe quelle insuffisance ou n'importe quelle inadaptation.
Cependant pour ce qui est des économistes, l'apparition du terme sous développement a néanmoins marquée incontestablement le début un grand tournant. En commençant à se pencher il y a 20 ans, sur les problèmes des "pays sous-développés", les économistes ont progressivement découvert des réalités qui ne pouvaient trouver place dans les schémas théoriques de "l'économie classique". Devenues nettement moins partielles et abstraites les théories de l'économie sur les questions du sous développement se sont rapprochées du point de vue des sciences humaines et en particulier de la géographie. La géographie peut se définir comme la science de la localisation, et de ce fait, elle permet une étude localisée des pays. Le Cameroun, pays d'Afrique Centrale situé au dessous du 37eme parallèle est le cadre d'analyse de notre exposé. Le Cameroun se caractérisé par une grande diversité sur le plan de la topographie de son territoire, de son climat et de sa végétation. Diversité qui lui value le nom d'Afrique en miniature. Un indicateur du sous développement est un ensemble d'éléments touchant les aspects aussi bien sociologiques que politiques et économiques d'un pays particulier, et qui feront que ce pays sera classé sous développé ou pas.
Dans le cadre de notre travail, il s'agit d'analyser les indicateurs du sous développement au Cameroun. Cette analyse se fera en deux grandes parties à savoir: une définition de la notion de sous développement en elle même et des éléments qui la constitue (I), ensuite, nous procéderons à une analyse des indicateurs du sous développement et des réalités du sous développement au Cameroun (II).


ETUDE GEOGRAPHIQUE DU SOUS DEVELOPPEMENT

Plusieurs points seront ici abordés à savoir :
- définition de la notion du sous- développement
- critères et indicateurs classiques du sous- développement
- les réalités du sous- développement

I- LA NOTION DU SOUS-DEVELOPPEMENT : ELEMENTS DE DEFINITION :

• Definitions du sous–développement

• Le sous-développement correspond selon les Nations Unies à la ‘’ non ‘’ exploitation optimale de toutes les ressources économiques et humaines disponibles sur un territoire ou à une accumulation insuffisante du capital. Cette définition bien qu’intéressante présente des insuffisances car l’optimum idéal de mise en valeur des ressources n’a aucune réalité scientifique acceptable. Elle renvoie à d’autres expériences d’exploitation, au monde industriel et développé.
• Le sous-développement est défini comme un retard par comparaison avec les pays qui ont atteint un stade plus avancé de production, de consommation et d’organisation. Le développement est donc conçu comme une course, un processus de rattrapage qui passe nécessairement selon ROSTOW par chacun des 5 phases suivantes : « la société traditionnelle », « les conditions préalables du décollage », « le décollage », « le progrès vers la maturité » et « l’ère de consommation de masse ». Dans ce contexte, les pays en voie de développement seraient dans des situations comparables à celles des nations industrielles d’il y a quelques décennies.

P. Bairoch estime que le niveau d’industrialisation des pays asiatiques s’apparente à celui de 1760-1780 pour l’Angleterre, 1800 pour la France et les Etats-Unis. Cette conception du sous-développement est très critiquée. Le développement n’est pas une course au progrès économique et social. Pour François Perroux, ce qui sépare pays développés et pays sous développés n’est pas tellement une différence de niveau, de degré, mais de structure et de nature. Celso Furtado abonde dans le même sens en écrivant que le sous développement est un processus historique autonome et non pas une étape par laquelle seraient nécessairement passées les économies ayant atteint un degré supérieur de développement. Il doit être considéré comme un phénomène contemporain du développement, conséquence de la manière dont la révolution industrielle s’est déroulée jusqu’ à nos jours.
Le sous-développement est alors conçu comme un phénomène historique et structurel caractérisé par le blocage et la désarticulation des secteurs économiques, dû à la domination exercée par les pays développés impérialistes (thèse marxiste).
Le sous-développement est une notion complexe qui doit être abordée de façon globale comme le souligne YVES Lacoste. Le sous-développement est un phénomène global, une situation éminemment complexe ; dans chaque territoire, il se manifeste par une imbrication des symptômes économiques, sociologiques et démographiques et il procède d’une combinaison de facteurs imbriqués les uns aux autres (pour bien l’appréhender, il est important de prendre en compte tous les éléments qui concourent à l’organisation d’une société, économique, sociologique, psychologique, politique etc.)


II- LES INDICATEURS DU SOUS DEVELOPPEMENT

• Considérations générales
Malgré l’abondance de la littérature, il n’existe aucune définition synthétique du sous-développement qui soit scientifiquement acceptable par tous. Il semble que l’on ait l’embarras du choix des indicateurs. Par exemple, si l’on fait appel à l’histoire les pays sous développés ou en voie de développement apparaissent comme ceux ayant subi la colonisation, pourtant il y a des exceptions comme l’Ethiopie et le Libéria en Afrique.
• Au plan de l’économie, les pays sous-développés apparaissent comme des pays exportateurs de matières premières minérales (Pétrole), végétales (Café, Cacao) ou animales. Or la réalité est que l’industrialisation est amorcée dans certains pays en voie de développement à tel point que les pays industrialisés en sont réduits à prendre des mesures de protection douanière, ou de contingentement Ex: Chine, Corée du sud, Taiwan, Brésil, Singapour etc.
• Au plan géographique l’habitude veut que l’on considère les pays en voie de développement comme étant les pays du Sud. Or à l’intérieur de ce groupe, il y a des pays situés dans l’hémisphère nord, mais classés parmi les pays les plus défavorisés : Ex. des pays d’Afrique subsaharienne situés au nord de l’équateur : Mali, Burkina, Niger, Tchad, Sénégal, Côte d’Ivoire ; par contre les pays comme la Nouvelle Zélande ou l’Australie qui sont des pays industrialisés sont situés dans l’Hémisphère sud ;
• Au plan démographique, certains auteurs tels que Yves LACOSTE pensent avoir trouvé le discriminant fondamental; ils considèrent comme pays sous-développés, tous ceux qui n’ont pas réalisé leur transition démographique c’est-à-dire l’ensemble des pays à forte croissance démographique. Or en Asie du Sud-est des pays comme la Chine, en Afrique d’autres comme la Réunion ont des taux de croissance démographique inférieurs au seuil 1% par an pris comme limite par Yves Lacoste.
• Au plan des ressources, les pays sous-développés sont considérés comme les pays pauvres or le PNB par habitant de certains pays en voie de développement est de loin supérieur à la moyenne des pays développés.
• Au plan de la science, beaucoup d’auteurs pensent que l’absence de science et de technologie est le principal critère du sous-développement. Or des pays comme la Chine, l’Inde, le
Pakistan, le Brésil, la Corée du Sud et l’Afrique du Sud sont à la pointe du progrès technologique dans le monde.
• Au plan de la race, il faut écarter le fait qui veut que la couleur de peau soit en rapport avec le niveau du développement (notion de race dominante, race inférieure, race maudite).

Synthèse : Origine du Concept d’Indicateurs du Sous-développement.
Au total c’est la diversité qui domine dans les pays en voie de développement. Pour les caractériser il faut recourir à un ensemble de critères (indicateurs). Approche multicritère ≠ approche monocritère.

• Les Indicateurs et réalités du sous-développement :
• Les Indicateurs du sous développement
Les diverses tentatives de définition du sous-développement se fondent sur un catalogue de caractéristiques communes à la plupart des pays du tiers-monde. Alfred Sauvy retient dix critères ; Jean Marie Albertini se réfère quant à lui une dizaine d’indicateurs d’ordre démographique, social et économique. Yves Lacoste propose une liste de 14 indicateurs pour définir le sous-développement.
• Les indicateurs d’ordre démographique
sont considérés comme pays sous- développés les pays ayant les caractéristiques suivantes :
- valeurs élevées des taux de natalité, de fécondité, de mortalité infantile ;
- faible espérance de vie ;
- extrême jeunesse de la population ;
- et fort pourcentage d’inactifs.
• Les indicateurs touchant les faits de consommation
- pays caractérisés par la sous-consommation : une alimentation insuffisante en volume et en qualité ;
- une faiblesse de la consommation moyenne d’énergie, de biens et services.
• Indicateurs concernant les faits de production et d’organisation.
- pays caractérisés par la prédominance ou une grande importance du secteur primaire, minier et surtout agricole ;
- une exiguïté du secteur industriel, une hypertrophie du secteur tertiaire ;
- une désarticulation, des structures économiques ;
- une sous-production générale avec des techniques archaïques, de faibles rendements, une exportation prépondérante de matières premières, une faible accumulation de capital et de l’investissement productif, une place importante du secteur informel.
• Indicateurs d’ordre sociologique
- les pays sous-développés se caractérisent en général par la faiblesse des revenus ; moyens par habitants, la faiblesse du niveau de vie ;
- des inégalités sociales flagrantes ;
- l’étroitesse de la classe moyenne ;
- l’ampleur du chômage et du sous-emploi ;
- le travail précoce des enfants ;
- les inégalités liées au genre : infériorisation et assujettissement de la femme ;
- taux d’analphabétisme élevé ;
- carence de l’assistance sociale.
• Indicateurs d’ordre politique
- fréquence jusqu’à ces dernières années de régimes autoritaires ;
- subordination économique et diplomatique ;
- mauvaise gouvernance.
• Indicateurs d’ordre spatial
- pays caractérisés par des territoires nationaux mal intégrés ;
- par la faiblesse des infrastructures de communication et des circuits économiques ;
- par de fortes disparités régionales ;
- une excessive concentration humaine et économique dans les grandes villes (généralement les capitales).
Ces critères qui insistent sur les caractéristiques communes à la plupart des pays sous développés ont tendance à donner du tiers monde une image uniforme et homogène. En réalité le tiers monde est extrêmement diversifié en raison de l’extrême diversité des civilisations, des héritages historiques, des ressources, des choix économiques et des options politiques. Cette diversité a fait dire à certains experts que le concept de tiers monde est obsolète, démodé. Par conséquent ce concept doit être abandonné au complètement revisité ; car il n’existerait pas un Tiers Monde, mais des tiers monde. S Brunel (1992) pense au contraire que « Si le tiers-monde en tant qu’entité politique est mort, le sous-développement reste, lui une réalité lancinante qui continue d’agresser les consciences »

• Les Réalités du sous développement : Cas du Cameroun.
Les réalités ou manifestations du sous-développement sont variées, complexes et très corrélées les unes aux autres. Elles sont de plusieurs ordres : démographique économique, social.
• L’explosion démographique
La population mondiale s’accroît à un rythme accéléré depuis le milieu de 20e siècle. Elle est passée de 2,5 milliards en 1950, à 4 milliards en 1980 et à 5,6 milliards en1994, à 6 milliards
en 1999. Elle atteindra 7, 4 milliards en 2015 et prés de 10 milliards en 2050.
Le taux d’accroissement annuel, de l’ordre 1,6% par an, entraîne une augmentation en moyenne de 90 millions de personnes par an. Cette forte croissance est essentiellement le fait des pays du tiers monde car la population des pays du Nord ne croit que très lentement depuis plusieurs décennies.
La poussée démographique des pays pauvres a donné lieu à une littérature apocalyptique évoquant selon les auteurs : l’explosion démographique ou la bombe P (P pour la population) ‘’inflation ou raz de ‘’marée ‘’ démographique.
Si la population des pays développés double en un siècle et demi, celle des pays en développement double tous les 34 ans et celle de l’Afrique qui détient le record mondial du taux d’accroissement (2,2 % actuellement) est multiplié par deux tous le 23 ans.Le cas du Cameroun est symptomatique: si en 1987 la population était estimée à environ 9.000.000 neuf millions d'habitants, en 2007 c'est à dire vingt ans plus tard, elle est estimée à environ 19. 521.645 millions d'habitants soit plus du double en l'espace de vingt ans.

• La crise urbaine

Une urbanisation accélérée
L’explosion démographique entraîne une urbanisation rapide dans les pays en voie de développement. Le phénomène bien que récent se déroule à un rythme effréné depuis 30 ans.

Tableau 1 : Evolution du taux d’urbanisation par continents

1950 1960 1970 1980 1990 2000

Europe 52,2 57,3 64,7 69,6 74,3 78,7

Amérique du Nord 63,6 69,7 74,2 78,8 82,9 86,4

Océanie 61,6 65,6 70,2 73,1 75,8 78,2

Amérique du Sud 40,5 48,4 56,9 63,8 69,7 74,8

Asie 15,7 20,2 24,8 29,0 33,6 39,1

Afrique 13,5 17,8 22,2 27,1 32,5 37,7


L’importance du rythme de croissance et les volumes de population dans les villes a fait parler d’explosion urbaine dans le tiers-monde. Cette urbanisation galopante correspond d’abord à un phénomène de rattrapage du retard accumulé. On remarque que les taux de croissance urbaine les plus élevés s’observent dans les pays les moins urbanisé. Des taux annuels moyens de l’ordre de 7 à 10% ont été enregistrés entre 1960-1980 principalement Afrique Noire
Dans le cas du Cameroun, le taux d'urbanisation ou de la population vivant dans les villes était de 56% en 2008.
Les principales causes de ce déferlement urbain sont l’exode rural, les migrations et l’accroissement naturel élevés des villes.

Des bases économiques urbaines fragiles.
Les villes du tiers monde et celles du Cameroun en particulier abritent très peu d’activités économiques structurantes. « A la base du processus d’urbanisation, on ne trouve pas le passage d’une économie agraire à une économie industrielle, mais une augmentation en flèche du secteur tertiaire (5,0% au Cameroun au cours de l'année 2008), avec une faible croissance du secteur secondaire dont l’essentiel revient à l’industrie de construction (0,1% au Cameroun au cours de l'année 2008). Le deuxième trait de l’urbanisation dépendante est la constitution de grandes concentrations de population sans développement équivalent de la capacité productive, à partir de l’exode rural et sans assimilation des migrants dans le système économique des villes » (M CASTELLS).
Cette forme d’urbanisation dépendante a été qualifiée par Milton Santos d’urbanisation démographique par opposition à l’urbanisation technologique dans les pays développés.

Des distorsions profondes au niveau socio économique
La ville au Cameroun reflètent les distorsions et les contradictions profondes du système socio-économique. Celles-ci se projettent sur l’espace urbaine qu’elles segmentent en un certain nombre de secteurs fortement contrastés.
Il n’existe pas de scission très nette entre la ville et la campagne. Très souvent la campagne interfère dans la ville avec laquelle elle entretient des relations étroites. La survivance fréquente d’activités agricoles dans la ville ou à sa périphérie traduit cette intégration de la campagne dans la ville (élevage avec des troupeaux de boeufs en pleine ville, agriculture intra urbaine).
L’autre fait marquant de la réalité de la ville au Cameroun est l’existence à côté d’un secteur moderne atrophié (9,1% des emplois en 2008 au Cameroun), d’un secteur informel en pleine expansion (23,1% des emplois en 2008). Le secteur des petits métiers fait vivre une masse de plus en plus importante de population urbaine qui n’a aucune possibilité d’accéder aux emplois modernes.
Les inégalités sociales et économiques sont flagrantes dans la ville au Cameroun. La misère la plus indescriptible côtoie l’opulence inimaginable. Les inégalités sociales se reflètent dans la ségrégation spatiale de l’habitat. Des quartiers populeux, pauvres se développent partout et s’opposent aux paysages des quartiers résidentiels de haut standing. Les villes du tiers-monde se « « bidonvillisent » » d’année en année. Aujourd’hui les principaux « architectes» de la ville au Cameroun sont les familles pauvres qui construisent leur propre logement (MOKOLO; BRIQUETRIE, etc).

• Une agriculture dualiste
Les pays du tiers monde sont à prépondérance agricole. Le secteur agricole occupe plus de 50% de la population active (dans le cas du Cameroun 60,6% de la population active). Mais ses résultats s’avèrent dans l’ensemble insuffisants au regard des besoins alimentaires d’une population à forte croissance. Le système agricole oppose deux secteurs : une agriculture traditionnelle dominée par l’autoconsommation et une agriculture industrielle. Destinée à l’exportation.

L’agriculture vivrière traditionnelle
Au Cameroun, l’agriculture traditionnelle à pour objectif presque unique la satisfaction des besoins alimentaires des ménages. La partie échangée par l’intermédiaire des marchés ne représente qu’environ 10% de la production des ménages. Cette agriculture se caractérise par des rendements encore bas, et, est de moins en moins capable de satisfaire les besoins alimentaires des citadins. Cette agriculture traditionnelle est souvent confrontée aux exportations à très bas prix des prix des produits alimentaires des pays développés (Blé, produits laitiers) qui répresentent 7,1% des importations à raison de 4,4% pour le riz et 2,9% pour le blé et froment.

L’agriculture industrielle et l’exportation
Au Cameroun, l’agriculture industrielle à un certain nombre de traits fondamentaux qui la distinguent de l’agriculture traditionnelle. Elle est exogène et caractérisée par le paysage de grandes plantations: La SOCAPALM, la CDC ( qui est d'ailleurs le plus grand employeur au Cameroun après l'Etat du Cameroun)
La plantation est une entreprise rurale dont l’objectif est de réaliser le maximum des profits par l’approvisionnement des marchés extérieurs en denrées ‘’coloniales’’. Elle se caractérise par :
- la monoculture sur de grands espaces (comme la banane plantain ou le thé)
- une production scientifiquement avancée ;
- le paysage agraire géométrique marqué par la présence d’un habitat hiérarchisé;
- l’implantation d’une industrie de première transformation un milieu rural ;
- une forte sensibilité aux fluctuations du marché et des termes de l’échange.
Le développement de l’économie de plantation a la plus souvent entraîné une concentration foncière au profit de quelques oligarchies associées, le plus souvent aux capitaux étrangers et qui exploitent une foule d’ouvriers agricoles misérables.
Le partage de ces grands domaines est devenu progressivement une exigence de justice aussi bien pour les partis politiques populistes que pour l’église. Cela a conduit souvent à des réformes agraires.

Les reformes agraires
Les reformes agraires visent deux objectifs
- supprimer les injustices sociales en transformant la répartition de propriété et les modes de tenure des terres : rendre la terre à ceux qui la travaillent ;
- mettre en place l’outil capable de favoriser la modernisation agricole afin d’élever le niveau de vie du paysans et favoriser le développement agricole ;
- de très nombreuses réformes agraires ont été engagées depuis cinq ou six décennies au Cameroun: on peut citer entre autre le projet de Nkondjock.

La révolution verte
La révolution verte est une nouvelle révolution agricole dans les pays du tiers monde au 20ème siècle. Elle a pour objectif principal de faire disparaître les disettes est mettre fin malnutrition qui touche plus de 800 millions d’habitants.
Lancée par les grandes fondations américaines, la révolution verte est fondée sur la diffusion de semences sélectionnées de céréales, à haut rendement (blé, maïs, riz) dans les pays en voie de développement. A l’origine, ce sont les fondations FORD et ROCKEFELLER qui ont créé et soutenu financièrement des instituts de recherche agronomique dans les pays en voie de développement. Au Cameroun, dans la perspective d'une revolution verte, l'Institut de Recherche Agronomique (IRAD) a vu le jour.
La révolution verte comporte néanmoins des aspects négatifs. Elle est lourdement dépendante de la recherche agronomique et des possibilités d’accès au crédit pour acquérir les instants ; c’est pourquoi, du point de vu du foncier, elle s’est traduite par la promotion et le renforcement de la grande exploitation et par le renvoi des petits fermiers dont les terres ont été reprises par les grands propriétaires. La révolution verte a eu aussi pour conséquence, l’aggravation du chômage en milieu rural, du fait du développement du machinisme agricole.
Enfin la révolution verte entraîne l’endettement des propriétaires terriens et une dépendance absolue vis-à-vis de l’énergie fossile (hydrocarbure). Le riz miracle enrichit les riches et appauvrit les pauvres (Conséquences toutes les innovations en milieu rural comportent des risques qu’il faut considérer).

• Une industrialisation embryonnaire
Le retard industriel
Malgré une croissance industrielle rapide depuis au moins trois décennies, les pays en voie de développement se caractérisent en général par le retard industriel.
L’industrie du Tiers-monde joue un rôle marginal à l’échelle mondiale. L’industrie du Tiers monde prise au sens large (industrie extractive, industrie de transformation ou manufacturière, Travaux Publics etc.…) représente environ le ¼ de la production mondiale.
Dans le cas du Cameroun, la part de l’industrie dans la formation du PIB représente 19,5%.
Le retard industriel se traduit par le faible pourcentage des populations actives employées dans le secteur secondaire soit environ 9,1% de la population active.

Une structure industrielle très déséquilibrée
La structure industrielle est caractérisée par un profond déséquilibre par branche d’activité. Les industries extractives sont prépondérantes.
Ces industries extractives ont généralement des besoins en capitaux très élevés et conduisent le plus souvent à l’implantation de multinationales très puissantes. Elles sont le plus souvent porteuses de dette davantage que de revenus dans les Pays en voie de développement.
Les industries manufacturières sont insuffisamment développées. L’agro-industrie et l’industrie agro-alimentaire dominent cette branche, soit environ 50% du total des industries de la branche.
Les industries lourdes (aciéries, industries chimiques, industrie de la patte à papier, industries automobiles) considérées comme les industries industrialisantes parce que favorisant le développement d’autres entreprises industrielles qui travaillent pour elles, sont sous représentées, au Cameroun, on ne considère que Alucam/alcan comme seule industrie lourde.



Le retard technologique
L’accès à la technologie avancée est difficile pour le Tiers-monde et le Cameroun en particulier, le transfert de technologie des pays développés vers les pays du Tiers- monde étant encore très limité, et les sociétés transnationales vendent cher les brevets.

- L’étroitesse des marchés
Le Cameroun n'étant pas un pays très peuplés comme la Chine, l’Inde et le Brésil qui bénéficie d’un marché intérieur non négligeable, son développement industriel est limité par l’étroitesse du marché. La faiblesse du marché intérieur explique la faible présence des industries de biens d’équipements. La structure industrielle est de ce fait dominée par des industries de moyenne importance : industries alimentaires, industries de l’habillement, bâtiment…

-Le protectionnisme
La plupart des produits du Tiers-monde, et du Cameroun ne sont pas encore compétitifs sur les marchés des pays développés. D’ailleurs l’accès à ces marchés est hypothétique malgré tous les accords commerciaux, à cause du protectionnisme (contingentement des exportations, existence de nombreuses barrières tarifaires et non tarifaires).


• Le Sous développement au Cameroun fonction de l’Inégalité des échanges : ses origines et ses manifestations actuelles

Nature et diversité des produits échangés
En général les pays du Tiers-monde exportent des produits bruts (matières premières agricoles et minières) et importent des produits manufacturés. La structure du commerce extérieur du Cameroun est dominée par les exportations et les importations suivantes :



Tableau 2: produits importé et exportés par le Cameroun.

Principaux produits exportés
(% des exportations) 2006
Huiles brutes de pétrole ou de minéraux bitumineux Huiles brutes de pétrole ou de minéraux bitumineux
49,8%
Huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux ...Huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux (autres que les huiles brutes); préparations n.d.a. contenant en poids 70% d'huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux et dont ces huiles constituent l'élément de base; déchets d'huiles contenant principalement des huiles de pétrole ou de minéraux bitumineux
11,8%
Bois sciés ou désossés longitudinalement, tranchés...Bois sciés ou désossés longitudinalement, tranchés ou déroulés, même rabotés, poncés ou collés par assemblage en bout, d'une épaisseur 6 mm
9,5%
Cacao en fèves et brisures de fèves, bruts ou torr...Cacao en fèves et brisures de fèves, bruts ou torréfiés
6,2%
Aluminium sous forme brute Aluminium sous forme brute
4,2%

Principaux produits importés
(% des importations) 2006
Huiles brutes de pétrole ou de minéraux bitumineux Huiles brutes de pétrole ou de minéraux bitumineux
29,4%
riz 4,4%
Froment [blé] et méteil Froment [blé] et méteil
2,9%
Médicaments (à l'exclu. des produits du n° 3002,...Médicaments (à l'exclu. des produits du n° 3002, 3005 ou 3006) constitués par des produits mélangés ou non mélangés, préparés à des fins thérapeutiques ou prophylactiques, présentés sous forme de doses [y.c. ceux destinés à être administrés par voie percutanée] ou conditionnés pour la vente au détail
2,7%
Poissons, comestibles, congelés (à l'exclu. des...Poissons, comestibles, congelés (à l'exclu. des filets de poissons et autres chairs de poissons du n° 0304)
2,4%


Orientation géographique des échanges
Les échanges commerciaux du Camerou se font essentiellement avec les pays développés. Les relations commerciales entre les PVD sont faibles, ces pays fabricant généralement les mêmes produits.


Tableau 3: Listes de principaux clients et fournisseurs du Cameroun.

Principaux clients
(% des exportations) 2006
Espagne 25,9%
Italie 23,1%
France 10,6%
Etats-Unis 6,4%
Pays-Bas 6,3%

Principaux fournisseurs
(% des importations) 2006
Nigeria 23,3%
France 17,2%
Chine 6,3%
Belgique 4,1%


Des structures commerciales vulnérables
La structure par produit, reflète la division internationale du travail. De nombreux pays sont encore essentiellement des exportateurs de produits bruts (Produits énergiques matières premières agricoles…). Pour des nombreux pays, l’essentiel des exportations reposent sur une très faible gamme de produits. Le déséquilibre de la balance commerciale est chronique au Cameroun (-326 millions de USD).
Les principales causes sont, entre autres :
- importance des importations énergétiques ;
- importation massive de biens de consommation ;
- importation accélérée de biens d’équipements.

Tableau 4: Les chiffres du commerce international

Indicateurs du commerce extérieur 2005 2006 2007 2008 2009
Importations de biens (millions USD) 2.735 3.150 3.700 4.680 4.250
Exportations de biens (millions USD) 2.861 3.573 3.604 4.300 3.000
Importations de services (millions USD) 1.428 1.416 1.719 2.571 2.081
Exportations de services (millions USD) 857 900 1.239 1.355 1.158
Importations de biens et services (croissance annuelle en %) 1,9 2,3 6,2 5,8 -5,2
Exportations des biens et services (croissance annuelle en %) 1,4 1,3 -12,1 0,7 4,8
Importations de biens et services (en % du PIB) 21,5 21,0 21,2 35,5 30,9
Exportations des biens et services (en % du PIB) 20,5 23,0 22,1 32,5 26,6
Balance commerciale (hors services) (millions USD) 375 670 735 459 -326
Balance des transactions courantes (millions USD) -493 193 286 -450 -1.137
Commerce extérieur (en % du PIB) 41,9 44,0 43,3 68,1 57,5

La structure spatiale des échanges montre un éventail restreint de partenaires : les échanges entre les PVD insignifiants. Ceux-ci se sont de façon prépondérante avec les pays développés du nord, généralement des ex-colonies vers la métropole, en raison de l’héritage colonial et néocolonial (Cf tableau 3)

Détérioration des termes de l’échange
L’économie du Cameroun, dépend de l’exportation d’un ou de deux produits de base, or les marchés très libres de ces produits sont caractérisés depuis longtemps, par leur très grande instabilité. Les prix des matières premières exportées augmentent lentement ou chutent alors que ceux des produits importés augmentent rapidement. C’est la détérioration des termes de l’échange.
Les conséquences sont de plusieurs ordres.
• Déficit de la balance commerciale et déficit de la balance des paiements ; ce qui entraîne l’endettement du Cameroun (Cf tableau 4)
• L’inflation, la baisse des revenus réduit la capacité d’investissement et donc de développement. Cela renforce la situation de dépendance des pays du Cameroun vis-à-vis des développés.

• Les services
Nous classons sous cette rubrique toutes les activités qui se situent en dehors de la production qu’elles soient primaires ou industrielles.
On distingue un tertiaire supérieur qui regroupe les activités de commandement, de l’administration, des banques, des commerces, et les instituts de recherche.
On oppose un secteur structuré ou formel au secteur non structuré ou informel, dont l’inflation est l’une des caractéristiques des pays en voie de développement. Le secteur tertiaire occupe une place très particulière dans l’économie des pays en voie de développement du fait essentiellement de son rôle dans la création des emplois en milieu urbain. Le secteur tertiaire occupe la première place actuellement dans la production des richesses.


CONCLUSION

Le sous développement comme son pendant le développement son des concepts difficiles à définir et très souvent porteurs de préjugés. Le sous développement connote souvent la notion de pauvreté, qui est centrée sur les faibles revenus, en chiffres absolus reçus par certains groupes familiaux. Parce il recouvre une combinaison de facteurs complexes et parce qu'il implique certains types de rapport entre les groupes humains et les données naturelles le concept de sous-développement peut devenir pour les géographes un outil efficace de réflexion générale et de recherche qu'a été une époque aujourd'hui révolue le concept de genre de vie. Celui-ci correspond à un niveau précis d'analyse, à l'observation des réalités à grande échelle optique convenable pour des groupes vivant en autarcie Parce ils sont soumis aujourd'hui à diverses influences extérieures inégale envergure spatiale ces groupes ne peuvent être étudiés dans leur totalité en se référant à d'autres niveaux d'analyse: c'est ce que permet le concept de sous développement qui peut être utilisé dans le cadre local et régional comme à l'échelle nationale et internationale.
Ainsi le concept de sous-développement à la condition être rigoureusement défini et considéré comme une combinaison globale apparaît, non seulement comme une notion acceptable pour les géographes, mais comme un concept géographique primordial. Il présente pour la géographie générale humaine les mêmes avantages que le concept zonal pour la géographie physique: ils permettent appréhender des combinaisons de facteurs et étudier leur répartition à la surface du globe. Dans le cadre de l'analyse des indicateurs du sous développement au Cameroun, il apparait que les indicateurs ou fatceurs du sous développement au Cameroun sont non seulement d'ordre économique, sociale, politique etc. Il se pose donc une question face à cet amer constat: Quelle voie pour l’industrialisation du PVD et du Cameroun en particulier ?
Le développement des industries lourdes (industries de base) pouvant entraîner encore d’autres unités de fabrication est une voie mais n’est pas la solution pour la plupart des pays du Tiers-monde encore trop pauvres pour maîtriser et supporter le prix très élevé des équipements et de la technologie. Il convient plutôt de penser au développement de l’agriculture afin qu’une véritable révolution du monde rural s’opère. L’agriculture fournira des bases alors pour l’industrialisation et l’industrie aura plus de clientèle.

No comments: