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HISTOIRE DES GRANDS EMPIRES AFRICAINS

UNIVERSITE PROTESTANTE D’AFRIQUE CENTRALE


Faculté des Sciences Sociales et Relations Internationales
(F.S.S.R.I)



HISTOIRE

INTRODUCTION

Pendant des siècles, l’Afrique a été décrite, présentée par les occidentaux comme un continent obscur, sauvage auquel il fallait y apporter la civilisation. Les voyages d’Henri le Navigateur et Christophe Colomb au XVe siècle montre cependant qu’il existait déjà une Afrique riche, organisée et structurée. Ainsi, les peuples d’Afrique se sont développés de façon analogue aux africains de la Vallée du Nil. Ils avaient une histoire réalité et une histoire connaissance qui leur a permis de bâtir des clans, des royaumes et des empires, bien structurés, politiquement, économiquement, socialement, culturellement et religieusement. Le moyen-âge marque la période faste de l’histoire africaine pendant laquelle l’histoire de l’Afrique a connu son apogée. Nous parlerons de trois grands empires qui ont marqué l’Afrique Occidentale, à savoir l’empire du Ghana (I), l’empire du Mali(II) et l’empire du Songhaï(III) en s’appuyant sur la naissance(A) de ses empires, leur apogée(B) et leur déclin(C).

I- EMPIRE DU GHANA
A- NAISSANCE
L’empire du Ghana (de Ghana “roi guerrier”) dont les origines sont mal connues a constitué le premier grand empire d’Afrique noire. Deux thèses existent néanmoins sur ses origines.
 D’après la première issue de la tradition orale, la fondation du royaume qui aurait eu lieu vers le 5e siècle avant Jésus-Christ, d’un homme venu de l’Est nommé DINGA CISSE.
 Selon la seconde issue des sources médiévales, rédigées par les chroniqueurs arabophones, et attestées par les historiens africains comme CHEICKH ANTA DIOP, le royaume aurait été fondé par les Soninké ou Sarakollé vivant à la limite Sud du Sahara. Désigné par ses habitants comme l’empire Wagadou qui signifie « ville des troupeaux » ; le mot « Dou » est un terme de la langue Mandé qui signifie « ville ». Ce royaume s’est constitué au VIIe siècle avant Jésus-Christ avec l’exportation d’or et de sel qui s’étendait du moyen Sénégal à la région actuelle Tombouctou.
L’occupation du Maghreb par les arabes favorise le trafic de l’or et des esclaves entre le Ghana et le Sijilmassa et du même coup son expansion et sa richesse.

B- APOGEE
L’empire connait sa plus grande puissance fin Xe siècle et début XIe siècle sous le règne du souverain KHAYA-MAGHAN CISSE. Au XIe siècle l’empire s’étendait jusqu’aux mines d’or de la Falème et du Bambouck, touchait les rives du Niger et atteignait la région du Tombouctou. A l’Ouest, il couvrait les parties orientales et centrales de la Mauritanie actuelle. Au Nord, il se perdait dans le Sahara.
Son organisation politique était comme suit :
- L’empereur du clan des Cissé portait le titre de KHAYA-MAGHAN ce qui signifie « le roi de l’or ». Son pouvoir absolu et divin revenait à son neveu après sa mort.
Le gouvernement composé de nombreux ministres et dirigé par le premier ministre, le confident de l’empereur formait avec les anciens le conseil impérial qui décidait sur Tout.
 L’organisation militaire très précise était constituée de 12 patriarches conseillers, 18 généraux Nana, 12 Fado, gouverneurs militaires responsables des régions, 12 Hida officiers supérieurs, 18 éclaireurs, 7 notables, 4 responsables de la police.
 Les activités économiques reposaient sur l’agriculture (mil, blé dur, riz), l’élevage (petit bétail) et le commerce particulièrement de l’or, du sel sahélien, du cuivre et des esclaves.
 La société également était parfaitement organisée, la famille étant la cellule de base. Plusieurs familles formaient des clans organisés en tribus. L’empire était composé de deux cités : l’une musulmane constituée d’arabo-berbères vivant à l’écart dans leurs propres quartiers et l’autre où résidait le TOUNKARA d’autochtones « animistes » adorait les phénomènes de la nature, le Ougadou Bida (python) et croyaient à l’immortalité de l’âme.

C- DECLIN
Le déclin de cet empire est lié à deux causes :
 La cause économique :
L’écrivain IBRAHIM BABA KAKE dans « journal de l’Afrique » déclare ici que l’envahissement de la capitale par les Almoravides en 1076 est dû au fait que KOUMBI SALE capitale de l’or fut convoité par ceux-ci qui en avaient besoin pour assurer leur politique d’expansion.
 La cause religieuse :
Selon l’ouvrage « Histoire de l’Afrique Occidentale » les Arabes qui venaient faire du commerce en Afrique Occidentale créèrent dans la capitale un quartier et constituèrent ainsi une menace. Ils s’attaquèrent aux petits royaumes proches car ils pratiquaient l’islam fragilisant ainsi la stabilité de l’empire.




I- EMPIRE DU MALI
A- NAISSANCE
L’empire du Mali est né au Xe siècle issu de la chute du Ghana. Le mot « Mali » veut dire « Hippopotame » en Mandingue Bambara et Dioula car d’après la tradition le père fondateur SOUNDIATA KEITA se serait noyé dans le Sankani et serait donc devenu un « hippopotame ». Les habitants de l’empire, eux ont toujours appelés leur pays « Manden » et non « Mali ». Il importe toutefois de savoir que les peuls ethnies nomades présentent au Mali depuis sa création appellent les habitants du Manden Malinké littéralement « ceux qui portent chance » et le pays Mali c’est-à-dire « conclure un arrangement ».
L’empire dont l’origine reste obscure existe vraisemblablement depuis le Xe siècle lorsque le Ghana avait la suprématie dans la zone sahélienne. La tradition, elle fait remonter cette origine à BARAMANDANA qui suite à une sécheresse qui accablait son royaume se convertit à l’islam sur les conseils des Almoravides pour conjurer ce fléau. L’essor définitif d’après la tradition orale est dû à MAREFAMAGHAN dont les 11 fils qui lui succédèrent sur le trône et furent successivement tués par SOUMANGOUROU KANTE excepté un fils SOUNDIATA qui n’eut la vie sauvée grâce à son infirmité. Plus tard SOUNDIATA prit la revanche et devint ainsi le fondateur réel de l’empire. Vainqueur prodigieux, il est proclamé roi des rois Mansa.

B- APOGEE
C’est SOUNDIATA KEITA qui en battant son puissant rival SOUMANGOUROU en 1235, inaugura l’ère de puissance du nouvel empire qui englobera alors une bonne partie des territoires entre le Sahara et la forêt équatoriale, l’océan atlantique et la boucle du Niger soit les actuels Mali, Sénégal, Gambie, Guinée, Guinée Bissau, Mauritanie et une grande partie de la Côte d’Ivoire.
 Organisation de l’empire
 Sur le plan politique :
L’empereur appelé MANSA était respecté pour sa sagesse. Il mit en place une organisation militaire et administrative et établit aussi une charte appelé Charte Mandingue. Celle-ci contenait 7 paroles ressortant le respect de la vie humaine, la liberté et la justice.
1. Toute vie est vie
2. Le tort demande réparation
3. Pratique l’entraide
4. Veille sur la patrie
5. Ruine la servitude et la faim
6. Que cessent les tourments et les guerres
7. Chacun est libre de dire, de faire et de voir.
 Sur le plan social :
Il repartit la population en 30 clans : 16 clans composés de nobles et d’hommes libres, 4 clans composés de griots ou Nasa Nani, 5 clans de Marabouts gardiens de la foi ou Nori Kanando Kulu et 5 clans d’artisans.
- Son économie était basée sur l’agriculture, l’artisanat, l’exploitation des mines d’or et le commerce de l’ivoire vers le bassin méditerranéen.
SOUNDIATA KEITA meurt en 1255 et son règne fut considéré comme une période de paix, liberté et de prospérité. Après sa mort, le Mali qui connait sa plus grande extension du Cap Vert à Agadès, du Sud de la Mauritanie à la forêt, se fait internationalement connaitre sous le règne de KANKOU MOUSSA qui succède en 1322 à son père ABOUBAKAR II. Souverain intelligent et très pieux, il entreprit un pèlerinage à la Mecque entre 1324 et 1325. Les conséquences furent de tous ordres.
 Sur les plans politiques et commerciaux :
Le Mali mena une politique de bon voisinage, s’ouvrit au grand commerce méditerranéen et remboursa les prêts d’or contractés.
 Sur les plans intellectuels et religieux :
L’islam se rénova, se répandit et permit l’installation des arabes et berbères lettrés au Mali. Il fit construire des mosquées- écoles et des bibliothèques dans la plupart des grandes villes comme Tombouctou, Diaka, Oualata, Niani la capitale.

C- DECLIN
Après la mort de MANSA SOULEYMANE, des querelles de succession affaiblirent l’empire ainsi que sa stabilité :
• Vers 1400, les Mossis du YATENGA occupent les provinces de l’Est.
• En 1443, toute la boucle du Niger est perdue au profit du nouvel empire Songhaï. Les Touaregs s’emparent de Tombouctou et de Djenné.
• Après 1450, l’arrivée des portugais sur les côtes d’Afrique Occidentale contribue à désorganiser toute la vie de l’Afrique intérieur.
• En 1465, le Songhaï indépendant depuis le règne de MAGHAN annexe les provinces de la région du Niger et domine les provinces du Nord.
• En 1480, les Mossi attaquent Oualata.
• Le déclin au XVe siècle se fit par l’attaque des Touaregs, caravaniers liés aux Arabes.




II- EMPIRE SONGHAÏ
A- NAISSANCE
L’empire Songhaï nait au XVe siècle avec la chute de l’empire du Ghana. Le Songhaï était un mélange de peuples nommés Sorkos qui étaient des pêcheurs, des nomades qui se mélangèrent aux agriculteurs pour former le Songhaï. C’est de Songhaï que naîtra la dynastie ASKIA. Le royaume Songhaï existait sous le Mali comme un vassal. Il commença à être considéré comme empire lorsqu’il débutera les conquêtes et annexions des petits royaumes au XIVe siècle. C’est sous SONNI ALI BER (1464-1492) autrefois appelé ALI GOLON employé à des opérations militaires pour le compte du Mali qui s’enfuit vers le Songhaï son pays d’origine et s’empara du pouvoir sous le titre de SONNI qui veut dire « Sauveur ».

B- APOGEE
C’est sous le règne de SONNI ALI BER que cet empire va connaître son apogée.
 Sur le plan politique :
Il a constitué une puissante armée constituée de cavaliers avec une flotte. Maître de la magie et fin tacticien, il employait la méthode de rapidité d’attaque. Il utilisa la technique d’embargo pour conquérir la ville de Djenné (7ans). Il avait un tempérament très puissant et était dur de cœur. Il était comparé à César, Néron. Il existait un ministre de l’argent KALISA FARMA, un ministre des eaux. Le type d’administration était indirect.
 La puissance économique :
Elle était basée sur le commerce transsaharien, l’agriculture, l’élevage et la pêche.
 Sur le plan social :
La société était structurée comme les autres sociétés. Mais c’est sous le règne de l’ASKIA MOHAMMED, à partir de 1493 que l’empire Songhaï connut son « âge d’or ».
 Sur le plan politique :
L’ASKIA empereur décidait de tout. L’empire était divisé en provinces, à la tête de laquelle se trouvaient des gouverneurs (Fan, Balama) et des villes importantes (Djenné, Tombouctou).
• L’activité commerciale de type moderne (import-export) : existait dans l’empire Songhaï et était facilitée par l’existence des voies de communications maritimes et terrestres. La monnaie utilisée était l’or, le cuivre, les barres de sel.
• L’organisation judiciaire était linaire et le Coran était le code civil et pénal. Il existait également une justice religieuse rendue par le Cadi (juge religieux) et la justice royale.
La puissance économique du royaume était basée sur le commerce.
- Sur le plan intellectuel :
L’empire comptait de nombreuses universités à l’intérieur des mosquées. Ce qui fit dire à LEVY-BRAHL dans La rédaction de la mentalité primitive que : « A cette époque, la ville était remplie d’étudiants soudanais, gens de l’Ouest pleins d’ardeur pour la science et pour la vertu ».


C- DECLIN
Deux causes vont contribuer à la ruine de cet empire :
 D’abord son immensité et son hétérogénéité. Ces deux éléments sont favorables aux rebellions qui se manifestèrent dès 1516 et s’intensifièrent faisant du Songhaï un Etat faible, vulnérable à tout moment. De même, les luttes internes entre héritiers à la succession affaiblissent l’empire.
 L’autre cause résidait dans la prospérité de l’empire surtout après la conquête des mines de sel de Teghaza, les placers d’or, le contrôle des voies commerciales Nord-Sud, Est-Ouest vont exciter la convoitise des marocains qui annexeront l’empire de 12 Mars 1591 sous le commandement de l’eunuque espagnol DJOUDER instruit à l’utilisation des armes à feu et la complicité d’un réfugié Songhaï en détruisant les forces de l’ASKIA ISHAQ II à Tondibi. L’empire éclata en une douzaine de principautés et dès lors entra en décadence.


CONCLUSION

L’exposé développé sous le thème des « grands empires de l’Afrique Occidentale » nous a permis de faire des recherches non seulement passionnantes ; mais aussi éducatives. Les constats suivants peuvent en être relevés :
1. L’Histoire Réalité Africaine a réalisé des sociétés Africaines qui se sont développées de manière analogue a d’autres peuples (Asie, Europe) sur le plan politique, économique, culturel et religieux mais n’ont également rien à leurs envier. Les grands empires constitués du Ghana, du Mali et du Songhaï sont des preuves irréfutables de civilisation africaines anciennes prouvant que l’Afrique a non seulement connu une période prospère au moyen-âge mais aussi une histoire.
2. Le destin de ces empires caractérisés par une naissance, une apogée, un déclin est identique.
3. Il importe donc plus que jamais à l’heure actuelle et en tant que africain de se replonger dans nos racines, source du patrimoine culturel et renforçateurs de notre identité présente et future.
D’après Léon Halkins : « l’histoire est pour l’humanité ce que la mémoire est pour la personne ; elle répond au besoin universel de connaître ses origines, de comprendre son évolution, d’affirmer la parenté profonde des êtres, au-delà de leurs diversités et à travers leur évolution ».



BIBLIOGRAPHIE :


o L’ère des grands empires, IBRAHIMA BABA KAKE et ELIKIA M’BOKOLO
o L’Afrique noire, Histoire et culture, PIERRE SALMON
o L’Afrique noire précoloniale, CHEIKH ANTA DIOP
o Collection d’Histoire Hatier A.M.M Bow. I. KI-ZERBO. J. DEVISSE africain et malgache Hatier
o Histoire de l’Afrique occidentale, SEKENE-MODY SISSOKO club africain du grand livre.
o Semence et moisson coloniale, Pr. KANGUE EWANE
o www.google.fr
o www.wikipedia.fr

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